‹ Pendant le terreurChapitre 70 sur 84 · Caro, La fin du wiii" siècle, t. H, p · texte numérisé non relu

Caro, La fin du wiii" siècle, t. H, p

2. La iiosUiité a renversé les rang?. Roucher, en effet, était aussi connu qu'André l'était peu. Ceux qui avnicnl fréquenté dans son intimité le chantre de VAvPurjlf connaissaient, seuls, tous les trésors de poésie dont Sun àaie était pleine. IMur comprendre cette ignorance du public, constatée |iar Sainte-Heuvc {Lundis, X. 281), il faut se souvenir que les œuvres d'André Cliénicr n'ont été recueillies pour la première

LK POKTE ROUCnER. 303

vient ensuite. Dans la marifc et en télé de toutes les pièces, on lit : « Affaire Roucher, Chénier, Trenck et autres, deuxième fournée'. » Roucher, « comme chef de la conspiration tramée à la maison Lazare », aura l'honneur d'une mention spéciale dans le jugement et la triste gloire de périr le dernier.

Liendon, un des substituts do Fouquier-Tinville, occupait le siège de l'accusation. Il prit aussitôt la parole pour lire le réquisitoire, signé et paraphé à chaque page par Fouquier- Tinville lui-même.

Dans cette pièce, où la vérité était travestie à chaque ligne, l'odieux révolutionnaire s'eiprimait ainsi :

Anloini' Quentin Fouqui<'r, accusateur pul)lic du tribunal

révolutionnairo. exposo ([u'en vertu (l"-iirrê!é du comité do salut

public de la Convention nationale, Jean -Antoine Roucher,

homme de lettres, âgé de quarante-huit ans, né à Montpellier,

■ département de l'Hérault, demeurant à Paris, rue des Noyers,

24, section du Panthéon; André Chénier, âgé de trente et un

ans, né à Constantinople, homme de lettres, ex-adjudant

général et chef de brigade sous Dumouriez, demeurant rue

; de Cléry... (Suivent les noms des autres accusés au nombre

I de vingt-cinq) ont tous été traduits au tribunal révolutionnaire

i comme prévenus de s'être déclarés les ennemis du peuple par

des complots, trames et manœuvres contre-révolutionnaires;

qu'examen fait des pièces adressées à l'accusateur public, il

en résulte que les préveims, tous détenus dans la maison

d'arrêt de Lazare, ont été les complices de la conspiration

i dont Allain, Selle et Isnard, frappé (sic) du glaive de la loi,

étaient les chefs et dont les détails, le but et les moyens sont

fois qu'en 1819. Ce que l'un savait seulement, en 1704, c'est qu'il était le frère de .Marie-Josepti et l'un des combattants liéroïques du Journal de Paris.

1. .Vrcliives nationales Wb. — 4;jl. — .N^ 9G'J Tribunaux rcvulutionnaires.

304 l'i:.\l»A.\T LA TKHREUn.

connus du tribunal, tous devaient seconder les principaux chefs et se procurer par la violence une liberté dont ils ne devaient user que pour consommer les plus grands forfaits et ces trames, ces complots ne sont que la suite de ceux que les prévenus n'ont cessé de former depuis le commencement de la Révolution. En effet, Roucher et Chénier n'ont-ils pas été les écrivains stipendiés du tyran pour égarer et corrompre l'esprit public et préparer tous les crimes du despotisme et de la tyrannie? N'étaient-ils pas, en 1791 et 1792, les salariés de la liste civile et les mercenaires du comité autrichien pour provoquer en les diffamant, en les calomniant, la dissolution des sociétés populaires et la ju'oscription de tous les palriotes (jui en étaient membres? N'étaicnl-ce pas eux (jui, émules des Royoux, des Fontenoy, des Durosoy, rédigeaient le supplément du Journal de Paris où, sous l'apparence de soutenir des prétendus principes constitutionnels, on préparait la contrerévolution?... (Ici se place un réquisitoire spécial contre Chénier où, sans s'apercevoir qu'on le confondait avec un de si's frères, on incriminait son rôle dans a l'armée de l'infini'' Dumouriez », ])uis suivaient dor^ accusations contre Trenok. Goësmann, etc.)

D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre les y dénommés pour s'être déclarés les ennemis du peuple en entretenant des intelligences ft correspondances avec les ennemis intérimirs et extérieurs de la République, en leur fournissant des secours en hommes et en argent pour favoriser bi succès de leurs armes sur le territoire français comme aussi en participant aux complots^ liâmes et assassinats du (yran et de sa femme contre le peuple français, noiamment dans les journées des 28 Tevrier 1791 et 10 août 1792 et encore en conspirant dans les maisons d'arrêt dites Lazare à l'elîet de s'évader et de dissoudre par le meur' ire et l'assassinat des représentants du peuple et notamment des membres du comité de salut public et de sûreté générale, le gouvernement républicain et de rétal)lir la royauté en France

En conséquence, l'accusateur public requiert, etc.

M-: roî;ïK note heu. 305

Fouquier-Tinville, sans égard aux dates, aux faits et aux horames, rattachait cette conspiration à celle de Dillon et de Chaumette, de Ronsin et d'Hébert. Dans un amalgame monstrueux, il associait Roucher et Chénier à l'auteur du Père Duckesne. Mais, comme l'a démontré M. Wallon dans son Histoire de la Terreur, Fouquier ne fut que l'exécuteur des ordres du comité de salut public. Les vrais coupables devant l'histoire, les meurtriers directs sont les membres de ce comité où Barére, Billaud-Varennes et Collol d'IIerbois occupaient la première place.

Quelle plaisanterie sinistre ! a dit très justement Caro. Voit-on Robespierre, Couthon, Collot d'Herbois et les autres, dans la salle du conseil, derrière un rempart de cent mille baïonnettes patriotes, tremblant à la pensée tpie Roucher, André, les frères Trudaiae vont s'évader de Saint-Lazare et, comme disent les rapports de police, procéder au massacre des jiatriotes, à regorgement de la Convention, et à la ruine de la liberté.

Quand la lecture du réquisitoire fut achevée, sans qu'une question eût été posée aux accusés, sans qu'un seul témoin eût été interrogé, sans l'ombre d'un débat, le président déclara la cause entendue. Les jurés se retirèrent dans leur chambre. Les accusés furent reconduits à la Conciergerie.

Si l'on en croyait le procès-verbal de l'audience, il y aurait eu une audition de témoins et les accusés auraient été ramenés dans la salle de la Liberté i»our recevoir lecture de la sentence. Il n'en fut rien.

Les bourreaux ne pensent pas à tout et c'est dans la pièce même où ils ont voulu travestir la vérité qu'éclatent leur mensonge et leur impudence. Le procès-verbal avait été rédigé d'avance; les réponses étaient écrites avant d'avoir été faites.

La preuve en est, d'abord, dans la qualification attribuée à Chénier et qu'il ne put se donner puisqu'elle concernait son frère Sauveur. D'autre part, on peut constater qu'un des accusés qui fut acquitté dès le début de l'audience * ligure dans tout le procès-verbal ; on ne se donna même pas la peine de rayer son nom! Enfin, la fausseté de cette pièce n'est pas moins évidente lorsqu'elle assure que le président résuma les faits tant pour que contre les accusés et qu'après la déclaration de culpabilité les condamnés furent réintroduits dans la salle. Il a été prouvé, en efl'et, que, depuis les fournées, les accusés quittaient le prétoire en même temps que les jurés et qu'ils n'y revenaient plus ^.

Page 1