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A MA FILLE

Des prisons de Saintc-ri'-lagie, \c 1" novembre IWS.

0 vous ! eu qui la nature déploie Le jeu brillant des plus riches couleurs ; Dans les ennuis où mon âme est eu proie, A mon secours quelle main vous envoie, Êtres charmants, fraîches et tendres fleurs ?

Tant que Zéphir de sa féconde Imlelue

A varié les grâces du printemps,

Tant que l'épi s'est joué sur la plaine,

Et que des fruits dont sa corbeille est pleine,

Pomono encore a mûri les présents ;

Libre d'errer dans l'emiure de Flore, D'en observer et les mieurs et les lois, Vous m'avez vu, quand l'aube allait éclore. Jusqu'à l'insfunt où tout se décolore, Liuuée en mai» vous poursuivre à mou choix.

Quel charme pur! Quelles pures délices Vous répandiez sur mes rapides jours !

.l'étais heunux d'admirer vos caprices.

Et la corolle uuie à vos calices, Lit nuptial dressé pour vos amours.

3H) .vri'ENDICE.

J'étais heureux dans les bois solitaires, Au bord des eaux, sur la croupe des monts J'étudiais vos traits, vos caractères, De vos vertus je sondais les mystères Et pénétrais l'énigme de vos noms.

Que sais-je encore? A l'aspect des prodiges

Dont vous frappez les regards studieux,

L'âme livrée à d'innocents prestiges,

Je projetais, amoureux de vos tiges,

De vous chanter dans la langue des dieux.

Mais qui dira l'intime jouissance D'un cœur ouvert au plus doux des plaisirs, Quand cette enfant qui me doit la naissance. Ma fille, oucor dans l'âge d'innocence.

Par ses progrès devançait mes désirs ?

Elle était là, m' accompagnant sans cesse, Cherchant, comptant vos pistils maternels. Les séparant, par une heureuse adresse, De l'étamine oîi mûrit la richesse, L'amas doré des germes paternels.

Elle était là, poursuivant la science,

De ses regards plus perçants que les miens,

Puis racontant, mais avec défiance,

Ce qu'avait vu sa jeune expérience.

Elle en semait nos doctes entretiens.

Ivre d'orgueil ensemble et de tendresse, Comme j'aimais à la suivre des yeux !

Dans mon délire, excusable faiblesse.

Je croyais voir, un jour, dans ma vieillesse. De mon bonheur plus d'un père envieux.

Ah ! désormais sortez de ma mémoire.

Tableaux riants dont je ne jouis plus ! Tableaux cruels, vous m'invitiez à croire Que mes plaisirs feraient un jour ma gloin»: Gloire, plaisirs, tous mes vœux sont déçus 1

Voilà qu'aux jours d'une innocente vie.

Un sort barbare a succédé pour moi.

Dans un donjon, l'injustice me lie.

AIM'KNDICE, 'Ml

Et l'avenir, sur mon àiiio flétrie, Pèse chargé d'un immobile effroi.

Quand du soleil la briliaute lumière Me luit, obscure, ù travers des bîUTcanx, Je vois pleurer la verlu prisonniéi'e ; Sous des verrous, j'entends la nuit entière Des malheureux s'irriter de leurs maux.

Adieu, jardins dont j'espérais encore Cueillir les dons ; charmants jardins, adieu ! L'automne, en vain, de nouveau \(ius décori' ; Loin des beautés que ses pas font éclore, Il faut gémir dans cet horrible liiu.

Non, je renais à la vie, à l'étude.

L'aimable aspect des branchages fleuris Vient éclaircir ma noire solitude; .Ma fille a su, dans sa sollicitude, .M environner de ces rameaux chéri«.

Sa piété naïve, ingénieuse,

.-V trouvé l'art de corriger mon sort.

Ces beaux nsf/'}'s, à tête radieuse.

Et cette iiiule. à taille ambitieuse,

Vont, sous mes doigts, triompher de la mort.

Oh ! quand ces fleurs orneront le parterre Que la science ouvre aux plants desséchés, Uh ! puisse alors ma tille solitaire Sur CCS rameaux bienfaiteurs de son père Tenir parfois ses regards attachés !

Puis, les baignant de ses pieuses larmes. Leur dire : « Vous qu'en ma jeune saison » J'osai cueillir dans nos grands jours d'alarmes. » Je vous salue, ô fleurs, de qui les charmes » Ont de mon père adouci la pri-nn ...

{^omrae pour rendre hommage à l'amour de Houciier pour la l)olani(|ue, un professeur à la Faculté de Montpellier a donné, en 1800, le nom de lîoncliorla à un nouveau genre de plantes découvert à Cayenne.

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