‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 86 sur 200 · Plutarque, page (de l'extrait · texte numérisé non relu

Plutarque, page (de l'extrait

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capitale. C'est, en quelque façon, le seul asile qu'il y ait contre la tyrannie des gouverneurs. Le Prince y est un astre singulier : il échauffe de près et brûle de loin. Le malheur est que tant de monde ne s'y 5 assemble que pour périr tout à la fois par une guerre, des maladies, une famine.

Dans cet état, tous les principes sont destructeurs, et toutes les conséquences.

La plus déplorable situation est lorsque la capi-

io taie, qui attire tout le monde des provinces, se détruit de son côté. Gonstantinople est dans ce cas1. Les maladies épidémiques, que l'on y néglige, font périr le peuple; on a beau y amener des colonies, la Ville n'augmente pas.

i5 Dans une monarchie, la capitale peut augmenter de deux manières : ou parce que les richesses des provinces y attirent des habitants (c'est le cas où est un certain royaume maritime); ou parce que la pauvreté des provinces les y envoyé (dans ce der-

20 nier cas, si Ton n'a l'œil sur les provinces, le tout sera également ruiné2).

Une monarchie qui a des règles et des loix n'est pas ruinée par la capitale. Elle peut même en tirer sa splendeur. Le Prince a mille moyens pour

25 remettre l'équilibre et ramener le peuple dans les provinces; et, pour ne parler que de ceux qui viennent d'abord dans l'esprit, qu'il diminue dans

i. Madrid est dans le même cas. Les accouchements n'y sont pas heureux. J'en ai parlé dans mes Réflexions.

2. Voyez (Ier volume [de] mes Pensées, page 22 3) les raisons pourquoi les villes d'Asie peuvent être plus peuplées.

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les provinces ces impôts sur les denrées, et qu'il les augmente dans la capitale; qu'il laisse finir les affaires dans les tribunaux des provinces, sans les appeler sans cesse à ses conseils ou à ses tribunaux particuliers; qu'il renvoyé en leurs postes tous 5 ceux qui ont des emplois et des titres de quelque espèce qu'ils soyent, dans les provinces; et qu'il fasse cette réflexion que, plus il y a de gens qui quittent un lieu, plus de gens encore désirent d'en sortir, parce que ce qui reste a moins d'agréments. 10

Il y a dans la ville de Naples 5o,ooo hommes qui n'y font absolument rien. Ces misérables ruinent les provinces, parce qu'ils n'y sont pas; ils ruinent la ville capitale, parce qu'ils y sont.

Souvent des états qui paroissent très florissants i5 se sont trouvés très foibles : les hommes y étoient mal distribués; et, pendant que les villes y regorgeoient d'habitants inutiles, la campagne manquoit de ceux qui sont nécessaires. Effet malheureux, que la prospérité même produit! 20

312* (1742. III, f° 56). — Gela n'a pu entrer dans le livre de la Nature du Terrain :

« Il n'y a, en Europe et en Asie, de peuples sauvages que ceux qui, par la Nature, sont obligés de l'être : tels sont les peuples de la Laponie et de 25 la Sibérie. Ils habitent un climat si froid que les arbres mêmes n'y peuvent venir. Ce sont les sauvages qui n'habitent point les forêts. Dispersés dans le terrain le plus ingrat de la Terre, dans un pays ouvert et sans défense, ils forment de petites 3o

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nations, et ils y seroient libres, s'ils n'avoient été soumis aux princes voisins, non pas par leurs armées, mais par les exacteurs des tributs. »

313* (1743. III, f° 56 v°). — Ammien-Marcellin, qui 5 place des anthropophages vers la Moscovie, dit que les peuples se retirèrent de leur voisinage par crainte et par horreur de cette nourriture; ce qui fait que ce pays, jusqu'aux Sères, est désert. Ceci pouvoit bien être la cause de ce dépeuplement qui 10 est dans toute la Grande-Tartarie, et subsiste encore aujourd'hui. Et je dirai que les peuples qui vivent de leur chasse peuvent être plus facilement anthropophages1.

314* (17 16. III, f° 44). — Nature du Terrain. — Il i5 y a trois sortes de pays : pays de bled, pauvre; pays de vignobles, nombreux et pauvre; pays de pâturages, peu nombreux et riche.

Nota que la raison en faveur des pays tempérés

vient de ce que les pâturages sont plus abondants,

20 et, par conséquent, plus de gros bestiaux, lesquels

sont une grande source de richesses, et de plus

grande ressource que le menu bétail.

315* (1839. ni, f° io3). — Propriété des terres,

mère de tout. La raison pourquoi la Chine a un

25 meilleur gouvernement et ne dépérit pas comme

tous les autres états d'Asie, c'est que la propriété

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