J'ai mis cela dans mes Pensées morales
de rame nous porte à la gloire, au lieu que la créance contraire en affoiblit en nous le désir.
2085* (23 1. 1, p. 247). — Le dogme de l'immortalité de Tâme, ce dogme si saint, sembloit ne devoir produire que des sentiments de reconnoissance pour 3 un Créateur qui avoit rendu notre être aussi durable que le sien, que des sentiments de confiance envers un si grand bienfaiteur, que des sentiments d^équité, de justice pour les hommes destinés à l'éternité comme nous et avec nous. Mais, bien loin que la 10 dévotion, qui outre tout, en ait tiré des conséquences si naturelles, on peut dire qu'elle s'en est servi pour ravager le Genre humain. Allez en Egypte voir ces monuments barbares du dogme de l'immortalité, qui coûtèrent tant de travaux, qui i5 furent la source de tant de vexations, qui rendirent les princes si odieux aux peuples! Allez voir dans la Perse les sépulcres des roix, dont l'entretien pourroit fournir à la subsistance de plusieurs villes! Allez dans les Indes voir naître de ce dogme celui ao de la transmigration des âmes; voir les hommes, obligés de vivre de légumes, après avoir souffert la faim, souffrir encore le froid et n'oser brûler du bois, qui pourroit servir de retraite à quelque insecte; les femmes contraintes de se brûler après la mort de 25 leurs maris; les trésors partout ensevelis et rendus par superstition à la terre, dont ils avoient été tirés.
Voyez dans toute l'Asie ce nombre innombrable de derviches et de fakirs, qui, avec leurs orgueilleuses et austères pénitences, tournent vers eux 3o
toute la dévotion du peuple, qu'ils étonnent; de manière qu'au lieu de la candeur, de la bonne foi et de la vertu, que la Religion doit inspirer, tous les devoirs sont bornés à les honorer ou 5 enrichir.
Mais ce n'est pas tout ce que la superstition a tiré du dogme de l'immortalité. On a vu les hommes se dévouer eux-mêmes, et les princes recevoir de leurs sujets ce tribut horrible de leur fureur. On a 10 vu les pères tués ou mangés dans leurs maladies ou leur vieillesse par l'affreuse compassion de leurs enfants.
2086 (349. 1, p. 344). — On ne veut pas mourir. Chaque homme est proprement une suite d'idées
i5 qu'on ne veut pas interrompre.
2087 (422. 1, p. 38o). — Ceux qui disent qu'il n'y a point de peines ni récompenses dans l'autre vie ne le disent pas en faveur des bons : car ils les privent des récompenses. Ils établissent donc leur système en
20 faveur des méchants qu'ils soulagent de la peine. — Cet argument, que le cardinal de Polignac a mis dans son Lucrèce^ seroit plus fort dans la Loi de Nature ou une religion qui n'admettroit que l'équité, que dans une loi qui, admettant une révélation,
25 damne ceux qui ne croyent pas, et où l'Enfer est (sic) et le Paradis est (sic) distribué entre les croyants et les non- croyants.
2088(82. 1, p. 77). — II est difficile de comprendre
par la raison seule l'éternité des peines des damnés : car les peines et les récompenses ne peuvent être établies que par rapport à l'avenir. On puait aujourd'hui un homme, alin qu'il ne faille pas demain; afin que les autres ne faillent pas aussi. Mais, lors- i que les bienheureux ne seront pas libres de pécher, ni les damnés de bien faire, & quoi bon des peines et des récompenses?
2089* (1668. III, f> 1 5 V»). — On s'accoutume si fort à entendre débiter de certaines choses d'un air d'au- 10 torité, qu'on se trouve vaincu avant de combattre. Le respect a tenu Heu d'examen. On a commencé à recevoir ces propositions comme vrayes, et on a regardé les objections qui se sont présentées en foule, que comme des objections. Ces objections i5 mêmes sont devenues méprisables, parce que, se présentant à tout le monde, les gens d'esprit ont eu honte de les proposer. Elles ne font plus d'impression, parce qu'elles sont trop naturelles, c'est-àdire parce qu'elles sont trop fortes. 10
i(^(: ij6.UJ° 8%). — Les deux Mondes. — Celuici gâte l'autre, et l'autre gâte celui-ci. C'est trop de deux. 11 n'en falloit qu'un.
2091 {io58. II, f^ôi v"). — On entend toujours dire : € Le Ciel et la Terre. » C'est comme qui diroit: ï5 « Le Ciel et rien. »