‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 24 sur 263 · AUTEURS DU XV1I1<^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

AUTEURS DU XV1I1<^ SIÈCLE

010(1295. II, f» i36 v°). — L'illustre abbé de Saint- Pierre a proposé divers projets, tous pour conduire au bien. Il est surprenant qu'il n'ait pas pensé à une société de journalistes et donné des règles pour 3 cela.

©14 (2122. III, f> 35o). — J'ai connu Ramsay; c'étoit un homme fade : toujours les mêmes flatteries ; il étoit comme les épithètes d'Homère : tous ses héros avoient les pieds légers.

912 (872. II, f> 3). — Le père Hardouin étoit un homme dont la tête n'étoit pas mieux rangée que celle de celui qui se croyoit le Père Éternel aux Petites-Maisons.

913 (385. I, p. 36i). — Magliabecchi ne vouloit i5 pas aller voir le feu Grand-Duc, quand il le faisoit appeler. Il le trouvoit trop mauvaise compagnie. Quand les étrangers disoient du bien de lui au Grand -Duc, il disoit: <£ vero; ma non lo posso praticare. >

io 914 (1364. II, f* 196). —Je disois de Rousseau: «Toutes ses épithètes disent beaucoup; mais elles disent toujours trop : il exprime toujours au-delà. >

915 (795. I, p. 5 12). — L'abbé Dubos, dans son

ouvrage sur les commencements de notre monar-

a5 chie, ne lit(?) que pour y chercher l'autorité des

Roix et la dépendance des anciens François, et le

droit qu'ils ont de dépouiller les seigneurs. Cet homme ne voyoit jamais dans cette histoire qu'une pension.

916* (143. I, p. 126). — J'ai entendu la première représentation de la tragédie d*Inès de M. de La 3 Motte; j'ai bien vu qu'elle n'a réussi qu'à force d'être belle, et qu'elle a plu aux spectateurs malgré eux. Il y a un second acte qui, à mon goût, est audessus de tous les autres. Je me suis plus senti touché les dernières fois que les premières. Au 10 cinquième acte, il y a une scène des enfants qui a paru ridicule à bien des gens, et l'auditoire étoit partagé : les uns rioient, et les autres pleuroient. Je suis persuadé que cette scène feroit un effet étonnant sur un peuple dont les mœurs seroient moins is corrompues que les nôtres. Nous sommes parvenus à une trop malheureuse délicatesse.

Tout ce qui a quelque rapport à l'éducation des enfants, aux sentiments naturels, nous paroit quelque chose de bas et peuple. Nos mœurs sont 20 qu'un père et une mère n'élève (sic) plus ses (sic) enfants, ne les voit plus, ne les nourrit plus. Nous ne sommes plus attendris à leur vue ; ce sont des objets qu'on dérobe à tous les yeux; une femme ne seroit plus du bel air si elle paroissoit s'en soucier. 23 Quel moyen que des esprits ainsi préparés puissent goûter sur la scène de pareils objets ? Racine, qui l'auroit pu faire plus impunément, ne l'a pas hasardé et n'a pas osé montrer Âstyanax. Le petit Regulus plut autrefois, parce que les mœurs n'étoient pas si 3o

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perverties; à présent, on ne les souffriroit plus. Il y a une injustice étonnante dans les jugements des hommes : nous accusons de peu d'esprit nos pères, parce qu^ils ont pleuré en voyant le petit Regulus; 3 nous croyons qu'ils pleuroient parce qu'ils n'avoient pas le sens commun. Non! Ils avoient autant d'esprit que nous, ni plus, ni moins ; mais leurs mœurs étoient différentes, leur cœur autrement disposé. C'est pour cela qu'ils pleuroient, et que nous ne 10 pleurons pas. On peut en dire de même de presque toutes les tragédies.

917(1287. II, f* i36). — J'ai vu dix mille hommes

dans Paris qui avoient assez d'esprit pour critiquer

les ouvrages de M. de La Motte, et, de tous ceux-là,

i5 il n'y en avoit aucun qui en eût assez pour faire le

moindre de ses ouvrages.

918 (2 108. III, P> 349). — Peut-être que la réputation de la prose de M. de La Motte a nui à celle de ses vers.

20 919(2174. III, f^ 36i). — On disoit qu'Helvétius avoit donné une pension de 2,000 francs à Saurin, et que cela étoit fort noble. < Très noble, dis-je, et cela le sera longtemps : car cela ne sera guère imité. >

25 920* (68. I, p. 64). — Nous n'avons point d'auteur tragique qui donne à l'âme de plus grands mouvements que Crébillon; qui nous arrache plus à nous-

mêmes; qui nous remplisse plus de la vapeur du Dieu qui l'agite. Il vous fait entrer dans le transport des Bacchantes. On ne sauroit juger son ouvrage, parce qu'il commence par troubler cette partie de l'âme qui réfléchit. 5

921(1223. II, f» 95 vo). — Je disois du père Tournemine : c II n'avoit aucune bonne qualité, et il étoit même mauvais Jésuite.»

922 (709. 1, p. 479). — Plus le poëme de la Ligue paroit être VÉnétde, moins il l'est. 10

923* (2o83. III, fo 344 v^). — M. de Voltaire a commencé son poëme de deux manières ; l'une :

Je chante ce grand roi, vaillant et généreux, Qui força les François à devenir heureux.

et, comme ce dernier vers est recherché, qu'il a de la i3 prétention, qu'il est, en quelque façon, sententieux, il a (sic) corrigé dans une seconde édition et a mis:

Je chante ce grand roi qui gouverna la France Et par droit de conquête, et par droit de naissance.

Cela ne vaut rien, non plus: il semble que c'est 20 un notaire qui parle.

Voici comment je mettrois ces deux vers :

Je chante ce grand roi, prudent et généreux. Qui conquit son royaume et le rendit heureux.

924(641. I, f<'455 vo). — Histoire de Charles XIL 2b

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— Il y a un morceau admirable, écrit aussi vivement qu'il y en ait : c'est la retraite de Schulembourg. L'auteur manque quelquefois de sens; comme lorsqu'il dit que Patkul fut étonné lorsqu'on lui apprit 5 qu'il alloit être roué, lui qui avoit été brave dans les combats. Comme si la mort et le genre de mort n'étoient pas deux choses différentes!

925 (896. II, f> 10 V**). — Je dis : c Voltaire n'est pas beau; il n'est que joli. Il seroit honteux pour l'Âca- 10 demie que Voltaire en fût; il lui sera quelque jour honteux qu'il n'en ait pas été. »

926(i363. II, f> 196).— Je disois de la voltéromanie (sic) : < Cela est trop fort pour faire son effet. >

927 (i38o. II, f> 197 v^). — Il me semble que VoliS taire croit l'attraction parce que c'est une chose

extraordinaire, comme on croit les miracles. Dans son livre, il ne s'attache qu'à nous en faire voir les prodiges. On voit qu'il veut vendre son orviétan.

928 (i382. II, f> 198). — Ouvrages de Voltaire, 20 comme ces visages mal proportionnés qui brillent de

jeunesse.

929* (1446. II, f^ 211 V**). — Voltaire n'écrira

jamais une bonne histoire : il est comme les moines,

qui n'écrivent pas pour le sujet qu'ils traitent, mais

35 pour la gloire de leur ordre; Voltaire écrit pour son

couvent.

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930(1460. II, f"* 214 v^). — Je disois: « Voltaire se promène toujours dans des jardins; Crébillon marche sur les montagnes. >

931 (1589. II, fo 455 v«). — Je disois de Voltaire(?) :

€ C'est un problème : savoir qui lui a rendu plus de 3 justice : ceux qui lui ont donné cent mille louanges, ou ceux qui lui ont donné cent coups de bâton. »

932 (2175. III, f* 36i). — Quelqu'un racontoit tous les vices de Voltaire. On répondoit toujours : c II a bien de l'esprit !> Impatienté, quelqu'un dit: «Eh lo bien ! c'est un vice de plus ! >

933(2233. III, fo 466). — Je disois que Voltaire étoit un général qui prenoit sous sa protection tous ses goujats.

934 (2234. III, f* 466). — Lacon (?) a toujours des iS hors de propos contre lui; Voltaire, contre les autres.

935(2235. III, f* 466). — Voltaire a une imagination plagiaire : elle ne voit jamais une chose si on ne lui en a montré un côté. -^

936(2243. III, f«> 466 vo). — Je disois de Voltaire : < Gardez-vous de mourir le martyr de vos anecdotes, ni le confesseur de vos poésies. »

937(1298. II, f» 137). —Un honnête homme

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