‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 82 sur 263 · Cet article n'est pas de moi · texte numérisé non relu

Cet article n'est pas de moi

CRITIQUE HISTORIQUE igS

Platon, si l'on veut avoir une juste idée des loix et des mœurs des Grecs. Les chercher dans leurs historiens, c'est comme si nous voulions trouver les nôtres en lisant les guerres de Louis XIV.

5 1453 (324. 1, p. 334). — Nous avons des auteurs de l'ancienne histoire de France favorables aux Bourguignons ; d'autres, aux Austrasiens > .

Aujourd'hui, que ces différents intérêts ont cessé, à peine cette partialité se fait -elle sentir, 10 Un auteur cesse d'être partial à force d'être ancien, et il faut bien croire que les écrivains d'autrefois étoient comme ceux-ci.

4454(1073. II, f® 66). — La plupart de nos François qui ont écrit eux-mêmes leurs mémoires sont

i3 si visiblement vains qu'il est impossible qu'ils soyent vrais. Ils ont tout fait dans la guerre et dans les affaires. Mais, les hommes ayant à peu près les mêmes passions, les mêmes inquiétudes, les mêmes talents, il n'est pas possible que, sans être réprimés

30 par quelque force majeure, ils résignent à un seul l'emploi d'agir et de penser.

4455* (1462. II, f^ 21 5). — Depuis la découverte de

l'imprimerie, il n'y a plus d'histoire vraye, dit le

père Cerati. Les princes n'y étoient point attentifs,

2b et la police ne s'en mêloit pas. Aujourd'hui, tous

les livres sont soumis à l'inquisition de cette police,

I . Voyez ce qui est dit dans l'extrait de V Académie des Belles- Lettres, sur les ouvrages de Frédégaire.

qui a établi des règles de discrétion. Les violer, c^est une offense. On a appris par là aux princes d'être offensés de ce qu'on disoit d'eux. Autrefois, ils ne s'en soucioient pas; on disoit donc la vérité. 5

1466*(i525. II, f« 23i vo).~ Cest un problème si rimprimerie a servi, ou non, à la vérité de l'histoire.

Autrefois, les auteurs de partis déguisoient la vérité plus hardiment : leurs ouvrages étoient peu lo répandus et n'étoient guère lus que de quelques gens de leurs sectes; ils craignoient donc moins de dire des choses absurdes, ils chargeoient plus les caractères, et ils crioient plus fort, parce qu'ils étoient moins entendus. i5

D'un autre côté, les princes ont fait de cet art le principal objet de leur police ; les censeurs qu'ils ont établis dirigent toutes les plumes.

Autrefois, on pouvoit dire la vérité, et on ne la disoit pas; aujourd'hui, on voudroit la dire, et 20 on ne le peut pas.

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