II. CHRONOLOGIE
1457* (67. 1, p. 64). — S'il n*y avoit point de temps avant la Création, il s'ensuivroit nécessairement que le Monde seroit aussi ancien que Dieu et lui seroit 35 coéternel.
CHRONOLOGIE lÇ)b
14f58* (2o6, 1, p. 2o3). — De l'Éternité du Monde. — L'argument de Lucrèce contre l'éternité du Monde prouve trop:
Prœterea, si nulla fuit genitalis origo 5 Terrai et Cœli, semperque œternafuere Cur supra bellum Thebanum etfunera Trojœ Non alias alii quoque res cecinere poetœ ? Quo totfacta virum loties cecidere ? nec usquam ^ternis famœ monumentis insita florent ? 10 Verum(ut opinor) habet nopitatem summa, recensque Natura est Mundi, neque pridem exordia cepit.
Je dis qu'il prouve trop. Nous ne connoissons rien avant les Olympiades, c'est-à-dire avant deux mille cinq ou six cents ans. Tout le reste est fable
iS et obscurité. Nous sommes, cependant, sûrs que le Monde dure depuis au moins six mille ans. Nous avons donc trois mille cinq cents ans, au moins, de la durée du Monde pour lesquels l'histoire nous manque.
20 Pour que l'argument de Lucrèce fût bon, il fau-
droit que nous eussions une histoire bien exacte
et bien suivie depuis l'époque de la naissance du
Monde.
Alors on pourroit dire : cil faut bien que le
25 Monde n'ait pas commencé avant, puisque nous
n'avons point de mémoire que rien ait précédé. »
Mais ici il y a un âge constant qui a précédé,
dont nous n'avons point de mémoire, et, pour la
connoissance duquel, nous avons besoin de la Ré-
3o vélation.
Son autre preuve :
Qtiare etiam quœdam nuftc artes expoliuntur, Nunc etiam augescunt; nunc addita navigiis sunt Multa ;...
ne vaut pas mieux; car il faudroit auparavant 5 prouver qu'il n'est point arrivé sur la Terre de catastrophe pareille à celle dont les Grecs parlent dans leur Déluge, et Moïse, dans sa Genèse. Car, si un homme ou un très petit nombre d'hommes restent dans un grand pays situé de manière que la corn- 10 munication soit difficile, il faut nécessairement que tousjes arts tombent et s'y oublient, fussent -ils les plus savants de la nation : un homme ou deux ne connoissant que peu d'arts et pouvant encore moins les pratiquer; quand ils le sauroient faire, ils le 13 négligeroient. D'ailleurs, la pauvreté, nécessairement attachée à un petit nombre d'hommes, fera qu'on oubliera tous les arts, excepté ceux qui peuvent procurer les plus indispensables besoins*. Ne croyez point qu'un Noé et un Deucalion pensassent ao à l'imprimerie et s'exerçassent à faire des lunettes de longue- vue, ni des microscopes, qu'ils missent en usage de la monnoye. Incapables de construire un vaisseau, se souviendroient-ils ou même se soucieroient-ils de la boussole? 25
Imaginez-vous un pâtre dans sa bergerie. De combien peu d'arts a-t-il connoissance ? — Un paysan dans un lieu peu fréquenté. Combien a-t-il peu
I. D'ailleurs, les arts se tiennent presque tous: une aiguille est le résultat de bien des arts.