‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 10 sur 165 · LA RELIGION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LA RELIGION CHRÉTIENNE

simple réunion des croyants, elle aussi objet de foi en même temps que moyen de formation de la piété.

Il est vrai qu’à cette notion de l'Eglise, une autre, celle de l'Esprit, principe intérieur des mouvements de piété, a dû parfois se heurter: d'une part les uns ne voulurent relever que de l'Esprit; d’autre part d’autres voulurent soumettre les « cha- | rismes » au contrôle d’une majorité. Mais l'Eglise étant comme l'Esprit objet d’un sentiment dont l'essentiel était de se détacher de soi, on a fini par voir en l’une le représentant de l’autre: c'est de là qu'est sortie la piété catholique {*).

2. Le premier et sans doute le principal représentant en fut saint Paul°). Sa piété, semble-t-il, ne fut ni la foi-confiance des Synoptiques, ni la foi-soumission demandée par l'Eglise, mais une piété d’apostolat, c’est-à-dire une volonté extrêmement forte et tenace de se réaliser et de se répandre.

Sans chercher si l’origine doit en être attribuée aux mystères °1), ou à son éducation de Juif helléniste 52), on peut la caractériser ainsi: il vit dans le Christ ressuscité la réalisation ‘de la justice 5), c’est-à-dire d’une régénération totale et du

initiés. L'idée de Mt, x1, 27 (révélation faite aux petits plutôt qu'aux savants) se rattache elle aussi au même sentiment: on donne cette initiation de préférence à ceux que jusqu'ici l’on dédaignait.

49) C’est pourquoi nous croyons insuffisant et illusoire d’analyser les croyances chrétiennes en tant qu’idées sans tenir compte ée l'élément affectif qui en fut le principe: ou bien on ne réussit à mettre de l’unité dans ces croyances qu’à coups de contresens, en les interprétant à la lumière d’idées postérieures, ou bien l’on n’y voit qu'une mythologie dont la véritable portée échappe complètement.

50) Nous n’ignorons pas que, d’après des travaux récents, les épîtres de saint Paul pourraient bien, dans leur teneur actuelle, contenir maints éléments d’origine diverse. Nous prenons ici le paulinisme tel qu’il a été finalement constitué.

51) Il faut remarquer en effet que l’idée de la résurrection tient une place importante dans les Epiîtres, ce qui donnerait à penser que Paul n’aurait fait que tourner dans un sens chrétien cette idée, commune à tous les mystères.

52) Cf. ToussaINT, Hellénisme, p. 185-194.

53) On a discuté à perte de vue pour savoir sil s'agissait d'une justification intérieure, consistant à rendre juste ou d’une justification extérieure, consistant à déclarer juste. La question à dû se poser en termes tout à fait différents. La justice était, dans le paulinisme, quelque chose comme un titre de noblesse, une sorte

passage de la vie de la chair à la vie de l'esprit. Car c'est le Christ qui est venu remplacer l’homme terrestre ou charnel, qui vit sous la Loi5{), par l’homme céleste ou spirituel qui vit de la Foi 55). }

Aussi, alors que de la théologie de Paul il restera peu de chose 56), de sa piété, il restera cette orientation christocentrique qui en est le trait fondamental. De plus cette orientation fut consolidée par le caractère sacramentel que Paul contribua plus que personne à donner aux deux cérémonies principales des réunions: le Baptême et l’Eucharistie 57). Pour celle-ci en particulier, si l’idée de communion est sortie de ce que le Christ était senti présent par les assistants, Paul en a fait le rite par excellence de la transformation de l’homme charnel en homme spirituel. Par ce sacramentalisme la piété s’est accrochée à une réalité sensible capable d’en conserver toute la force affective.

d’entité, modifiant la nature physique de l’être moral, si l’on peut s'exprimer ainsi, Il s'agissait donc de savoir si l’on était juste par la Loi ou par la Foi, de la même façon qu’on pourrait se demander si l’on est noble par naissance ou par acquisition d’un titre de noblesse. Aussi s’est-il violemment dressé contre ceux qui mettaient la justice à la portée de tous et donc l’avilissaient.

54) Ainsi l’abrogation de la Loi est la substitution d’une nouvelle économie de salut à l’ancienne, et si les oeuvres ne valent rien, c’est en tant que prescrites par la Loi, alors que la Foi sauve, parce qu’elle est la révélation de la nouvelle économie.

55) On pourrait presque dire que saint Paul a vu la Loi avec les yeux d’un orphique qui veut échapper à la roue du destin, et les mystères du salut avec les yeux d’un Juif, qui a besoin de se sentir justifié, c’est-à-dire privilégié de Dieu, suivant les promesses de l’ancienne alliance. — Cf. ToussaINT, Hellénisme, p. 185-187.

56) En effet ni son Christ, nouvel Adam, préexistant en forme de Dieu sans lui être égal, ni son Esprit, principe d’une nouvelle création et source de révélation, ni sa prédestination, ni son opposition à la Loi ne seront retenus par la théologie catholique. Même de sa conception de la Rédemption, il restera peu de chose: elle est pour lui la destruction de l’homme: charnel par la mort du Christ et la renaissance de l’homme spirituel par sa résurrection, alors que plus tard, elle sera la délivrance du démon et la restauration de la justice originelle.

57) Sur ce point encore l'influence des mystères est incontestable. « La façon dont Paul décrit les effets du rite chrétien coïncide jusque dans les termes avec tout ce que la mystique païenne disait des mystères: toutes les expressions et toutes les images que fournit la littérature des cultes d’Attis, d’Isis et de Mithra se retrouve Riqique mot pour mot dans les Epîtres. » TOoUssaINT, Hellénisme, P.

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