RÉSULTAT DES CONFESSIONS PIEUSES
mais ne grandit, nous le voyons une fois de plus, que par l’intérieur.
2) C’est pour cela que les théologiens rappellent que l’état de grâce dans sa réalité profonde est inconscient. La paix ou joie intérieures n’en sont que la surface: pour le fond, l’âme ne sait pas quel il est, ni même si elle est vraiment en état de grâce a), parce que toute tendance n’est consciente que par les obstacles qu’elle rencontre pour se satisfaire. On ne peut donc se rendre compte si l’attachement au péché est provisoirement refoulé ou réellement détruit que par la façon dont on se comportera suivant l’occasion.
Le chrétien porte ainsi en lui cette grâce comme un « vase fragile », sans même qu'il en sente la fragilité. Et cependant il faut que cet état de grâce existe; car tout acte, même pieux, accompli sans la grâce 26), reste sans aucune valeur au point de vue de la piété, ce qui n’est, nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer, que l'expression de ce fait: le caractère des actes dépend de celui des tendances. Quiconque ne possède pas en lui les virtualités fondamentales de la piété peut faire des actes de vertu, mais ces actes sont orientés dans des intentions sans rapport avec la piété. Il peut être courageux, généreux, etc, mais c’est toujours autre chose que de la piété ?7).
Le seul moyen que possède l’âme pieuse de s’assurer de la réalité de son état de grâce, c’est le sacrement: il est un signe visible de l’action de Dieu et il donne par suite la certitude du caractère surnaturel de l’état dans lequel on se trouve. Seulement ce sacrement de pénitence n’est pas le seul: il renouvelle et il guérit plus qu’il n’entretient. Un autre sacrement contribue beaucoup plus efficacement encore à maintenir l’âme dans l'orientation qu’elle a prise par la pénitence: l’Eucharistie. que nous devons donc étudier.
VII. — Toutefois il n’est pas inutile, auparavant, de regarder de plus près le rôle précis de la confession dans la formation des idées de piété.
25 a) Cf. LABAUCHE, Leçons, p. 288. ; ;
26) O vere coelestis gratia, sine qua nulla sunt proprie merita.…. Neque fides, neque spes, neque. aliae virtutes tibi acceptae sunt sine
caritate et gratia, Imit. IE, 65, 4.
27) Cf. Truc, Grâce, p. 45-46; 57.
Son résultat, suivant ce que l’on a appelé la loi de convergence affective #8), est de grouper tous les états de conscience autour d’un point central, qu’on appelle l’état de grâce, plus exactement d'organiser la conscience par l'élimination de tout ce qui est contraire, de telle sorte que cet état apparaît comme le principe unique de tout le reste.
Cette organisation se fait négativement. On corrige plutôt qu’on n’ajoute ; on rectifie plus qu’on ne construit. D’autre part il faut prendre garde à ceci: ce que l’on corrige et rectifie, nous l’avons vu, c’est avant tout la conscience que l’on a de soi-même, plus précisément encore les tendances qui sont en soi. Or, il est bien certain qu’on le fait, non pas en s’illusionnant sur ce que l'on est de façon à se donner à soi-même une conscience différente de la réalité, comme dans le ‘bovarysme, mais en se modifiant réellement dans le sens de l’état de grâce. Seulement l’important dans cette modification n’est pas dans la matérialité des actes, puisque les confessions des âmes pieuses portent beaucoup moins sur les fautes que sur les dispositions: il est dans leur formalité, c’est-à-dire dans l'esprit avec lequel on agit. Cette formalité est si importante que c’est elle seule qui donne aux actes toute leur valeur: sans elle rien ne vaut, avec elle tout est surnaturel. Après avoir adopté une façon de vivre, la piété s’efforce de lui donner une forme particulière, et très spécifique, qu’on appelle l'esprit surnaturel. Donc le rôle de la conscience ici n’est pas seulement de constater ou d’expérimenter, mais de construire et d’édifier. Elle ne nous montre pas ce qui est en nous: elle lui donne une forme que cela n’aurait pas sans elle.
Or, nous l’avons vu à propos du recueillement, ce caractère spécial, cette surnaturalité est tout entière dans ce que nous avons appelé l’intentionalité. Justement parce que tout l’effort de la confession ne porte ni sur la réalité des faits, ni sur les émotions qui les accompagnent, mais sur les tendances, nous nous apercéevons que son rôle est de préciser cette intentionalité pour y mettre le plus d’unité possible.
Mais, au lieu que dans le recueillement ou l'examen de conscience on se surveille soi-même en tant que soi, dans la
28) Ibid, p. 81-86.