‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 101 sur 165 · LES COMMUNIONS DE PIÉTÉ · texte numérisé non relu

LES COMMUNIONS DE PIÉTÉ

confession, comme dù reste déjà dans l’oraison, on se compare avec un objet à réaliser, de façon que ce soit lui qui attire toute l’attention et qu’on ne s'occupe de soi que par rapport à lui. On ne corrige donc pas seulement l’intentionalité en tant qu’activité pour la rendre plus efficace, on la corrige surtout dans son objet, pour qu’il soit plus exclusivement le seul objet visé. C’est du reste ce que le caractère sacramentel ajoute au simple examen de conscience: il pose un objet et il le pose comme très réel, si bien que, tout en surveillant la forme donnée aux actes par nos intentions, c’est à ce que l’on veut que l’on pense le plus. Plus exactement, la forme que cette intentionalité leur donne, vient moins des motifs que de l’objet lui-même: c’est parce que l’on veut Dieu ou ce qu’il demande que les actes prennent leur caractère et leur valeur surnaturels. Bref, on corrige l’activité subjective par son objectivité et tout le reste de la vie de piété va consister à s'installer de plus en plus dans cette objectivité pour oublier cette activité, de façon que ce soit toujours l’objet qui détermine le sujet et lui donne sa forme de piété et non le sujet qui se forme lui-même. C'est du reste ce que nous allons voir se continuer dans la pratique des communions fréquentes.

Il est donc de plus en plus certain que c’est par son objet que peut et doit se comprendre l’activité de piété. Cette objectivité, il est vrai, est plus formelle que matérielle, puisque cet objet nous apparaît comme une représentation et non comme une chose. Il s'agira précisément pour nous de savoir dans quelle mesure une objectivité formelle peut être vraiment une objectivité.

. Il importe beaucoup de se rendre compte exactement de ce qu’est la communion aux yeux de l’âme pieuse. Pour cela, le réalisme eucharistique -- ou du moins ce que nous pouvons appeler ainsi, c’est-à-dire la doctrine théologique de la présence réelle, — est plus important encore au point de vue de la piété qu’à celui du dogme. Il est du reste assez probable que c’est de cette piété que procède l'énergie avec laquelle la théologie main-

tient son dogmatisme.

Pour le fidèle, ce sacrement n’est pas sfmplement un mémorial ou un symbole, mais la réalité même du Christ et par conséquent de la Grâce, réalité qu’il conçoit comme à la fois spirituelle et matérielle. Là encore, là surtout les croyances et les sentiments se trouvent accrochés à quelque chose d’extérieur et de sensible, bien que les apparences n’en soient pas conformes à l’idée qu’on s’en fait. Par suite toute la vie spirituelle s’y rattache **) et les sentiments de piété prennent un objectivisme aussi fort que celui de tout autre amour.

Notons du reste en passant qu’outre la communion sacramentelle %), il existe une autre communion dite spirituelle, recommandée pour les cas où la première se trouve impossible. Elle consiste à appeler en soi par ses désirs la présence du Christ et elle produit les mêmes effets « surnaturels » que la communion sacramentelle. Au fond, elle devrait suffire, même théologiquement, bien qu’elle ne soit pas un sacrement à proprement parler. Mais c’est la piété plus encore que la théologie qui réclame davantage: de même que le souvenir d’un disparu ne peut pas se passer de photographie, de même le désir d’union avec Dieu a besoin d’un «signe» qui lui apparaisse comme la réalisation de ce qu’il recherche.

La communion est donc la prise de possession en soi de la grâce. Comment se fait-elle?

Il y a d’abord dans l’Eucharistie présence réelle de Dieu, non pas du Dieu métaphysique, il faut le remarquer, mais du Dieu religieux des âmes pieuses, principe de grâce et de vie

29) On sait qu'aujourd'hui il existe parmi les catholiques adonnés à la vie de piété, un courant de plus en plus fort vers la communion fréquente et même quotidienne. Il est indéniable que la tendance à mettre au premier plan l'effet en quelque sorte magique de la communion ne soit pour beaucoup dans ce courant. D’autre part le danger d’en arriver à une communion tellement machinale que l'effet en serait réduit à rien, est reconnu par tous les auteurs de spiritualité (Cf. François DE SALES, Intr., IT, 20; il ne voulait ni blâmer, ni encourager cette pratique). Mais elle peut — et c’est là la raison pour laquelle on la recommande si fortement de nos jours — établir une habitude tellement forte de la piété que toute la vie morale en soit imprégnée ct qu’il n’y ait même de vie morale que par elle. Toute la conscience a orientée dans ce sens. Elle n’en est pas toujours fortement déveoppée.

#0) Cf, Fr. de SALES, ntr,, Il, 21:

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