‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 99 sur 165 · L’ABSOLUTION · texte numérisé non relu

L’ABSOLUTION

l’on souffre de perdre une photographie, comme si l’on perdait l'affection de la personne, de même celui qui n’a reçu aucune absolution « n’a jamais su s’il était pardonné. »

Lorsqu'il s’agit de confessions de piété, l’absolution a ce résultat qu’elle contrebalance l'humiliation du pénitent en lui donnant la conviction de recevoir une nouvelle vie spirituelle. L'image qu'il avait très précise de ses défaillances, est remplacée par une autre image ou idée, très précise également 22), au moins par son côté affectif, des valeurs que commence à réaliser en lui l’absolution sacramentelle. En même temps qu’il apprend à se détester, ce qu’il apprend à aimer devient son bien propre, mais reçu plutôt que conquis; et il lui consacre ses tendances, sans que ses affections, ou plus exactement la conscience qu’il en a, gardent un caractère de jouissance personnelle. Il aime donc davantage cet « état de grâce » à proportion de la réalité qu’il lui attribue; et la valeur de la grâce est d’autant plus grande qu’elle est un don gratuit. C’est ainsi que l'Eglise a trouvé le moyen d'obtenir de l’homme une collaboration intégrale à l’oeuvre de son éducation pieuse, sans lui laisser aucune possibilité de s’en attribuer le mérite 2).

V. — Après cela la satisfaction se comprend d’elle-même. Elle consiste d’abord dans l’accomplissement d’une pratique quelconque, plus ou moins légère, dont la facilité montre que le but est moins ce que l’on fait que l’acte de le faire. Elle consiste surtout dans le « ferme-propos » ou résolution, laquelle doit être fréquemment renouvelée et très précise. C’est pour lui donner plus de force qu’on l’accroche, elle aussi, à un acte déterminé aui en est le commencement, acte indiqué par le confesseur, non choisi par le pénitent, de sorte qu’en l’accomplissant, il y a encore soumission des tendances, collaboration avec le milieu spirituel et ainsi substitution plus complète de nouvelles valeurs

personnelles.

22) Notons en passant le rôle psychologique de l’idée du démon auquel on attribue les fautes et tentations: c’est une image précise qui assure au sentiment une plus grande force affective. Cf. Pr. pr., I, page 253; TANQUEREY, p. 152.

23) Cf. Truc, Sacrements, p. 66.

En résumé, l’acte sacramentel de la pénitence est la constitution d’une valeur, en même temps que de la base affective se rapportant à des données de foi, lesquelles deviennent objet des tendances et précisent la direction de l’affectivité 24). Par là on se met en « état de grâce »: on fixe l’orientation générale

de la vie morale vers la piété.

VI. — En quoi consiste donc très exactement cet « état de grâce »?

1) Il y a d’abord un état affectif, qui n’en est pas le principal, état de paix et de joie intérieures, d'équilibre, de calme, de conscience de sa force, bref, d’un bonheur tout à fait comparable avec celui d’un amour naissant que ne contrarient ni obstacles ni désirs impérieux. Une tendance affective s'exerce librement et sans que rien n’en arrête l'épanouissement : on a la persuasion que tout sera facile et on éprouve la douceur de cette persuasion et de cette volonté.

Mais cet aspect est en réalité purement négatif, bien qu’il paraisse positif à l’âme qui l’éprouve: il vient uniquement de la suppression de certaines tendances, plus exactement de leur assoupissement, par suite d’affections contraires. (C’est un état émotif plus qu’un état inclinatif: il y a suppression du désir conscient du péché, accentuation d’un autre désir conscient et comme tel agréable à sentir, rien de plus. Il faut donc que cet état se fortifie. Les confessions ultérieures y contribueront sans doute: elles n’y suffiraient pas, parce que, l’habitude aidant, elles finiraient par ne plus rien provoquer de l’émotivité qui s’attache aux confessions de renouvellement. Si donc la vie de piété commence par un état émotif #5), pour qu’elle dure, il faut une tendance proprement dite, un habitus, au sens scolastique du mot. Au lieu que cet habitus résulte des confessions fréquentes, ce sont plutôt celles-ci qui seront plus ou moins efficaces suivant son développement. La piété entre par l’extérieur

24) Cf. Truc, La Grâce, p. 39-41, diverses définitions théologiques de la grâce. Ce qui en est présenté comme l'essentiel, c’est la réalisation d’un changement complet dans l’état psychologique.

25) «L’illusion consiste à se croire saint, parce qu’on est consolé». Pr. pr., Il, p. 300. |

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