‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 103 sur 165 · LES COMMUNIONS PIEUSES · texte numérisé non relu

LES COMMUNIONS PIEUSES

‘gieuse inconsciente, pire par conséquent que si on ne communiait pas du tout.

L'état de grâce n’est du reste qu’une condition négative: il est nécessaire, mais il ne suffit pas: il n’est qu’une virtualité qui doit agir et se développer %#). La bonne volonté qui est au principe doit devenir un amour au sens complet du mot. Cela dépend d’abord du degré de foi: on ne communie bien que si l’on croit profondément, non seulement à la réalité de la présence divine, mais à la divinité de celui qui est présent, plus exactement si l’on apprécie religieusement et le Dieu que l’on reçoit et le fait qu’on le reçoit.

L'autre condition, qui découle du reste de cette dernière, c'est l'humilité, par laquelle on sent la grandeur de Dieu en opposition avec sa propre bassesse #5). Il ne s’agit pas, notons-le bien, de se mépriser #): ce serait un sentiment tourné vérs soi. I] s’agit de ne s’estimer en aucune façon, d’avoir une pure et complète simplicité excluant toute complaisance envers soi et même envers tout jugement sur soi. Grâce à cette simplicité absolue, les influences de la communion peuvent s'exercer sans aucun obstacle. « Dieu résiste aux superbes, mais donne sa grâce aux humbles. »

Enfin, la communion se termine par une « action de grâces »°7), dont l'efficacité est loin d’être négligeable. Elle consiste en une sorte de prière très personnelle ou mieux en une conversation très intime, surtout pour ceux qui en ont l’habitude, avec le Dieu que l’on sait et que surtout l’on sent présent

34) On subordonne même complètement les avantages de la communion fréquente aux efforts (non aux résultats) accomplis dans la vie de piété; mais on ajoute que ces efforts sont la condition, non la cause des résultats obtenus. Et, d’après la théologie, on peut augmenter le degré de grâce sanctifiante même en commettant des péchés véniels qui se mêlent à des communions tièdes (Pr. pr. II, p. 295- 296). Il va sans dire qu’il y a là une conséquence des théories théologiques sur la grâce plutôt qu’un fait psychologique.

35) « Cette disposition fait pour ainsi dire le vide dans notre âme, en la débarrassant de l’égoisme, de l’orgueil, de la présomption; or c’est dans le vide de soi que s’opère l’Union à Dieu: plus nous nous vidons de nous-mêmes et mieux nous préparons notre âme à se laisser prendre et posséder par Dieu. » TANQUEREY, p. 196.

36) Même les troubles de conscience ne doivent pas empêcher de communier. Cf. Imitation, IV, 10, 3.

37) Cf. FABER, Tout pour Jésus, p. 255.

en soi. C’est ainsi que cette présence, d’abord objet de foi, devient de plus en plus un objet d'amour, parce qu’à ce moment, la prière a toutes chances d’être plus affective que n’importe quelle autre 8). Elle a chance surtout d’être très inclinative: recevant son Dieu, l’âme se donne à lui et cherche tout ce qu’elle doit faire pour mieux se donner à lui. C’est même suivant que ce don est plus complet et plus effectif que l’action de grâces est plus fervente. Aussi, les directeurs recommandent-ils ce don de soi %*) comme le meilleur moyen de profiter des instants qui suivent immédiatement la communion, pendant lesquels les saintes espèces sont encore présentes en soi #0).

En conclusion, l’âme pieuse en arrive ainsi à une prière de plus en plus exclusivement tournée vers Dieu, de plus en plus détournée d’elle. Elle ne demande plus du tout que Dieu lui donne quoi que ce soit ; mais elle donne tout ce que Dieu demande. De plus, âu moyen de toutes les images concrètes qui constituent la foi et qui provoquent plus ou moins d’émotions senties, au moyen de la croyance en la réalité de l’ex opere operato, les sentiments émotifs se changent en sentiments inclinatifs et l’affectivité de jouissance apprend à devenir une affectivité de détachement de soi, d’attachement à la vie surnaturelle. L'orientation de la piété est ainsi nettement déterminée.

Or bien plus que dans la confession, c’est l’objet qui est principe de formation de cette activité. C’est donc sur lui et la conception que l’on en a que nous devons maintenant porter toute notre attention.

Remarquons d’abord qu’il y a dans cet objet une synthèse, ou, si l’on préfère, une unité beaucoup plus forte que dans la confession. Bien plus, on peut dire que l’acte de la confession

38) Cf. HuysMaAxSs, En route, p. 377.

39) Saint Ignace recommande la prière suivante: « Recevez, Seigneur, ma liberté entière. Recevez ma mémoire, mon entendement ct toute ma volonté. Tout ce que j'ai, tout ce que je possède, vous me l'avez donné, je vous le rends et j’en laisse l’entière disposition à votre volonté. Donnez-moi seulement votre amour et votre grâce, je serai assez riche et je ne vous demanderai rien de plus. »

40) Cf. RoDRIGUEZ, II, 8, ch. 8.

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