‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 12 sur 165 · LA LITURGIE · texte numérisé non relu

LA LITURGIE

se ‘firent en quelque sorte en marge”#) du culte public7f), si bien que l'office 75) s’est constitué par réaction contre la trop grande extériorité du culte ordinaire. Plus tard, cette piété s’est, petit à petit, imposée à l'Eglise 76), non sans que la liturgie solennelle et publique ait quelque peu influé sur l'office monastique par l'introduction de la musique 77), l'institution et l’organisation du chant grégorien, etc.

A partir du neuvième siècle, l’office était constitué dans ses éléments essentiels. Mais alors que dans les monastères il-a gardé une place prépondérante, dans la vie séculière on en est arrivé petit à petit à un office plus court 7#) — le bréviaire — qui devint une prière privée, réservée aux prêtres, sans cesser d’être la prière officielle de l'Eglise.

Ainsi l'office est entré du dehors dans l'Eglise plutôt qu’il n’est sorti d’elle. Il est devenu de cette façon une sorte de trait d’union entre la piété individuelle et la prière officielle, entre la spiritualité et la socialité du christianisme. C’est par Jui que tout ce qui restait de sacramentel et de magique dans le culte s’est spiritualisé dans une prière plus affective que rituelle, comme l’est celle des Psaumes. S'il n'y avait pas eu de sacrements, il n’y aurait eu que très peu de foi catholique ;

avaient lieu ou bien le soir après le coucher du soleil, ad vesperas;, ou bien de très bonne heure le matin, avant son lever, ad matutinas.

73) « On ne pouvait plus compter sur le gros des fidèles. Les chrétiens, en devenant plus nombreux, n’étaient pas devenus plus fervents. Ils négligeaient maintenant même la synaxe liturgique du Dimanche, à la grande tristesse de leurs pasteurs. Mais aussi à mesure que l'Eglise, en s'étendant, s'était attiédie, il s’était formé dans son sein un groupement des âmes les plus zélées et les plus ferventes.. c'étaient les vierges et les ascètes. >» BATIFFOL, Bréviaire, p. 17.

74) Cf. BATIFFOL, p. 41-44.

75) La coutume peut se rattacher aux formules juives des «pieux» ou Esséniens. Du reste, c’est en Syrie et à Jérusalem qu’elle est apparue en premier lieu. Ibid., 23-27.

76) Ibid., p. 21, 72-73.

77) Ibid., p. 33-34.

78) Les causes de cette transformation furent multiples : le manque de ferveur (Ibid., p. 198-200), les nécessités de la vie séculière (Jbid., p. 234), etc. Il faut noter que c’est de la cour pontificale (Ibid. p. 237-240) qu'est partie cette modification et que l'influence des Franciscains, qui n’eurent pas à l’origine les offices réguliers et solennels des monastères, y contribua beaucoup. :

de même s’il n’y avait pas eu le bréviaire, il n’y aurait peut-être eu dans l’Eglise que très peu de piété. Plus exactement cette foi serait restée plus proche du paganisme que de l’Evangile et cette piété plus proche du ritualisme que de la prière chrétienne.

VI — Le Monachisme.

1. Dès l’origine s’est manifestée dans le christianisme la tendance, commune du reste à toutes les religions, à supprimer le plus possible les jouissances de la vie, tendance que l'attente du prochain royaume ne pouvait que fortifier. Bien des hérésies 7?) n’eurent pas d’autre origine: des « ascètes » voulurent en effet avoir une autonomie nuisible à l’unité de l'Eglise et l’on dut réglementer 8) leurs pratiques comme leurs théories. L’on eut donc à la fois une théologie sur la malignité foncière de l’homme et une morale mettant ce principe en pratique. De là un dualisme fortement accentué entre la nature et la surnature, dualisme qui eut une influence considérable dans la formation ultérieure de la piété.

2. D'autre part, comme à mesure que le christianisme gagnait en extension, il perdait en profondeur 81), ces ascètes finirent par se grouper pour sauvegarder en eux l’intériorité de la piété. Aussi, alors que la forme primitive de l’ascétisme avait été l’érémitisme ou l’anachorétisme 8), on en arriva au cénobitisme 8). L'association apparut comme un moyen nécessaire pour réagir contre les tendances inévitables de l’ascète à se glorifier de son ascétisme: sans supprimer les mortifications corporelles des anciens ermites, on se mit à leur préférer le renoncement à la volonté propre. Ainsi s'établit une nouvelle valeur religieuse: la Règle.

79) Par exemple le marcionisme: tout ce qui est chair est radicalement mauvais; l’encratisme. qui demandait un renoncement absolu; le montanisme, sorte d’illuminisme, etc.

80) Cf. PouRRAT, I, 66. Q

81) 1bid., I, 118.

82) En Egypte avec Antoine ŒIT° s.), en Syrie avec saint Jérôme, etc. Va ENTRE

83) Avec saint Pacôme (IV° s.), Hilarion et surtout saint Basile. Cf. SAUDREAU, Piété, p. 61; PouRrRAT, I, p. 141-160.

Page 1