‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 120 sur 165 · NOUVELLE RELATION SUJET-OBJET · texte numérisé non relu

NOUVELLE RELATION SUJET-OBJET

entre eux est interverti: il est la montée de l’âme vers Dieu et il semble que ce soit la descente de Dieu vers l’homme.

Le problème est précisément constitué par ce renversement des termes. Comment se fait-il que tous les efforts accomplis jusqu'ici par l’âme pieuse pour développer en elle la piété lui apparaissent comme n'étant rien et que, pendant qu’elle monte vers Dieu, c’est Dieu qu’elle voit descendre vers elle? La devise de l’humilité pourrait être le mot de l'Evangile « TIIlum oportet crescere, me autem minui ». Mais au lieu qu'il en résulte un accroissement de la distance, il en résulte une union plus étroite, parce qu’en réalité Dieu descend et l’âme s'élève. Il est nécessaire de comprendre très précisément ce point.

Remarquons que ce renversement est corrélatif d’un autre renversement, ou plus exactement d’une transformation opérée par l’âme dans la représentation qu’elle se fait de l’objet de sa piété. Nous avons vu que tous ses efforts dès le début avaient consisté à valoriser les thèmes de piété qui lui étaient présentés par l’action de l'Eglise. Mais ces thèmes, à mesure qu’ils sont devenus de plus en plus l’objet de ses tendances, de ses inclinations et de son amour, lui sont de plus en plus apparus comme des réalités, non comme des valeurs. Plus exactement, c’est comme réalités qu’ils ont eu pour elle de la valeur et non inversement. L'Eglise les lui a offerts comme des données révélées, lui demandant la correspondance de ses sentiments. Grâce à son autorité, elle a pu leur attribuer un caractère transcendant et par suite, au moyen d’une action à caractère social, provoquer ces sentiments. Puis, à mesure que l’âme a donné la réponse, la conscience s’est informée d’après cet objet, tout en jouant à son égard un rôle transcendental, de sorte que l’objet est apparu comme une réalité. Il semble donc que c'est

vée, Le recueillement lui-même, nous l'avons vu, est un stade déjà assez avancé de la vie de piété. De plus entre ce recueillement et ’1bandon au recueillement, il y a toute la mortification du moï, dont M. SEconp ne tient pas compte. Or, elle est essentiellement active et la passivité ne commence qu'après cette mortification, au moins dans la piété authentiquement catholique. La prière est donc d’abord une relation. Si elle tend à devenir une activité d'abandon, il est essentiel de distinguer ce qui est activité de ce qui est abandon, sans quoi la distinction entre le sujet et l’objet reste confuse et l’on ne voit pas exactement ce qui constitue l’objectivité et ce qui constitue la subjectivité.

surtout l’action de la conscience qui a constitué l’objet comme réalité ayant son être propre, tout au moins que c’est grâce à elle que l’objet lui est apparu avec ce caractère.

Or, maintenant l’action de la conscience apparaît comme n'étant plus rien et l’objet comme étant tout, puisque le sujet sent que son action vers Dieu est inutile et donne toute l’efficacité à l’action de Dieu sur lui. La question se pose donc de savoir ce que vaut, phénoménologiquement parlant, ce renversement des termes.

Est-ce en se formant comme sujet de piété que l’âme a compris son Dieu comme elle l’a compris, ou bien est-ce parce qu’elle l’a compris qu’elle est devenue pieuse? Est-ce l'humilité qui, préparée par ce qui précède, a conduit à la prière d'abandon qui va maintenant se développer? ou bien est-ce la prière provoquée par la rencontre de Dieu qui conduit à l'humilité, telle que nous la voyons apparaître ici? I1 y a eu activité ascétique du sujet: était-ce pour le rendre capable de saisir un objet qui le transcende ou bien était-ce pour élaborer une conscience qui pose un objet purement notionnel? Dans la présentation qui a été faite de l’objet, a-t-il été une forme imprimée subjectivement et devenant principe d’une vision psychique, ou bien une forme réalisée objectivement et exigeant pour être saisie un développement transcendental de celui qui voit? Pour tout dire d’un mot, lorsque l’âme en est arrivée à cette prière d’humilité, prie-t-elle ce qu’elle voit comme son Dieu parce qu’elle est devenue humble? ou bien est-elle devenue humble parce qu’elle a prié celui qui lui est apparu comme Dieu?

Aucune âme pieuse ne voudra reconnaître qu’elle s’est mise à prier parce qu’elle serait arrivée à l’amour de Dieu uniquement au moyen de cette sorte de gymnastique spirituelle qu’est la pratique de l’oraison et des exercices de piété. Au contraire, diront-elles toutes, ce qu’elles ont fait n’est rien. Dieu luimême, par un effet de sa bonté, s’est intimement révélé en elles; et alors seulement elles ont été capables de prier, parce qu’alors seulement elles ont senti combien par elles-mêmes elles étaient incapables de l’atteindre. Et si elles parlent ainsi, ce n'est pas parce qu’elles répètent un enseignement reçu; c’est

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