‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 127 sur 165 · LA CERTITUDE DE LA FOI · texte numérisé non relu

LA CERTITUDE DE LA FOI

l’on a, c’est au contraire cette certitude qui influe sur les idées, leur enlevant toute possibilité d’ébranler les convictions acquises si elles leur sont opposées, leur donnant, dans le cas contraire, un surcroît de force et d’ « illumination » Nous avons à en chercher les causes.

Notons d’abord que toute certitude est un état subjectif: il n’y a pas de choses certaines, mais des choses dont nous sommes certains. Elle est aussi un état affectif, puisqu'elle consiste essentiellement dans la jouissance que l’on éprouve à n'avoir pas à hésiter devant telle ou telle opinion. Elle est « repos et détente » et « s'accompagne d'un sentiment de puissance et en même temps d’anéantissement » a). C’est justement comme tel que cet état est préparé par la discipline spirituelle de la piété.

Or, la certitude est très différente suivant qu'il s’agit de constater une existence ou d'apprécier une valeur. Dans le premier cas, il suffit qu'aucune connaissance — ou aucune habitude de l’intelligence, comme l'esprit critique — ne mette obstacle. Alors toute donnée sensible, toute affirmation sérieuse trouve créance, surtout si elle est conforme à tout ce que l’on sait déjà. En revanche cette certitude est à la merci d’une constatation ou d’une affirmation contraire. Les racines qu’elle a dans l'esprit peuvent donc facilement s’accrocher ou se juxtaposer aux idées acquises, même sans s'organiser étroitement avec elles: mais elles sont faciles à briser, précisément parce qu’elles ne font pas partie intégrante de la vie affective.

I1 en est tout autrement pour les jugements de valeur. Les accepter est impossible, si on ne les fait pas siens. Tant que je n’ai pas de raisons personnelles, c’est-à-dire tant que je n'ai pas éprouvé moi-même la bonté d’une chose, je n’en suis pas certain. Je puis accepter les jugements sur la foi d'autrui; mais je n’en ai pas cette certitude intérieure et solide qui vient de l'expérience 10), En revanche, lorsqu'il y a cette certitude, elle est fortement établie, parce qu’alors l’idée fait partie intégrante

SUP AUTRE 9a) Cf. DELACROIX, dans Dumas, IL, p. 198.

10) C’est le cas des personnes sans « esprit de foi », dont parlent les théologiens (Cf. Pr., pr, P. 198); elles ont la croyance, elles n’ont pas la base affective qui transforme ces croyances en convictions

vécues.

de la vie morale au lieu d’être cette sorte de vêtement de notre esprit qui s’appelle une opinion. Pour la même raison, elle est beaucoup plus difficile à détruire, même si, comme il arrive souvent, ce jugement de valeur emploie pour s'exprimer des idées fausses ou inconsistantes.

Or, tout jugement de valeur tend à apparaître aux yeux de celui qui le formule comme un jugement d’existence 11), Onne dit pas: j'aime telle ou telle chose, mais: cette chose est bonne. Cette bonté est donc vue comme une réalité alors qu’elle n’est qu’un rapport: on exprime le moi en termes de non-moi et on transporte nos états d'âme dans le monde extérieur.

Pour ce qui est de la piété, nous avons vu qu’elle se formait par l’organisation en soi d’un état affectif homogène, simple et total; et toutes les réflexions que l’âme fait, au lieu de favoriser la critique des sentiments que l’on adopte, ne favorisent que celle des sentiments que l’on a en faveur de ceux qu’on veut avoir {?). Leur but n’est pas de trouver ce qui est vrai, mais de faire aimer ce que l’on croit vrai3). : Ainsi les jugements.

11) De là viennent en fait la plupart des « mystères dogmatiques. » « L’adoration et le culte du Christ exigeront qu’on en fasse un Dieu... Le sentiment vif de son humanité, le désir ardent du salut exigeront qu’on lui laisse sa personnalité historique et sa nature humaine ». (DELACRoOIx, Religion, p. 148). Pour objectiver ces deux jugements de valeur, on formulera le mystère de l’Incarnation.

12) C’est pourquoi la « connaturalité » avec les vérités de foi, c’est-à-dire l’état spirituel et moral par lequel on se rend capable de les apprécier, est un des meilleurs moyens de croire: elle crée la base affective nécessaire à l'affirmation des jugements de valeur. Mais lorsqu'on les transforme en jugements d’existence, cette connaturalité n’est plus qu’un préjugé, au sens étymologique du mot. ’excellence morale de cette connaturalité ne peut plus être invoquée comme preuve, puisque précisément elle est acquise avant et non après le jugement.

15) Nulle doctrine n’illustre mieux ce point que la spiritualité de M. Olier. Elle est essentiellement, comme on l’a définie (PouRRAT, III, 531), une « adhérence au Christ »; elle le présente comme la réalisation la plus complète de toutes les valeurs auxquelles l’âme pieuse, particulièrement chez le prêtre, doit s’attacher: « Jésus-Christ nous est toute chose. Il est notre prière, notre humilité, notre patience, notre charité », etc. (Cat., p. 149), et les événements de sa vie sont des « états » qu’il faut reproduire en soi (POURRAT, III, 543-551). Ainsi tout l'idéal de la vie de piété est réalisé en lui, si bien qu’il n’y a plus qu'à substituer à ses propres pensées et sentiments les pensées et senhments de Jésus-Christ. L’attachement à cet idéal est la base de la croyance en sa réalité.

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