VII. — L’Imifation de Jésus-Christ
Le petit livre qui porte ce titre marque un point important dans l’histoire de la piété catholique. Il est en effet l’aboutissant le plus net du monachisme *’. Il s’y rattache en particulier par son mépris de la science %): ce qui compte, ce n’est en aucune façon de savoir, mais de sentir. Il pose donc un moralisme entièrement affectif en réaction directe contre tout intellectualisme spéculatif *). Seulement il n’en a pas moins donné
96) Du reste à partir de ce moment, la piété est devenue tout à fait une discipline morale, mais s’est séparée de plus en plus et de la science et de la production esthétique, ne vivant, mais y vivant intensément, que là où elle s'était réfugiée, en marge de la vie sociale et intellectuelle. Il est remarquable, en effet, qu'après le moyen-âge, pendant lequel la piété avait produit des oeuvres comme nos églises romanes et nos cathédrales gothiques, on ne puisse guère citer une oeuvre esthétique ni en architecture inspirée du paganisme, ni en littérature, de forme plus classique que religieuse, qui soit d'inspiration directement chrétienne.
37) Cependant il n'échappe pas, tant s’en faut, aux influences du dehors. Il y a d’abord en lui une sorte d’épicurisme par lequel il, souligne que le renoncement est le meilleur moyen d'acquérir les vrais biens: il s’agit donc de posséder, ce qui est de l’'anthropocentrisme ou de la sagesse pratique plutôt que de la piété chrétienne. De plus, il y a dans l’humilité qu’il recommande si constamment, quelque chose de la « modération » grecque: se connaître tel que l’on est pour savoir rester à sa place. Ïl faut avouer cependant qu'il va plus loin: on doit refuser toute valeur à ce que l’on est et ne jamais s’apprécier favorablement, ce par quoi il retrouve l’opposition absolue mise par le monachisme entre la nature et la grâce.
98) Ce ne serait pas assez dire que de lui attribuer l’intention de prémunir ses lecteurs contre les abus de la science. En elle-même la science est totalement inutile et souvent nuisible. « J'aime mieux sentir la componction que d’en savoir la définition », parce qu’en cherchant cette définition, on oublie d’en avoir la réalité, alors que pour l’hellénisme, c’est par la recherche de l’idée que l’on trouve la chose, Il est vrai que l’/mitation, tout comme Socrate, réclame la connâissance de soi: seulement, ce n’est pas pour savoir ce que l'on est, c’est pour se mépriser. |
99) C’est l’affirmation très nette du primat de l’affectivité par
opposition à celui de la pensée. On voit par là la différence énorme qui sépare l’Jmitation de la Somme Théologique.