PORTÉE DE CES CONCLUSIONS
moments de la spiritualité religieuse, Formes 1°) qui sont en quite l’objet de la conscience pieuse, destinées à en soutenir, à en guider l’activité transcendentale, de même que les oeuvres des artistes de tous les temps servent d'objets aux artistes à venir, en leur montrant à quelles conditions ils produiront à leur tour de nouvelles oeuvres sans copier les anciennes. On le trouve en second lieu dans la nature de ces Formes prises en elles-mêmes, dans ce par quoi elles sont à la fois principes et objets de religiosité, en l’étant de croyance, d’action et d'amour, ce qui en assure la consistance et ce pourquoi l’on peut dire d'elles qu’elles sont de véritables réalités.
« L’homme ne vit pas seulement de pain. » Il lui faut le «Verbe». (Car sa vie est essentiellement action. Im Anfang war die Tat. Mais cette action, aussi bien pour être saisie dans la conscience que pour être entretenue, organisée et soutenue, a besoin d’Idées, lesquelles ne sont au fond pas autre chose que l’Incarnation en forme d’esprit humain de ce Logos universel, principe et fin de toutes choses. C’est pourquoi l'oeuvre de la Piété sur le terrain religieux est la même que celle de l'Art sur le terrain moral, de la Pensée sur le terrain métaphysique.
IT
Seulement, il est nécessaire, pour bien préciser la portée de ces conclusions, de rappeler la position que nous avons prise dès le début et la méthode que nous nous sommes efforcé de suivre.
Nous avons en effet laissé complètement de côté la question de savoir quelle était la portée théologique des idées de piété, précisément parce que nous avons voulu ici faire de la philosophie purement spéculative et scientifique, et pas du tout
10) Remarquons en passant que ces Formes se rencontrent à peu près uniquement dans les religions occidentales, à cause du besoin d’intellectualité qui constitue la conscience eurcpéenne. Pour les religions orientales, il y a succession de sentiments plutôt que pensée proprement dite. Il semble bien du reste que le problème « science et religion » n’a tant d’acuité chez nous qu’à cause de la fusion quil s’est faite entre les deux mentalités: la mentalité religieuse venue d'Asie Mineure et la mentalité esthético-scientifique de l’hellénisme,
de la théologie ou de la religion. Nous n'avons vu et nous n'avons voulu voir que du dehors les Idées religieuses, ce qui fait que notre travail ne peut être d'aucune utilité pour quiconque veut agir religieusement. Nous espérons toutefois avoir gardé à l'égard de cette conscience religieuse une objectivité absolue, l’ayant pris comme fait et ayant cherché à établir de ce fait une science aussi authentiquement scientifique que possible, en tenant compte de la spécificité de ce que nous avons étudié.
Voilà pourquoi nous croyons nécessaire de redire, au terme de cette étude, que les conclusions auxquelles nous sommes arrivé, tout comme notre point de départ, sont uniquement et exclusivement philosophiques, areligieuses, si l’on veut, exactement de la même façon que l'étude scientifique du fait esthétique doit être aesthétique, ne prenant parti pour aucune conception, ni même pour la valeur de l’art en général. Nous n’avons vu dans les Idées religieuses que leur « phénomène », au sens husserlien, avec tous les caractères qui lui sont propres, non leur valeur ontologique, pour dire que c’est en tant que phénomènes, non en tant que conceptions censées philosophiques, qu'elles peuvent être objet de philosophie. Car affirmer leur vérité ou leur fausseté eût été, puisqu'il s’agit d'idées religieuses, faire de la religion et non de la philosophie; et en revanche, les rejeter sous prétexte qu’elles ne sont pas philosophiques, eût été manquer encore de philosophie, parce qu’elles sont des faits humains et que le sage ne doit rien ignorer de ce qui est humain.
Peut-être cela nous sera reproché, aussi bien par les théologiens qui affirment que par ceux qui nient. Les premiers, voyant dans l’Idée religieuse l’ « unum necessarium » de la des tinée humaine, ne peuvent concevoir que l’on fasse abstraction de ce qu’ils jugent « nécessaire » pour n’en considérer que le fait, à peu près comme l’homme d’action ne voit dans les spéculations philosophiques qu’une vanité ou une inutilité, voire même un danger. Nous n’éprouvons nulle difficulté à leur accorder qu’en effet, vu la place et la vie de l’homme sur terre, ceux-là rendent plus de services à l’âme humaine qui lui apprennent à vivre moralement et religieusement que les théoriciens