LA PIÉTÉ DANS L'ÉGLISE
D'après tout ce qui précède, la piété catholique se présente à nous comme un ensemble de règles, de notions et de sentiments petit à petit élaborés au sein d’une société, l'Eglise. La piété individuelle est inséparable de celle de cette Eglise: toutes les deux ne peuvent se comprendre que l’une par l’autre.
Du reste nul ne nous contredira sur ce point. Il n’est pas un catholique, pas un théologien qui n’affirme qu’il n’y a pas de piété sans l'Eglise, comme il n’y a pas d’Eglise sans la piété, que ce n’est pas la piété des individus qui fait celle de l'Eglise, mais celle de l'Eglise qui fait celle de ses membres. C’est précisément par là que le catholicisme se distingue du protestantisme, pour qui les Eglises sont plus le résultat que le principe de la piété. De plus aucun des éléments n’en a fait partie intégrante que par l'Eglise. Sans doute des individualités ont pu avoir un rôle plus ou moins important dans sa formation. Mais toujours leur influence ne s’est exercée vraiment qu’en union avec celle de l'Eglise: ils n’ont agi sur la piété que dans la mesure où leur travail a continué ce qui le précédait et s’est incorporé dans le catholicisme.
Ceci du reste nous met tout à fait à l'aise en ce qui concerne l’idée de la révélation et nous permet d'aborder ici la question que nous voulons étudier, indépendamment de cette question. Puisque cette révélation n’est connue par les individus que grâce au « magistère de l'Eglise », nous pouvons nous placer au moment où ce magistère s'exerce en offrant sa
doctrine à ses fidèles, sans avoir à rechercher l’origine de cet enseignemenet en tant que reçu par l'Eglise. En laissant de côté cette question, nous ne lui donnons du reste aucune réponse ni explicite, ni implicite: elle reste ouverte, quel que soit le résultat ultérieur de nos recherches. Nous sommes ainsi prémunis contre tout a priori théologique et sommes sûrs qu’aucune opinion préconçue ne risque de troubler, ni dans un sens ni dans l’autre, nos démarches et nos observations.
Nous sommes donc tout à fait en face du fait social, tel que l’a défini M. Durkheim: « une manière d’être, d'agir, de penser, et de sentir, extérieure à l’individu et douée d’un pouvoir de coercition en vertu duquel elle s'impose à lui »1). Et on peut lui appliquer nettement ces deux principes: « Les individus sont beaucoup plutôt un produit de la vie commune qu’ils ne la déterminent »?); « la vie collective n’est pas née de la vie individuelle, mais c’est au contraire la seconde qui est née de la première »3%). Précisons seulement que la coercition dont il est ici question, n’est pas une contrainte physique, mais une éducation morale et qu’elle s'exerce par influence, non par force.
Seulement l’enseignement de l'Eglise lui-même nous signale tout de suite que, si la piété va de la société religieuse à l’individu, elle n’en est pas moins, lorsqu'elle est réalisée, chose proprement individuelle. Il y a une piété enseignante et une piété enseignée: celle-ci est inséparable de la première; mais la première ne suffit pas à réaliser la seconde. Il n’y a pas de piété qui ne soit la piété du coeur en ce qu’il a de plus intime. Et alors la première question qui se pose est celle-ci: quelle différence y a-t-il entre les deux et comment la connaître?
I] serait sans doute d’une très mauvaise méthode de commencer par tel ou tel critère, posé à l’avance, grâce auquel nous discernerions ce qui est individuel et ce qui est social. Outre que pratiquement nous n’en trouvons aucun qui réponde à cet usage “), nous serions en pleine pétition de principe, puisque DURKHEIM, Méthode, p. 8.
Ip. Division du irevail, p. 329 Division du travail, p. 204.
Nous pourrions par exem isti À L S nple distinguer le normal du pathologique. Maïs les frontières en sont loin d’être précises, Et Den
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