‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 21 sur 165 · L'OBJET DEF LA PIÉTÉ PRÉSENTÉ PAR L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'OBJET DEF LA PIÉTÉ PRÉSENTÉ PAR L'ÉGLISE

Nous devons donc avant tout nous rendre compte des conditions dans lesquelles l’Eglise présente à ses fidèles l’objet de la piété. Qu'il n’y ait pas dans cette présentation un enseignement didactique, analogue à ce qui se fait dans les écoles, grandes ou petites, personne ne peut le contester. Le chrétien n’est pas seulement convié à venir s’instruire; et ce ne sont pas des connaissances à acquérir qu’on lui offre. L'objet de la piété — à prendre, bien entendu, cette expression dans son sens le plus général — est d’abord encadré dans des formes déterminées qui le font apparaître à travers une atmosphère particulière. D'autre part, un peu à la façon des initiations d'autrefois — toutes proportions gardées — on ne le présente que graduellement. C’est ce que nous avons à étudier.

Nous prendrons d’abord l’activité de la piété dans ses manifestations les plus élémentaires, celles qui sont aux premiers débuts de l’éducation religieuse, pour y chercher comment la fidèle s’y initie petit à petit à la vie de piété. Les nécessités de l’analyse nous forceront à morceler, en les séparant les unes des autres, les différentes pratiques pieuses; et il pourra paraître parfois artificiel de distinguer en chacune des traits qui en fait appartiennent plus ou moins à toutes. Qu'il suffise de dire ici une fois pour toutes que, si nous étudions les unes après les autres les actions de la piété et si nous rattachons chaque pas fait en avant spécialement à telle ou telle, nous n'oublions pas qu’en réalité ces progrès se réalisent par tout l’ensemble. Nous demandons qu'on ne nous en veuille pas trop si parfois l’analyse déforme un peu cette réalité.

La PRÉSENTATION de l'objet de piété à la MESSE DOMINICALE.

Entrons d’abord à l’église. La première pratique que nous y remarquons, la plus visible et la plus commune, c’est l’assistance à la Messe chaque Dimanche. En quoi consiste-t-elle ? D'abord elle est obligatoire pour tout catholique sous peine de péché mortel !?). Il y a donc quelque contrainte; et celle-ci s'exerce, non seulement sous la forme d’un précepte positif, mais encore par l'opinion: c’est par l'assistance à la Messe que l'on juge le plus souvent de la qualité de catholique pratiquant. . 11 convient de souligner qu'il n’est pas indifférent d’assister à telle Messe plutôt qu’à telle autre. Certaines mêmes ne comptent pas ). Parmi les autres, il faut aller de préférence à celles de la paroisse qu’on habite, et parmi celles-là choisir la Grand’ Messe plutôt que les messes basses 4). Historiquement en effet la première est plus ancienne, et c’est déjà une raison pour la préférer ). D'autre part elle est — et elle fut jadis plus encore qu'aujourd'hui — la véritable réunion de la paroisse: là se font les annonces hebdomadaires, là les dignitaires laïques ont leur place privilégiée, là le curé peut compter ses fidèles et les voir ensemble ou séparément. Là surtout, ceux-ci se donnent le bon

12) Cf, dans VILLIEN, Commandements, p. 26-45, l'histoire de cette obligation: c’est par des lois positives, détaillées et avec sanctions que l'on a obtenu, non sans peine, cette assistance, Il est à noter encore que l'obligation d’aller à la Messe de sa propre paroisse n’est pas sans dériver quelque peu du régime féodal et fut poussée au neuvième et douzième siècles jusque là que les curés avaient le devoir d’expulser de leur église les étrangers. L'influence des religieux fit tomber petit à petit cette loi en désuétude,.

oi Celles que l’on célèbre dans les oratoires privés (Droit Canon, (LE :

14) BATIFFOL, Leçons, p. 306.

.15) L'usage de la Messe basse date du quatrième siècle, mais n’a été vraiment admis qu’au huitième siècle, non sans être quelque peu suspect, puisqu’alors on interdisait d'y assister (MOLIEN, I, 33; SAUDREAU, 121). Il est à penser que l’origine en fut une interprétation assez magique, qui a porté le public à voir dans la Messe un rite portebonheur et donc à utiliser le plus possible, La pratique ne fut tout

à fait officielle que lorsqu’elle fut imprégnée de piété. Cf. HEILER Kath., p. 423 sqd. ù

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