L'ASSISTANCE A LA MESSE
exemple et se fortifient mutuellement dans l'attachement à leurs habitudes et à leur église.
Toutefois l'assistance aux messes basses est considérée comme suffisante. Elles ont du reste été établies afin de donner aux fidèles le plus de facilités possible pour l’accomplissement du devoir dominical 16).
Il n’y en a pas moins, surtout au point de vue de la piété, une différence énorme entre les deux: l'assistance aux messes ordinaires est beaucoup plus passive qu’à la Grand’'Messe. Les chants; la solennité de celle-ci ne peuvent pas ne pas fixer l'attention, tandis qu’aux premières, on n'entend à peu près rien et on ne voit que d'assez loin les gestes du prêtre; encore la plupart échappent-ils à l'assistance, puisqu'il tourne le dos 17). Toute la participation des fidèles se borne à quelques changements d’attitude: assis, debout ou à genoux. Nécessairement cette messe basse exerce donc par elle-même une moins grande influence, tant au point de vue social: on est moins fortement attaché à la paroisse, qu’au point de vue religieux: on fait acte de présence et rien de plus.
Cette passivité est encore augmentée par ceci: les formules liturgiques sont en latin: la plupart des fidèles ne les comprennent donc pas. On en a donné bien des raisons. La véritable cause en est simplement la tradition, peut-être aussi le besoin d’unité dans l'Eglise romaine #). Du reste l'autorité ecclésiastique est intervenue à plusieurs reprises pour interdire, non seulement l’emploi de la langue vulgaire, mais même, au moins pendant la Messe, d’autres chants que les chants liturgiques. -
I1 y a là deux constatations à faire. D’abord la société religieuse n’aime pas les innovations, ce qui est vrai du reste pour toute société. Ensuite les fidèles préfèrent, au moins pour la
16) Il est intéressant de noter que par là on a préféré augmenter le nombre de ceux qui assistaient à la Messe, au risque de diminuer la piété avec laquelle on y assistait,
17) Cf. Introduction, p. 40, n. 70. |
18) Il est même à remarquer que les essais de Messe en français, ainsi que les demandes qu’on a pu en faire, ont toujours paru suspects, non seulement à l'Eglise, mais mêmes aux laïques. Cf. GASCOIN,
Les Religions inconnues, p. 101-103.
plupart, qu’on fasse comme on a toujours fait ; ou bien le moindre changement les rebute 1°), ou bien, mal initiés à la signification des formules liturgiques, ils sont assez vite déroutés par des paroles dont ils ne voient pas la portée et, si ces paroles sont en langue vulgaire, ils sentent trop clairement leur inintelligence, ou enfin une langue inconnue possède à leurs yeux plus de prestige et de « numinosité » 1°a).
Dans ces conditions, le fidèle qui, théoriquement 21), doit s'unir d’intention à tout ce que fait le prêtre, n’apporte guère comme contribution personnelle que sa simple assistance corporelle. Sans doute on ne peut pas alors parler de piété proprement dite. Il y en a pourtant un commencement.
De même si l’on examine les motifs qui font assister à la Messe. Les prédicateurs ?1) sont, en effet, les premiers à déplorer que la grande masse de ceux qui viennent à l’église y soit conduite par de tout autres raisons que par des motifs religieux.
Or, autant il est certain que ces deux faits: assistance purement passive et mondanité des motifs, sont considérés comme des formes inférieures de piété, autant l’on peut affirmer que l'assistance à la Messe, même dans ces conditions, possède déjà quelque valeur religieuse ??). La simple présence en effet implique une certaine adhésion : on se soumet à l’action du culte; on contribue à entraîner autrui à faire de même, etc. C’est un acte catholique, au moins en tant que le catho-
19) Pour la même raison, l'usage de la prononciation romaine du latin ne s’est pas introduit en France sans difficultés.
19a) Cf. (Orro, p. 68 sqq. Wizz, Culte, II, p. 136.
20) « Les plus simples, parmi les fidèles, s’uniront… aux prières du prêtre et diront par exemple: Seigneur. ce prêtre, qui est à l’autel, prie en mon nom et pour moi, écoutez-le. Tout ce qu’il vous dit, je vous le dis; ce qu’il vous promet, je vous le promets. Quand ces sentiments, même à l’état confus, sont dans le coeur d’un chrétien, tout ce qu’il fait, son attitude même, se transforme en prière. » (GuIBERT, La Piété, p. 291). On remarquera ici comment c’est le catholicisme qui introduit à la piété et non la piété qui conduit vers le catholicisme. On remarquera aussi combien le fidèle se trouve invité, sinon à être tout à fait passif, du moins à se laisser diriger.
21) Lire par exemple le Sermon sur le Sacrifice de la Messe de Bourdaloue (t. Il, p. 55 sqq.).
22) I1 va sans dire que cela suppose tout de même un minimum
de correction dans la tenue et d’intention générale ou implicite d’obéir à l'Eglise en allant à la Messe,