‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 24 sur 165 · L'INFLUENCE DE LA MESSE · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DE LA MESSE

taine émotion, si légère soit-elle: la satisfaction de n'être pas isolé dans la direction qu’il donne à sa vie morale. Sans doute cette satisfaction peut n’avoir qu’un caractère religieux assez faible, surtout lorsqu'on apporte à la Messe plus de mondanité que de piété proprement dite. Mais même alors il y a dans l’âme liaison entre cette satisfaction et les idées ou croyances. qui se rapportent à la Messe, si bien que les sentiments prennent une couleur religieuse. A plus forte raison, si l’on va à la Messe avec les dispositions d’un croyant: elles sont alors renforcées par le fait qu’elles sont mises en commun. En même temps l’on s’installe dans cet état affectif, on se prépare à développer son attachement à la religion, à la faire irradier dans le reste de la vie et enfin à recevoir avec faveur les influences qui s’exercent sur soi. En un mot, il y a affermissement d’une certaine émotivité %7) par le fait qu’elle est mise en commun et cet affermissement est une « édification », parce qu’elle facilite l'acquisition des sentiments et des tendances du même ordre. On ne peut mieux comparer l’action de la liturgie qu’à celle de la musique: les auditeurs d’un concert, même peu musiciens, n’ont pendant son exécution qu’une seule âme; leur état émotif, plus exactement leur activité émotive est la même; par suite ils sont disposés à recevoir les mêmes influences, à comprendre les mêmes idées. C’est du reste pour cela que la musique a pris dans la liturgie catholique une place prépondérante et contribue à « l'édification » plus peut-être que les paroles chantées 38). Il y a des chants de l'Eglise qu’on ne peut entendre sans prier: le chant grégorien en général, des morceaux comme le Salve Regina %), mieux encore une simple préface, qui exprime si bien dans sa simplicité la ferveur toujours renouvelée et l’effort continu qui se hausse vers Dieu et se reprend sans cesse, alors que la faiblesse humaine le fait toujours retomber. (Ce fut

37) « Les psaumes, les récits bibliques, les leçons des Pères, l’exécution si noble des cérémonies me causaient une sorte d'ivresse » (Hourin, Une vie, p. 60). « Le goût des choses sensibles et extérieures, l'amour des solennités sacrées, l'attrait de la beauté dans les chants... est le commencement de la piété. » Cf. PERREYVE, Journée, p. 25 .

38) Cf. Wizz, Culte, IT, p. 144 sqq.; 231.

39) Cf. HuysMANs, En route, p. 9-10; 247; 387-389.

l'erreur du protestantisme 4), au moins à ses origines, de se priver d’un tel soutien, comme c’est trop souvent celle de ceux qui croient rehausser la liturgie en modernisant la musique, sans souci de la vie religieuse qu’elle exprime: il n’y a pas de pire contresens que de transporter le théâtre à l’église.

Or, justement parce que cette émotivité est sociale, elle détourne l'individu de lui-même pour le porter vers les pensées dont elle est chargée{1). Elle met dans l’âme de l’adoration, du respect, de la pénitence, de la confiance, et elle enseigne les doctrines conformes à ces sentiments. Ou plutôt elle prépare à les comprendre parce qu’elle les fait aimer #2). Même la fixité de la liturgie augmente son influence par la conscience qu’elle apporte à chacun d’être dans la lignée des générations passées.

2. Le second sentiment est celui de l’anéantissement, tout au moins de la petitesse et de la faiblesse de l'individu, sentiment du reste corrélatif au premier. On le trouve explicitement formulé dans les prières liturgiques: le Confiteor du début, les oraisons, les offrandes, le Per Dominum nostrum Jesum Christum qui les termine et rappelle que toute prière serait vaine sans l’intercession du Sauveur. On le trouve dans l’idée générale de la Messe: Dieu n'accepte le sacrifice que parce qu’il ne vient pas de l’homme. On le trouve dans l'attitude recueillie, silencieuse, le plus souvent à genoux ou debout, de l’assistance. On le trouve enfin et surtout dans le peu de place tenue par chacun, au milieu de la foule et sous les voûtes de l’église, avec

40) Wizz fait remarquer (Culte, II, P. 108-109) que s’il y a un hiatus entre le caractère sensible et le caractère religieux des symboles cultuels, « cette méfiance de l’aspect phénoménal » est illogique, parce que le fait de la rédemption a réconcilié Dieu et l’homme et donc le spirituel et le sensible; mais ce hiatus, « on le ressent plus douloureusement qu'ailleurs dans la sphère protestante », et « il ne nous explique pas seulement le spiritualisme avorté du culte protestant, mais nous fait ressentir aussi tout ce qu’il y a de tragique dans son imperfection. »

41) Aussi ce n’est pas, semble-t-il par la corrélation du Beau avec Dieu (Wizz, Culte, I, p. 290), que s’exerce cette influence, mais d’abord par celle d’une sorte d’euphorie reçue de l’extérieur avec les idées à propos desquelles cet état est produit. Il nous restera à voir comment apparaît cette corrélation aux yeux du fidèle.

7e) C’est du reste pour cette raison que l’on cherche de plus en plus à faire collaborer l'assistance aux chants liturgiques.

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