‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 29 sur 165 · LA COMMUNION ANNUELLE · texte numérisé non relu

LA COMMUNION ANNUELLE

Remarquons de plus que cette obligation comporte qu'on les fasse, autant que possible 5), dans sa propre paroisse. Ce détail montre clairement le côté social de cette pratique: l'Eglise tient à ce que chacun donne l'exemple et le donne là où cet exemple est plus efficace, c’est-à-dire où celui qui le donne est connu. Elle tient aussi à ce que les Pâques soient une occasion pour la paroisse — la cellule de son organisation — de prendre conscience d’elle-même, de son étendue et de son influence.

Autre remarque: l'obligation des Pâques annuelles est plus grave que celle de la Messe dominicale. S'il fallait choisir entre le chrétien qui va à la Messe sans faire ses Pâques et celui qui fait ses Pâques sans aller à la Messe, tout en les jugeant l’un et l’autre fort incomplets, l'Eglise préférerait sans doute le second, parce qu’il fait preuve d’une adhésion plus étroite et plus forte, ce qui nous confirme dans l'impression que c’est surtout cette adhésion active qu’elle demande.

Or quel est le résultat de cette pratique pour la formation de la piété?: Car il n'y a pas seulement soumission à l'Eglise. Le fidèle qui communie consciencieusement, le fait parce qu’il le doit et aussi parce qu’il pense y trouver son bien. Il sait que communier, c'est « recevoir le bon Dieu »; et s’il n’est pas capable de définir très clairement ce qu’il faut entendre par là, il sent au moins confusément qu’il y trouve quelque enrichissement moral. L'expression « le bon Dieu » représente pour lui un ensemble assez vague de puissance, de bonté et de bien, que la communion met à sa disposition. (Ce sont autant de « valeurs » qu’il acquiert. De là, lorsqu'il communie, une émotion, peut-être légère et fugitive, réelle cependant, par laquelle sa sensibilité se trouve attachée aux gestes qu’il fait, de la même facon que la confession a attaché sa volonté. Le fait de s’incliner devant ces valeurs et de les recevoir Île prédispose à les juger encore plus comme des valeurs, et par suite à développer à leur égard une tendance affective. Ainsi s’ins-

55) Pour être plus précis, il faut noter que cette obligation est devenue aujourd’hui moins stricte qu’elle n’était autrefois. Il n’en est pas moins très recommandé de faire ses Pâques de préférence dans sa propre paroisse (canon 859).

taure en lui une forme d’affectivité, un amour de volonté plus ou moins accentué, cela précisément qui est le principe de la piété. ù

Nous pourrions ici encore lire les formules conseillées aux fidèles qui assistent à la Messe à laquelle ils ont l’intention de faire leurs Pâques, et nous y trouverions la même exagération artificielle:

« Venez le bien-aimé de mon coeur. ma joie, mon tout. Mes péchés me rendent digne d’être chassé de votre autel. Je suis rempli de tant de misères que toutes les puissances de mon âme s’écrient dans un anéantissement profond: Retirez-vous de moi, parce que je suis un grand pécheur.… Venez, Ô vie de mon coeur, Ô l’âme de ma vie, Ô le seul soutien de mon âme... Que ne suis-je tout coeur pour

vous aimer autant que vous êtes aimable. Consumez mon coeur de votre amour. Avec une ferme résolution de n’aimer jamais que vous, je le jure.…., etc.

Mais là encore ces sentiments sont exprimés pour que le fidèle y adhère par sa volonté, non pour qu'il ‘les éprouve. Seulement, au lieu de souligner, comme dans la confession, la non-valeur de ce qu’on est, on souligne la valeur de ce qu’on reçoit. La volonté d’agir formée par la Pénitence s’augmente d’un désir de Dieu développé par l’Eucharistie.

Nous arrivons ainsi à ce résultat: les pratiques de religion imposées par l'Eglise contribuent à donner une formation de l’affectivité, ou plus exactement des tendances, telle que, non seulement l'intelligence, non seulement la volonté, mais aussi le coeur- et les désirs se mettent en correspondance avec les objets, rites, formules, enseignements qui sont proposés. C’est précisément ce qu’il y a d’intéressant et de remarquable: par là l'éducation donnée par l'Eglise s'exerce sur l’âme dans son rapport avec l’objet religieux. Au lieu de s’attacher à ce qui vient de lui-même, le chrétien apprend à s’attacher à autre chose; et surtout il s’y attache parce qu’il collabore lui-même à l'influence exercée sur lui. C’est sur ce dernier point que nous devons maintenant nous arrêter, |

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