LES VÊPRES
hommages rendus à Dieu, un culte d’adoration: et le fidèle n'est pas sans le sentir. C’est même pour cela que les Vêpres et les Bénédictions lui apparaissent comme un acte religieux supplémentaire et supérieur, quelque chose comme une visite de politesse que l’on va faire en dehors et en plus des relations nécessaires que l’on doit avoir avec quelqu'un. Cette supériorité n'est pas dans l’objet : la Messe reste en ellemême le meilleur acte de religion. Mais elle est dans le sentiment qui fait accomplir la démarche : on fait davantage, parce qu’on s'exerce à une religion plus désintéressée et par suite plus religieuse. Bref, c’est le commencement de la piété proprement dite.
Il est à remarquer du reste que des prières de ce genre ne se trouvent vraiment que dans le catholicisme ‘?). Les autres religions ont bien sans doute des prières rituelles; mais celles-ci sont toujours plus ou moins des moyens d'obtenir les bienfaits de la divinité. Ici nous avons une prière récitée sans autre but que de rendre hommage à Dieu. Justement pour cette raison, ces pratiques ont une importance sérieuse pour la formation de la piété.
I. - Les Vêpres, on le sait, dérivent directement de l'office monastique et des primitives réunions chrétiennes qui se faisaient au début de la nuit, la veille des fêtes et des Dimanches. Mais elles n’ont fait partie de la vie paroissiale qu’assez tardivement, à partir du moment où les moines, jusquelà en marge de l'Eglise, ont reçu la permission et la charge d'aider le clergé séculier 8). Elles sont donc surtout une institution de piété. Par suite il ne faut pas y chercher des éléments proprement catholiques : idées de salut personnel, rites de mystère ou rites sacramentels. Mais on peut y trouver un peu de ce qui fut à la base du monachisme, à savoir de la piété judaïque.
57) Cela tient précisément à ce que le catholicisme est une religion communautaire ou ecclésiastique: la prière liturgique S'y réalise mieux parce qu’elle est une prière par obéissance et par abandon, et en communauté, cet abandon se fait plus facilement que dans la piété individuelle. L’obéissance monastique a du reste aidé beau-
coup au développement de cette forme de piété. Cf. STRONG, p. 85. 58) BATIFFOL, Bréviaire, p. 20 sdq.
. Elles dérivent en effet plus de l’Ancien Testament que de l'Evangile. La partie principale en est constituée par les Psaumes et presque toutes les idées sont de caractère juif : supériorité du Messie‘), sa royautéft), son sacerdoce 61), les bienfaits de Dieu 62), la confiance que l’on doit mettre en lui 63), l'autorité de sa loi 5t), la supériorité du juste 65), le soutien que Dieu donne aux humbles 66), le rappel de ce qu’il a fait pour son peuple 57), bref tout le théocentrisme juif 68), Même les parties d’origine chrétienne ®) sont un rappel de la gloire de Dieu et des devoirs envers lui. Le Magnificat enfin, la principale prière de cette liturgie, utilisée d’ailleurs dans toutes les prières d'actions de grâces, n’est qu’une louange encore plus solennelle de la grandeur et de la bonté divines.
Ainsi l'office des Vêpres, pour qui se donne la peine de les comprendre, ne peut qu’avoir une action très forte sur la piété; mais elles forment à la piété-sentiment envers Dieu plutôt qu’à la prière-moyen d'obtenir ses grâces. De plus, il s’est produit à leur sujet un fait qui vaut d’être remarqué.
Les Vêpres sont, avons-nous dit, une cérémonie religieuse qui a passé de la vie monastique dans la vie séculière. Or dans ce transfert elle a perdu beaucoup de son caractère primitif: non que les rites en aient été modifiés, mais dans un milieu où de tels sentiments ne trouvaient plus leur point d’attache, l'idée qu’on s’en est faite ne pouvait qu'être très différente. S’il est vrai que toute connaissance est à la mesure de celui qui
59) Dixit Dominus meo: sede a dextris meis… Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion...
60) Tecum principium in die virtutis tuae.
61) Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. 62) Magna opera Domini.. Memoriam fecit mirabilium suorum. 63) Fidelia omnia mandata ejus.
64) Initium sapientiae timor Domini.
0) 65) Beatus vir qui timet Dominum.…. in aeternum non commovebitur.… Peccator videbit et irascetur.
65) Laudate, pueri, Dominum.. suscitans a terra inopem et de stercore erigens pauperem.
-67} In exitu Israel de Aegypto… Dominus memor fuit nostri. 68) Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam.
2, Lucis Creator optime.. Vitemus omne noxium, purgemus omne pessimum. Ù Hé