LES BÉNÉDICTIONS
connaît, ce l’est encore bien plus pour le sentiment, qui n’entre jamais dans un coeur ou une collectivité que dans la forme de qui le reçoit. Donc, exception faite pour le prêtre que son éducation religieuse met en mesure de comprendre la portée des chants des Vèpres, la masse du public n'a pu y voir que cette intention générale de faire une prière supplémentaire, dont la valeur résidait, non pas tant dans les sentiments exprimés, que dans le fait de les exprimer. Comme cette expression est faite en latin, la plupart du temps, il n’y comprend rien: il se contente donc de suivre respectueusement la cérémonie, d'écouter les chants et de s’en remettre à l'Eglise pour leur valeur intrinsèque ’). Nous avons ainsi une sorte de transfert d'un sentiment religieux intérieur et personnel, qui part des consciences individuelles pour s'exprimer en commun, en un sentiment collectif, qui ne pénètre dans les consciences individuelles qu’en tant qu’il est collectif. Aux Vêpres, c’est l'Eglise qui prie: le fidèle ne fait que s’y associer. Alors que les moines se réunissaient pour chanter les Vêpres, dans les paroisses on chante les Vêpres pour amener les fidèles à se réunir et ce chant conduit à la piété plus qu’il n’en vient. Cette piété est donc avant tout, comme pour la Messe du Dimanche, une piété essentiellement catholique d'adhésion à l'Eglise, avec cette différence que l’on va un peu plus loin dans cette sorte de pré-éducation de la piété intérieure.
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Il est remarquable, à propos des Bénédictions du Saint-Sacrement 71), qu’elles prennent de plus en plus d'extension aux dépens des Vêpres qu’elles suivent ordinairement 72), malgré les
70) Le prêtre « avertira » ses paroissiens « qu'aucune prière ne vaut cette formule liturgique inspirée par l’Esprit-Saint et dite à la même heure dans toute l'Eglise » (GUIBERT, Piétlé, p. 259-260).
71) Il est probable que ces bénédictions dérivent elles-mêmes des processions du Saint-Sacrement instituées au moyen-âge et dont loriwine fut sans doute les anciennes coutumes agraires de processions d'objets sacrés, que l’on trouve un peu partout.
72) Notons les principaux éléments de cette cérémonie:
a) un « motet » s'adressant au Saint-Sacrement comme pour Île
saluer ; ï b) une priére à la Vierge, qui se trouve ainsi étroitement associée
protestations des liturgistes 7°). On peut presque dire qu'elles sont devenues aujourd’hui l'office principal du soir. D'où vient ce fait?
L'introduction de cette pratique est assez récente 14), Si elle est devenue rapidement populaire et si elle tend à supplanter les Vêpres et même la Messe, cela tient sans doute à ce que, de toutes les cérémonies religieuses, elle est la plus extérieure et la plus éclatante. Elle se fait ordinairement l’aprèsmidi à des heures plus commodes que les offices du matin. Elle est, le Dimanche en particulier, la conclusion de la journée religieuse et en apparaît ainsi comme la partie principale. Beaucoup de fidèles même, pour ne pas assister à une cérémonie trop longue, se contentent de cette dernière. Enfin et surtout elle est accompagnée de beaucoup plus d’apparat et est plus facile à comprendre. | |
Elle a plus d’apparat: le costume du célébrant, le nombre des ministres du culte, leurs gestes, la multiplicité des cierges allumés sur l'autel avec illumination plus ou moins grande de l'église, les chants d’allure presque théâtrale, etc., tout cela en fait une cérémonie imposante, qui plaît et attire plus que les prières austères des Vêpres, plus même que celles, un peu mystérieuses, de la Grand’Messe #5). Enfin, il est beaucoup plus
au culte de l’'Eucharistie et dont la dévotion prend par le fait même une forme rituelle;
c) une prière pour le pape, plus solennelle ici que dans n’importe quelle autre cérémonie de l'Eglise, ce qui s'explique par le fait que la dévotion au Pape est contemporaine de la coutume des Bénédictions;
d) enfin un chant solennel, toujours le même, le Tantum ergo, qui résume le sens fondamental de toute la cérémonie.
Le tout se termine par un geste de bénédiction fait par le prêtre avec l’ostensoir sur l’assistance et par un chant pour la sortie.
73) Cf. MoLIEN, I, p. 515-516.
74) Ibid., I, 517. On l'appelle « Salut » par assimilation au ones du Salve Regina qui le précède le plus souvent. Cf. SAUDREAU, D. à
75) Aussi cest de cette cérémonie surtout que l’on peut dire ce que le P. SERTILLANGES dit de la prière publique (La Prière, p. 167). « Elie est surtout indispensable aux petites âmes, au populaire, aux enfants et adolescents à peine éveillés aux pensées conscientes, à tous ceux qui ont besoin d'images et de sensations immédiates... qui n’ont pas d’attention disponible ». La même note est donnée par GUIBERT (La Piété, p. 249-250), lequel fait ressortir en outre que l'émotion de chacun s'accroît de l’émotion de tous.