‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 34 sur 165 · LES BÉNÉDICTIONS · texte numérisé non relu

LES BÉNÉDICTIONS

facile d'y ressentir une émotion, plus physique du reste que morale 7), qui passe aux yeux de la conscience pour une prière.

Elle est plus facile à comprendre. N'importe qui peut y voir un hommage rendu à l’hostie, un « salut ». Seulement, par le fait même, il y a dans cette idée un réalisme plus accentué; on en arrive à voir en elle, sinon un sacrement, c’est-à-dire un signe de réalités spirituelles, du moins une chose ou un objet sacré 77), analogue aux objets sacrés des religions anciennes, avec cette seule différence qu’on le croit vrai, tandis que les autres, on les estime faux. Bref, on en revient à un culte très extérieur par sa forme et assez païen par les sentiments qu'il inspire 78). C'est du reste pour cela que l'Eglise a résisté à l'introduction de cette cérémonie plus qu'elle ne l’a favorisée 7?) : elle a ensuite essayé de diriger en un sens plus ou moins chrétien un mouvement qui venait à elle plutôt qu’il ne venait d’elle.

Ce qu’il y a de spécifiquement catholique, c'est l’association de l’émotion qui résulte de la cérémonie avec une idée dogmatique du sacrement de l’Eucharistie; c'est même l’exaltation ou plus exactement la solennisation de cette idée. Elle devient ainsi partie intégrante des convictions de tout catholique et les âmes pieuses y trouvent un surcroît d’affectivité ou d’émotibilité, dont leur piété peut profiter. Par elles-mêmes, les Bénédictions du Saint-Sacrement favorisent plutôt une religion rituelle qu’une religion de piété 0); mais lorsque cette piété existe, elles l'attachent davantage à l’idée catholique.

76) C’est du reste parce qu’elle est physique que cette émotion détourne de la piété parfois plus qu’elle n’y porte. Cf. OSTERMANN, p. 36: « Les prieres liturgiques ne me disent rien. Il m'est arrivé d’être tellement énervé par certaines de ces prières que je suis sorti tout en colère. »

77) On sait que l’hostie fut autrefois très souvent considérée comme une sorte d’amulette. Cf. les faits rapportés par COULANGE, La Messe, p. 131-133.

78) Voir dans MoOLIEX (p. 519-520) la réglementation très compliquée, assez peu observée du reste, imposée aux Bénédictions et Expositions du Saint-Sacrement.

79) Cf. d’ALEs, Eucharislie, p. 156. — L'institution des « Quarante heures » ou prières faites pendant trois jours devant le Saint- Sacrement exposé, se serait faite à. Milan en 1537 pour détourner une guerre (SAUDREAU, p. 472). à À AM à ON

80) Cette influence de la prière liturgique a été fort bien définie par le P. SERTILLANGES: « Sans nous tyranniser en dedans, ni erupè-

Nous commençons à voir comment la piété s’installe dans une conscience. Il n’y a pas une excitation factice à force de bruit ou de moyens analogues, ou tout au moins, s’il y en a, cela ne joue qu’un rôle accessoire. Il n’y a pas non plus enseignement à proprement parler: les représentations intellectuelles offertes aux fidèles sont réduites à une sorte de minimum. Mais on y trouve une affectivité plus ou moins générale, qui centralise autour d’elle les impressions ressenties ou plus exactement l’activité apportée à la cérémonie à laquelle on prend part, activité qui, en principe, est plus considérable que celle de l’assistance à la Messe.

Remarquons du reste ce point important: l'effet produit est fort loin d’être le même chez tous. Et l'Eglise a bien soin de ne pas du tout réclamer une telle uniformité. Au contraire, tout en désirant sans doute que le sens général de l'influence subie soit dans la direction du catholicisme, elle tient moins à la nature de cette influence qu’au fait qu’on en reçoive une. Chacun a donc beaucoup de liberté pour choisir, dans l’ensemble d'idées, d'émotions ou de sentiments qui lui est offert, ce qui a le plus d’écho en lui.

Seulement ce choix lui-même est plutôt le résultat que le principe de son activité. C’est moins parce que tel ou tel détail des cérémonies l’aura frappé qu’il deviendra pieux: c’est plutôt parce qu’il apporte d’avance, par l’activité de son assistance, une disposition à la piété, qu’il peut ensuite être frappé par tels ou tels éléments. Autour de ces éléments, cette prédisposition va ensuite prendre une forme beaucoup plus précise: alors sa religiosité va se tourner en religion et en piété proprement dites.

En conséquence les thèmes offerts par l’Eglise non pas encore à la méditation, mais à l’affectivité de ses fidèles, cristallisent la formation générale en une formation plus précise et

cher l’action de l'Esprit de se spécialiser en chaque âme. on nous. suggère une foule de pensées communes, d’affections, de représentations, d'images motrices, dont la pression insistante nous actionne. Nous apprenons ce qu’il faut demander, nous le demandons mieux, nous le méritons davantage, nous l’obtenons avec plus d'efficacité par le mérite de tous. » La Prière, p. 165-166.

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