‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 36 sur 165 · LA VALEUR-OBJET ET LA CONNAISSANCE QUE L’ON EN A · texte numérisé non relu

LA VALEUR-OBJET ET LA CONNAISSANCE QUE L’ON EN A

Lorsque le fidèle en est arrivé à une religion capable de faire partie intégrante de sa vie morale, les pratiques religieuses deviennent de plus en plus nombreuses. Mais en même temps il les accomplit suivant les coutumes et les conseils de l'Eglise. Il se produit donc ce double phénomène: d’une part la société religieuse s'empare de lui pour avoir sur lui une action plus. profonde; de l’autre le sujet collabore de plus en plus à l’influence qu’il subit. La présentation de l’objet de piété est plus instante et l’acceptation en est plus complète. |

Mais comment va se développer la relation entre l'une et l'autre? C’est ce que nous avons maintenant à étudier dans les prières quotidiennes, l’assistance pieuse à la Messe et l’assistance aux fêtes religieuses.

L'ACTIVITÉ DU SUJET dans les PRIÈRES QUOTIDIENNES

Outre les prières liturgiques du Dimanche, tout chrétien récite chaque jour, matin et soir, et à différentes heures de la journée, des prières plus ou moins longues 1); cette récitation est, sinon strictement obligatoire, comme l’assistance à la Messe dominicale, tout au moins fortement recommandée. L’omission en est généralement considérée comme une faute vénielle, ce qui fait que cette pratique est l’une des plus générales parmi les fidèles. Elle est donc un acte religieux important. Quels en sont les résultats au point de vue de la formation de la piété?

Il n’est aucun auteur de spiritualité qui ne reconnaisse à la fois la nécessité et l’insuffisance de la prière vocale ?), l’insuffisance parce que la prière doit être avant tout un acte du coeur et un sentiment vraiment senti, tout au moins voulu, mais la nécessité, parce que la prière vocale est un moyen de « faire jaillir » dans l’âme ce que l’on exprime par les lèvres. « Elle remédie à l’indigence du coeur, qui adhère alors avec joie aux affections dont il se sent rempli »*). Ainsi la prière vocale est un instrument dont la société religieuse se sert pour former à la piété: c'est du reste pour cela que les familles chrétiennes

1) Notons en passant que la coutume n’est pas spéciale au christianisme. On la trouve mentionnée dans HEsiope (Travaux et Jours. 338): « Demande aussi leurs faveurs (des dieux) par des libations et offrandes et quand tu te couches et quand revient la sainte lumière, afin qu'ils te gardent une âme et un coeur favorable. >» Voir encore PLATON, Symp. 222 d.; Leg. 887 e. HEILER, Gebel, p. 44, en donne d’autres exemples pris dans les peuplades primitives.

2) La prière vocale est par son origine très antérieure à la prière mentale, Le christianisme l’a hérité du judaïsme où elle était très en honneur (PFENDER, p. 10-14). et c’est au judaïsme que nous devons la place considérable faite à cette forme de prière dans la vie chrétienne. Le catholicisme l’a gardée non seulement en tant que wrière, mais encore en tant que loi et coutume,

3) GUIBERT, Ptélé, p. 235.

l’imposent de très bonne heure à leurs enfants, afin de leur inspirer les sentiments qu’elles veulent développer en eux.

Donc, matin et soir, et même plusieurs fois par jour, si l’on a assez de piété pour cela, on fait acte de prière en s’agenouillant ou en récitant des formules. Il va sans dire que le résultat dépend des sentiments qui accompagnent ces gestes. Toutefois il y a chances que l’on ait, en les faisant, plus de piété qu’en se contentant d’aller à la Messe: ces actes n'étant pas d'obligation absolue, si on les accomplit, c’est qu’on a le désir de faire plus au’il n’est strictement demandé. D'autre part, ils sont éducateurs de piété, dans la mesure précisément où l’on agit spontanément et sans contrainte, de telle sorte que la piété se développe en raison inverse, peut-on dire, de la pression sociale en tant que telle. Par suite, pour que la prière vocale introduise dans le coeur une véritable religion intérieure, il faut que celle-ci y soit déjà présente en une certaine manière.

Mais alors les sentiments se développent insensiblement, au moins à l’état de tendances créées petit à petit par des actes répétés. L’habitude donne le besoin de prier; et le besoin prédispose aux émotions pieuses, qu'une circonstance quelconque fera se produire un jour ou l’autre.

IT

Examinons maintenant les formules les plus employées dans ces prières quotidiennes. Elles sont de deux sortes. Certaines sont liturgiques: le Pater, l’Ave, le Credo, Île Confiteor, et constituent l'essentiel des prières quotidiennes. Mais la plupart du temps elles sont précédées et suivies d’autres formules à peu près partout les mêmes. Examinons les unes et les autres.

I. — a) La principale est celle du Pater, la prière la plus authentiauement chrétienne, puisqu'elle dérive directement de l'Evangile. Nous y trouvons l'essentiel du christianisme : l’honneur du nom de Dieu à faire passer avant tout, la venue de son règne désirée par-dessus tout, la conformité à sa volonté, (interprétée souvent comme un acte de résignation, mais qui est tout autre chose, comme nous le verrons), la confiance en Dieu pour les nécessités de la vie matérielle, le pardon des offenses,

le besoin de secours pour la vie morale et la délivrance de celui qui en est l'ennemi. Ainsi tous les sentiments évangéliques se trouvent rappelés.

b) L’Ave#), prière d'inspiration d’abord mythologique, puisqu’elle est le rappel de la conception virginale et aussi parce qu’elle présente un type de la Vierge qui n’est pas sans analogie avec certaines figures du paganisme oriental 5), mais prière très catholique en ceci qu’elle est une prière d’intercession. Tiin'en: est pas moins vrai qu’au sortir du Pater, on a l'impression de passer d’une religion dans une autre: là celle du royaume de Dieu, maintenant celle de son propre salut.

c) Le Credo, prière encore plus spécifiquement catholique. Plus exactement, ce n’est pas même une prière; c’est plutôt une profession de foi. Après avoir exprimé les deux pôles, si l’on peut dire, des sentiments de piété, on les encadre dans la forme catholique de la religion. Ainsi on les rattache plus directement à la société religieuse, ce qui leur donne plus de solidité, précisément parce que la piété est davantage socialisée.

d) Enfin une prière proprement liturgique, le Confiteor, ou rappel de l’état de pécheur fait aux yeux de toute l'Eglise. On y exprime ce qui doit être la première démarche de toute piété, l'humilité; et on le fait en se rattachant encore à l'Eglise, qui seule peut assurer le pardon et le salut.

Ainsi ces formules, les plus chères à la piété, expriment à la fois tout ce qu'elle a de chrétien et tout ce par quoi elle est catholique. Or, il ne peut venir à l’idée de celui qui les récite de mettre une distinction entre ces deux éléments. L’ensemble ne fait qu’un tout unique qui se présente avec cette unité. Par suite l’élément chrétien, plus intérieur, et l’élément catholique, de caractère plutôt social, se pénètrent et se soutiennent mutuellement; et en priant ainsi, le fidèle est à la fois soumis

4) L'’Ave Maria est une formule liturgique composée par Grégoire le Grand ou après lui, transformée par de pieux moines au milieu du onzième siècle, et introduite comme telle dans le monde laïque par un évêque de Paris peu avant le treizième siècle. — La seconde partie, que Pon trouve pour la première fois dans un bréviaire romain du quinzième siècle, fut pratiquement inconnue jusqu’au milieu du seizième siècle. Elle dut même attendre le dix-septième siècle pour pénétrer en France. Cf. COULANGE, Cat. IT, p. 222.

5) Cf. plus loin le chapitre sur les dévotions.

à l’action extérieure de son Eglise et formé intérieurement par cette action.

Ce que nous devons encore remarquer, c'est que, cette action s'exerce par le moyen de formules invariables: par suite les sentiments suggérés se présentent avec un objet déterminé d'avance — et en cela encore la formation à la piété est de caractère social —: en second lieu et surtout la suggestion des sentiments est en quelque sorte automatique, grâce à la représentation de cet objet. Là encore se remarque la même unité d’action entre ce qui est enseignement et ce qui est formation de sentiment: le fidèle est instruit personnellement sur ce qu'il peut savoir de l’objet de sa piété en même temps que cette piété elle-même se développe par rapport à cet objet. 11 est remarquable que cette unité s’accentue à mesure que l’on avance dans la formation de la piété.

II. — Si maintenant, parmi les autres formules, nous examinons les plus usitées, nous remarquons ceci:

a) Il y a d’abord une affirmation très nette de la doctrine:

« Très sainte et très auguste Trinité, Dieu seul en trois personnes »,

à laquelle s'ajoute une prière d'adoration que nous ne trouvons dans aucune formule officielle, pas même dans les prières liturgiques, si ce n’est sous la forme très réduite et très simple de la doxologie: « Gloire au Père, etc. ». Il est vrai que dans les Psaumes et donc dans les formules du Bréviaire et de la Messe, il est souvent question de la puissance et de la majesté divines, mais il s’agit alors de Dieu par rapport aux autres dieux ou de sa force relativement à ce qu’on lui demande; et le sentiment vient directement de l'éclat du culte qu'on lui conserve. Au contraire dans les formules dont nous parlons:

Je vous adore avec les sentiments de l'humilité la plus profonde et je vous rends de tout mon coeur les hommages qui sont dus à votre souveraine majesté.

Je vous adore, Ô mon Dieu, avec la soumission que m'inspire la présence de votre souveraine grandeur,

on souligne la majesté de Dieu pris en lui-même, de telle sorte

qu’il est adoré pour ce qu’il est plus que pour ce qu'il donne. La transcendance divine est objet de foi en même temps que l’on affirme la petitesse humaine. I1 semble donc que c’est plutôt le théocentrisme que l’anthropocentrisme du salut qui se trouve ici. Mais il s’agit surtout d’une formule théologique. Ajoutons du reste que dans la prière du soir, la formule d’adoration est suivie d’une profession des trois vertus théologales :

Je crois en vous parce que vous êtes la vérité même. J'espère en vous, parce que vous êtes infiniment bon. Je vous aime de tout mon coeur parce que vous êtes souverainement aimable et j'aime mon prochain comme moi-même pour lamour de vous.

b) Viennent ensuite des actes de remerciement.

… Je vous remercie très humblement des grâces que vous m’avez faites jusqu'ici. (C’est encore par un effet de votre bonté que je vois ce jour...

Que vous rendrai-je, Ô mon Dieu, pour tous les bienfaits que j'ai reçus de vous. Vous avez songé à moï de toute éternité, vous n'avez tiré du néant, vous avez donné votre vie pour me racheter.

Là encore, nous avons une théologie, celle de la création et de la Rédemption; et l’opposition entre les bienfaits de Dieu et les péchés des hommes s’y exprime avec autant d’exagération et d’une manière aussi factice que dans les prières de la Messe déjà étudiées :

Je vous en (de cette journée) consacre toutes les pensées, les paroles, les actions et les peines. Qu'il n’y en ait aucune qui ne soit animée de votre amour et qui ne tende à votre plus grande gloire.

… le Dieu des miséricordes qui ne cesse de faire du bien à la plus indigne et à la plus ingrate de ses créatures.

Il est vrai que, puisqu'il s’agit de répétitions de formules, ce ton factice, auquel adhère la volonté, produit, à défaut d’émotions senties, une volonté générale des pensées et des sentiments de l'Eglise. Nous sommes ainsi devant une piété mise en formules, pénétrant de l’extérieur dans l’intérieur de la conscience, par le moyen d’un acte plus ou moins implicite d'adhésion à la société qui prie.

c) La prière devient ensuite plus personnelle : une demande de pardon. On rappelle l'idéal que le fidèle doit s’efforcer de réaliser :

…. Je vais m'appliquer.… à me rendre semblable à vous, doux, humble, chaste, zélé, patient, charitable et résigné comme vous.

Il est à peine besoin de faire remarquer que cet idéal est celui de la piété monastique. C’est donc dans ce sens que l’Eglise

veut diriger l'attention du fidèle. Du reste, on y ajoute cette résolution :

Je ferai particulièrement tous mes efforts pour ne pas retomber dans les fautes que je commets si souvent et dont je souhaite sincèrement de me corriger.

Là encore il semble assez peu naturel de répéter chaque matin que l’on ne veut pas retomber dans les mêmes fautes, comme si la journée précédente cette résolution n'avait servi de rien. En fait, ce que l’on veut ici, c’est moins l'éducation morale que l'expression d’un sentiment d’humilité, pour rappeler au fidèle combien il a peu de mérites.

Le même sentiment s'exprime dans la prière du soir, mais avec beaucoup plus de force:

. Dissipez les ténèbres qui me cachent la laideur et la malice du péché. que je le haïsse, s’il se peut, autant que vous Île haïssez vous-même et que je ne craigne rien tant que de le commettre à l’avenir.

… J'ai poussé trop loin ma malice et mon ingratitude... je vous conjure.… de m’accorder la grâce d’en faire dès aujourd’hui et jusqu’à la mort une sincère pénitence.

d) Enfin, avant d’en venir aux prières officielles, on récite deux formules de demande:

Je ne puis rien sans le secours de votre grâce... proportionnez-la à mes besoins; donnez-moi assez de force pour éviter tout le mal que vous me défendez, pour pratiquer tout le bien que vous attendez de moi et pour souffrir patiemment toutes les peines qu’il vous plaira

de m'envoyer.

. Si vous daignez m’accorder votre grâce... je tâcherai de remplir

fidèlement mes devoirs et rien ne sera capable de m’arrêter quand il s'agira de vous servir.

Cette demande, on le voit, est exprésemment limitée aux grâces nécessaires à la vie chrétienne.

En conclusion, ces formules ne sont que l'application de Ja définition théologique de la prière: adorer, remercier, demander pardon, implorer la grâce. Ainsi la prière prend une forme très précise, plus même, théologiquement parlant, que la prière liturgique. Mais en revanche, si l’on y puise des idées claires, les sentiments n’y trouvent qu’une impulsion plus acceptée que sentie. La piété est dirigée dans un sens ecclésiastique, mais elle risque de ne trouver qu’un faible écho dans les dispositions individuelles. Aussi bien ces formules, qui pourtant sont employées couramment, sont celles dont on parle le moins. Assez précises dans leur objet, elles ne peuvent produire que des tendances assez vagues.

Ces deux séries constituent l'essentiel des prières quotidiennes. On y ajoute pourtant d’autres formules que nous ne pouvons songer à examiner toutes, mais dont voici les principales :

a) Prière à la Vierge:

Je me mets sous votre protection et je me jette avec confiance dans le sein de votre miséricorde... Soyez mon refuge dans mes besoins, ma consolation dans mes peines, et mon avocate auprès de votre adorable fils.

Vierge sainte, mère de mon Dieu, et après lui mon unique espérance… intercédez pour moi...

inspirée par des dévotions relativement récentes, dont le principe est la prière d’intercession. Il s’agit donc, semble-t-il, d’une forme assez adventice de la piété chrétienne; elle n’en est pas moins consacrée par l'usage.

b) On peut en dire autant des prières à l’ange gardien:

Ange de Dieu. auquel j'ai été confié par la bonté divine, éclairezmoi, gardez-moi, conduisez-moi et gouvernez-moi;

aux saints:

Grand saint dont j'ai l'honneur de porter le nom, protégez-moi...

c) À la prière du soir on ajoute une formule de prière pour autrui :

Répandez, Seigneur, vos bénédiction sur mes parents, mes bienfaiteurs, mes amis, mes ennemis. Ayez aussi pitié des âmes des fidèles qui sont dans le Purgatoire...

Il faut remarquer du reste que toutes les formules que nous venons d'étudier sont à la première personne du singulier. Le fidèle prie sans doute dans le sens indiqué par l'Eglise, mais il prie en son nom plus qu'il ne prie avec l'Eglise. On lui rappelle simplement, pour finir, la nécessité de penser aux autres. Toutefois il y a dans cette dernière formule encore un peu de particularisme ecclésiastique: on ne prie que pour les âmes du purgatoire, les autres défunts étant définitivement mis en dehors de l'Eglise; et si l’on pense aux « hérétiques » et aux « infidèles », c’est pour demander qu’ils soient amenés à l'Eglise, aucune autre forme de salut n'étant ni ne pouvant être envisagée même comme possible.

d) Les Litanies qui terminent, sont les restes d’anciennes prières liturgiques. Elles remontent, semble-t-il, à l'usage très ancien d’énumérer tous les titres et noms du dieu qu’on invoquait, toutes les raisons qu’on avait de compter sur lui, de façon à être plus certain d’être entendu. Sous cette forme les litanies ont été adoptées par les plus anciennes liturgies °). Parmi celles qui subsistent aujourd’hui, les plus proches des origines sont les « Litanies des saints ». Les autres ont été conçues et rédigées sur leur modèle.

Evidemment, cette prière est encore plus machinale: il suffit d'y apporter juste assez d'attention pour répéter automatiquement la même formule après chaque invocation. Lorsqu’on la récite en particulier, elle demande, il est vrai, un effort un peu plus grand, puisqu’alors il faut faire soi-même les invocations. Il n’y en a pas moins une répétition qui a le résultat de toutes les répétitions: si la conscience religieuse n’y trouve à peu près rien, l'inconscient en recoit une certaine prédisposition automatique à tourner ses désirs et volontés en prières. Ajoutons que ces formules exercent aussi une influence reposante : elles bercent la pensée lorsqu'on a trop de peine à penser, et favorisent une certaine langueur de la conscience, à la faveur

6) Cf. EABRoL, Prière antique, p. 70: Mouiex Il, p. 506

de laquelle on s’abandonne aux influences extérieures. C’est du reste ce qui en fait le succès auprès de ceux qui cherchent dans la prière un moyen de diminuer leur effort plutôt que de l’exciter?).

I1 nous reste à dire un mot d’autres prières récitées au cours de la journée par des chrétiens déjà beaucoup plus pieux:

a) les prières avant et après les repas, qui viennent de très anciennes habitudes: même les peuples primitifs ne voulaient pas utiliser les fruits de la terre sans en demander la permission à leurs dieux®). Le chrétien offre un remerciement plutôt qu'il ne demande une permission; et ainsi il associe les pensées religieuses aux détails matériels de sa vie quotidienne.

b) Il en est de même pour les prières avant et après le travail, plus liturgiques dans leurs formules: le Veni, Sancte, invocation à l’Esprit-saint comme principe d'intelligence, le Sub tuum, invocation à la Vierge pour qu’elle assure le fruit du travail. Par le fait de s’astreindre à réciter ces formules — surtout en particulier — on fait pénétrer les sentiments de piété dans toute la vie, ce qui prépare l’irradiation totale à laquelle vise toute âme pieuse.

c) l’Angelus”), autre coutume ancienne, celle de marquer les principales heures de la journée par une sonnerie de cloches. L'Eglise se l’est appropriée en rappelant à chacun

7) « La prière avant les repas, qui est un usage si répandu, n’est pas à l’origine une action de grâces, mais un moyen d’écarter les influences nuisibles qui peuvent être inhérentes soit à l'acte de manger, soit à la nourriture elle-même ». (S. REINACH, Cultes, I, p. 114). Cf. ILIADE, IX, 219: Achille ordonne à Patrocle de sacrifier aux dieux avant les repas; Od. IX, 232: « Nous faisons du feu, un sacrifice et nous étant servis, nous mangeons » (Tr. BERARD). Cf. HEILER, p. 45.

8) D’après SAUDREAU (p. 474), la pratique de l’Angelus remonte au quatorzième siècle: vers 1296, on commença à Milan à réciter un Ave le soir au son de la cloche; en 1318, le pape approuva l’usage de réciter trois Ave au couvre-feu, puis on en fit autant à la sonnerie du matin, Gelle de midi fut établie postérieurement en 1456, pour obtenir le secours divin dans la guerre contre les Turcs Peut-être faut-il remonter plus haut et voir dans l’Angelus l’ancienne coutume juive de prier trois fois par jour. Cf. PFENDER, p. 8-9. Il est à penser que cette coutume $’est ajoutée à celle de sonner pour annoncer le lever et le coucher du soleil ainsi que lheure de midi: on a commencé par prier pendant que l’on sonnait et aujourd’hui lon sonne pendant que l’on prie.

9) Cf, Wizz, Culte, I, p. 57.

Page 1