‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 38 sur 165 · Le début de la Messe comporte · texte numérisé non relu

Le début de la Messe comporte

a) un psaume 2) glorifiant le culte du temple avec pour antienne le texte: Introibo ad altare Dei, soulignant que les rites accomplis dans le temple de Dieu entretiennent une permanente jeunesse dont Dieu est le principe. s

b) le Confiteor, ravivant la conscience des fautes par opposition à la sainteté de l’Eglise 13),

10) « On ne doit pas prier à la Messe, on doit prier la Messe » (Pie X, cité par Heizer, Kath., p. 447. « La prière des fidèles doit suivre la prière du prêtre et emprunter autant que possible les mêmes paroles.» GUIBERT, La Piété, p. 290. Cf. CABROL, Prière, p. 489. p. 489.

11) Notons qu’en tant que liturgiques, les prières de la Messe sont plus ecclésiastiques que chrétiennes, puisqu’elles sont la réglementation canonique surajoutée au mystère chrétien de l’origine.

12) Ce psaume était autrefois chanté par les futurs baptisés au moment où ils s’approchaient des fonds baptismaux (MoLiEN, I, 126) et récités par le prêtre allant à l’autel ‘BATIFFOL, Messe, p. 13). Il est à remarquer qu’il convient excellemment à un rite de passage ou d'initiation: « Discerne causam meam de gente non sancta… emilte lucem tuam et veritatem tuam.

13) Cette forme de prière se trouve dans presque toutes les prières cultuelles, mêmes les primitives. Cf. Wir, Culte, I, p. 267.

c) deux courtes prières pour obtenir da pureté nécessaire à l’accomplissement des rites. L'une, qui est d’origine romaine, est au pluriel 14), l’autre au singulier: la liturgie romaine n’oublie jamais de faire prier au nom de toute l'Eglise. |

d) enfin l’Introit 15), résumé d’un chant de procession accompagnant autrefois l’entrée solennelle du clergé: on y trouve ordinairement l’idée générale de la fête célébrée ce jour-là.

Le fidèle est donc dès le début invité à se mettre sous les yeux et l'efficacité du sacrifice chrétien et les conditions de pureté qui lui sont nécessaires.

2. Vient ensuite ce qu’on appelle l’avant-Messe, correspondant à la partie jadis célébrée devant les catéchumènes. Elle comprend :

a) le Kyrie eleison, forme originale et litanique de prière, dont on n'a gardé que la fin ou plus exactement les invocations prononcées par toute l’assistance 16). La langue grecque employée pour ce chant est interprétée le plus couramment en symbole de lunité des deux Eglises.

b) le Gloria in excelsis Deo, hymne doxologique, l’un des plus anciens de l'Eglise, « specimen de la langue liturgique à sa naissance 17), exprimant à la fois la fierté d’être chrétien (propter gloriam tuam) 18), la supériorité du Dieu qu’on honore (Tu solus Dominus), la confiance qu’on a en lui (Qui tollis peccata mundi), les sentiments d'adoration (Adoramus te), de reconnaissance (Gratias agimus tibi) et enfin la demande de son secours (suscipe deprecationem nostram);

c) le Dominus vobiscum, chanté solennellement, formule de salu- :

14) La première: Aufer a nobis iniquitates nostras est la plus ancienne (MoLiEN, I, p. 134; BATIFFOL, Messe, p. 14-15). On peut y voir une allusion aux mystères d'autrefois: ut ad sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire (Wir, Culte, 1, p. 177).

15) Avant l’introit, le prêtre baise l’autel et le fera à plusieurs reprises au cours de la Messe, ainsi que pour le missel après la lecture de l'Evangile. On retrouve le geste un peu partout dans les anciennes religions: il était un moyen d'acquérir la force contenue dans l’idole ou l’objet sacré. Ajoutons qu’au huitième siècle, à Rome, ce geste se suffisait et que c’est au onzième siècle qu’il s'accompagne d’une formule (BATIFFOL, Messe, p. 15).

16) Cf. CABroL, Prière, p. 70-71; DUCHESNE, Origines, p. 149-165.

17) MouiEn, I, 162..— Le Gloria a d’abord été réservé aux Messes des évêques, et c’est en pays germanique que la liturgie s’est affranchie de cette restriction (BATIFFOL, Messe, 11).

18) On a fait remarquer le caractère quelque peu théocratique, d’origine synagogale, de cette expression. Wicz, Culte, II, p. 184.

tation juive 19) en même temps qu’invitation au recueillement, suivi lu souhait des fidèles pour la piété du prêtre: Ef cum spiritu tuo;

d) les oraisons ou « collectes » 10), avec formules rythmées 21), composées ordinairement d’un rappel des bienfaits de Dieu et d’une demande, suivie de la formule: Per Dominum nostrum Jesum Christum et terminée par l’acclamation et la ratification publiques de l’Amen. Cette prière est toujours faite au nom de la communauté 22) et contient une allusion doctrinale à la fête du jour. Aussi est-elle, avec les formules du même genre au milieu ou à la fin de la Messe, ce qui exprime le mieux la piété que doit avoir le fidèle 23).

e) l « Epître » ou lecture d’un morceau extrait quelquefois de l'Ancien Testament, le plus souvent du Nouveau.

f) le Graduel 24), chant d’un psaume pour servir de conclusion à la lecture, comme dans les coutumes juives, psaume qui s’est peu à peu réduit à quelques versets. Il est suivi en temps ordinaire de l'Alleluia, acclamation hébraïque 5), et, les jours de fête, d’une Prose où Séquence, hymne composé suivant un rythme plus moderne, moins austère et plus chantant 26). Pendant le Carême, on le remplace par le « Trait » ou psaume chanté, en entier ou en partie, tout d’un trait 27).

g) l'Evangile, chanté beaucoup plus solennellement comme venant du Seigneur lui-même. Il est précédé d’une prière de purification et d’un encensement aux messes solennelles. On le chante ou on le lit tourné vers le Nord ?8) et les fidèles lécoutent debout.

h) enfin le Credo ou symbole de Nicée 2?) qui en est la conclusion, affirmant l'adhésion à l’enseignement de l'Evangile en même temps

19) MoLIEN, I. 165; CABROL, p. 66.

20) Pour le sens du mot, voir MOLIEN, I, 168. Le plus simple est de l’interpréter comme « prière collective ».

21) Voir l’exposé de ce rythme, ibid. I, 170.

22) « L'Eglise et la liturgie ont pour esprit que personne ne se mette à part, que la prière soit la prière de tous, que les fidèles se persuadent qu'ils sont peuple et que le célébrant a dans la prière publique la mission de prier pour ce peuple » BATIFFOL, Messe, p. 312.

23) Cf. CABROL, Prière, p. 55-56.

24) « Ainsi nommé parce qu'il était exécuté sur les degrés de Jambon, gradus, où l’on avait chanté l’épître >» MoLIEN, [, 192-194, 188.

25) « Louez Dieu ». Cf. CABROZ, p. 63.

26) Sur l'origine de ces hymnes, voir MOLIEN, I, 192-194.

27) Cf. DUCHESNE, Origines, p. 114. La dualité du « Graduel » et de j’Alleluia ou du « Trait » vient de ce que l’un était primitivement. chanté après une leçon prophétique et l’autre après l’épître. La leçon ayant été supprimée, on a réuni ces deux chants.

28) Voir Pexplication de ce détail dans MoLtEN, I, 203: ce serait un rite antérieur à l’orientation des églises vers le levant.

29) Il fut introduit dans la Messe au onzième siècle. Mais l'usage

en Dr été adopté en Allemagne dès le huitième siècle (BATIFFOL p. 11-12).

qu'à celui de l'Eglise, puisque la formule en contient toutes sortes d’allusions aux différentes hérésies successivement condamnées, allusions qui évidemment ne sont plus comprises aujourd’hui: elles n’en impliquent pas moins une adhésion générale à l'Eglise.

Tout ceci, on le voit, procède du judaïsme. Seulement il y a, dans le déroulement de la liturgie, une certaine progression de l’ancienne loi vers la nouvelle, et le tout se termine par une profession de foi en l'Eglise catholique. Le fidèle se trouve ainsi transporté du judaïsme dans le christianisme et recoit de l’ensemble l’impression d’une économie cultuelle, celle de son propre salut. C’est en somme un véritable rite de passage du monde extérieur à un monde nouveau, passage qui se fait en lui par son adhésion aux idées et sentiments qu'on lui présente.

3. Aussi bien ce n’est qu’à partir de ce moment que commence la Messe proprement dite, à laquelle primitivement les catéchumènes n’assistaient pas %). Nous sommes maintenant dans le mystère chrétien.

Sur l’autel sont depuis le début de la Messe (ou on apporte à ce moment aux Messes solennelles) le pain et le vin, reste des offrandes très nombreuses recueillies autrefois parmi le public assistant 31). On faisait alors une prière à laquelle le célébrant invitait solennellement, invitation qu’il fait encore, bien qu’elle ne soit suivie d’aucune prière à proprement parler 32), si ce n’est d’un chant appelé « offertoire » 33) et des formules liturgiques qu’il est le seul à prononter.

30) Ce détail montre bien que la Messe à son origine fut surtout un mystère.

31) Le recueil des offrande se faisait en effet très solennellement et le pain ainsi recueilli servait à la communion. De cet usage viennent le corporal, linge dans lequel on les ramassait, le voile huméral que le sous-diacre se passait autour du cou pour soutenir toutes les offrandes, la coutume du pain bénit avec baiser sur la patène. en souvenir du baiser de paix qui se donnait à ce moment. — I est à noter que le voile hbuméral ainsi porté à la Messe n’a pas du tout la même signification que celui dont on se sert pour les hénédictions et processions du Saint-Sacrement: il est alors une survivance de l’ancienne coutume de se protéger contre l'excès de force contenu dans les objets sacrés et contre le danger qu’il y avait à les toucher sans précautions (HEILER, Gebet, p. 104-105).

32) BarirFoL. Messe, p. 143; CABROL. Prière, p. 105; DUCHESNE, Origines, p. 172.

33) Pendant toute cette cérémonie on chantait un psaume qui est devenu un simple verset appelé « offertoire », chanté ou récité avant l’offertoire proprement dit. MOoLIEN, I, 221-234.

Celles-ci sont du reste assez récentes 34) et ne correspondent que très peu aux rites anciens. On peut y remarquer:

a) une première .offrande par le prêtre pour le rachat de ses fautes personnelles, suivie d’un signe de croix, avec la patène et l'hostie, survivance de l’ancienne disposition des offrandes en signe de croix 35),

b) une prière sur le vin et l’eau #6), prière faisant allusion au mélange de l’humanité et de la divinité dans le Christ et en l’homme, mélange qui est le principe de la restauration de l’humanité 37).

c) une offrande du calice avec formules empruntées aux prières juives 3%); elle est suivie d’une expression d'humilité et d’un appel au Saint-Esprit 39).

d) aux messes solennelles, encensement des oblats et ensuite de toute l’assistance, pour lui porter les grâces de l’oblation.

e) le lavement des mains, reste de l’ancienne cérémonie du recueil de toutes les offrandes 40). Là, comme le rite est assez apparenté aux coutumes juives, nous trouvons la récitation d’un psaume relatif au culte dans le temple,

f) le Suscipe, prière au pluriel résumant tout ce qui vient d’être fait et en indiquant la signification.

g) l’Orate, fratres 41), invitation à prier avec plus de ferveur et à s'associer ainsi au sacrifice qui va commencer.

h) enfin les « secrètes », prières dites à voix basse, récitées originairement sur les offrandes qu’on avait mises de côté 42) pour la consécration et variant suivant la fête célébrée; presque toutes les formules du Missel font précisément allusion à ces offrandes comme dons et demandent én échange des biens matériels ou spirituels.

3%) On n’en trouve pas trace avant le neuvième siècle. Elles sont probablement d’origine gallicane. Cf. MOLIEN, I, 237,

35) Ibid., I, 240: DUCHESNE, Origines, p. 219,

36) Sur l’histoire de ce rite, survivance du banquet primitif, cf. ‘COULANGE, Messe, p. 186-190.

37) L’humanité est ici représentée par l’eau et c’est pourquoi le prêtre bénit celle-ci et non le vin.

38) Cum odore suavitatis… In animo contrilo el in spiritu humi-

litatis… fiat sacrificium nostrum in ConSpeclu tuo hodie ut placeat fibi. Cf. Danrez, III, 29-30. ï LES

%) Souvenir de l’épiclèse, Cf. Wizr, Culte, I, p. 179. 10) COULANGE, Messe, p. 191-192. À 41) D'origine gallicane (MOLIEN, I, p. 261).

… 4?) Cest cette « secretio » qui a donné leur nom aux prières dites Sur des « secreta »: et le fait que ces prières sont prononcées 4 Q ,

à voix basse fut l'effet, non la cause, de ce nom (MoLrEN, [, p. 263).

Toute cette partie est en quelque sorte adventice et date du moment où la Messe n'était plus du tout une offrande de dons, mais la consécration d’une hostie et d’un calice. (C'est pourquoi, malgré son titre d'offertoire, elle présente moins d'unité et une inspiration moins précise. Elle ne semble plus guère qu'une préparation.

4. Nous arrivons ensuite à la véritable Messe, constituée par ce qu'on appelle les prières du « Canon ».

a) D'abord et peut-on dire surtout la « Préface » 43), la plus ancienne de toutes les prières de la Messe, le noyau fondamental autour duquel tout le reste est venu s'ajouter. Elle s’est sans doute simplifiée #4), puisqu’autrefois, sous le nom d°’ «anaphore », elle comprenait le récit de l'institution, qui en est maintenant complètement détaché. De plus on n’a gardé en elle que de très brèves allusions à la fête du jour, alors qu'autrefois elle comprenait un peu de tout, y compris des invectives contre les ennemis #5). Telle qu’elle est, elle reste une « eucharistie », c’est-à-dire une action de grâces. Elle est solennellement chantée à la Grand’Messe et précédée d’une sorte de dialogue qui associe davantage le prêtre et les fidèles.

On sait que ce chant est l’un des plus simples et des plus beaux de la liturgie #5): aucun n’est plus capable d’impressionner une âme pieuse dans le sens du respect et de l’adoration ni de jui faire mieux sentir la valeur religieuse de ce qu’elle fait ou de ce à quoi elle assiste.

Cette « préface » est suivie par le chant du « Sanctus », d'origine et d'inspiration juives, qui souligne davantage encore les mêmes impressions 47).

43) Précédée du Sursum corda, ancienne salutation au soleil levant (Wizz, Culte, I, p. 179).

44) Notons en passant que Îles préfaces romaines ont considérablement diminué le lyrisme des préfaces gallicanes. Cf. BATIFFOL, Messe, p. 202.

45) Cf. MoutEN. I, p. 278-279.

46) Là encore on peut retrouver des allusions aux initiations des mystères: quia per Incarnati Verbi mysterium nova mentis nostrae lux tuae claritatis infulsit, ut, dum visibiliter Deum cognoscimus, per hunc in invisibilium amorem rapiamur.

47) « Les fidèles se sentent saisis d’un saint effroi et pourtant ravis en extase, en entendant l'explosion d'enthousiasme de tous les cieux. C’est l'expérience des mystères païens, quand, transportés à travers des cieux, ils rencontraient les dieux inférieurs et supérieurs. » WiLz, I, Le Culte, p. 179.

b) Puis vient le Canon proprement dit, c’est-à-dire les prières les plus officielles et les plus importantes de toute la Messe, celles qui doivent être prononcées avec le plus de soin — d’où ce titre de canon. Elles se composent de plusieurs parties assez distinctes:

(a avant la consécration, le prêtre récite une formule générale pour demander à Dieu le Père d'accepter ce qu’il lui présente, prière dans laquelle on sent encore l’ancienne notion du sacrifice et l’ancienne pratique des offrandes apportées par toute l’assemblée 48). Puis il évoque l'Eglise entière, ceux qui sur terre ont besoin du secours de Dieu, à commencer par le Souverain Pontife, à continuer par les autres dignitaires 49), à terminer par ceux pour qui la Messe est spécialement dite 50); et ensuite tous les saints, pour qu’ils interviennent en faveur de l'Eglise.

Ainsi après la profonde impression de la Préface et du Sanctus, le fidèle, qui s’est senti tout petit devant Dieu, se sent vraiment agrandi et encouragé dans son union avec l'Eglise qui prie avec lui et pour lui”). On ne soulignera jamais trop de rôle d’un tel sentiment dans la formation d’un chrétien. Aussi bien la forme que l’antiquité et le contenu des formules sont un moyen puissant de faire pénétrer en lui, grâce à l’attachement à l'Eglise qu’elles fortifient, de quoi valoriser et celui que l'on prie et ce pour quoi on le prie et la prière elle-même, :

(b Vient alors la consécration 52) ou récit de linstitution de l’Eu-

48) uli accepta habeas haec munera, haec sancta sacrificia illibata. Remarquer encore les paroles: qui fibi offerunt hoc sacrificium laudis pro se suisque omnibus, allusion à la primitive conception du sacrifice eucharistique.

49) Remarquer l'expression: cum... omnibus orthodoxis atque catho-

ucae fidei cultoribus: La Messe est encore un mystère réservé aux initiés.

50) il était d’usage autrefois de lire la liste de tous ceux pour qui lon priait, avec mention de ce qu’ils avaient fait, ce qui fit dire à saint Jérôme: « La rédemption des pécheurs se tourne à la louange des vivants » (MOLIEN, I, p. 297). — Par ailleurs il faut noter que, à cet endroit comme au Memento des morts et après la communion, une place à été laissée à la prière personnelle du prêtre. (Comme la remarqué très justement HEILER (Kath., p. 410-411), la liturgie favorise tout en la dirigeant la prière individuelle.

51) Cf. HEILER, Kath., p. 417.

2) Il ne faut pas oublier que cette partie de la Messe, considérée comme la plus essentielle, n’est pas la plus ancienne. Les textes primitifs ne l’ont pas (DUCHESNE, Origines du culte, pfl 49-53). Quand on a introduit le récit, il n’a eu que la’‘signification d’un mémorial, comme

charistie, récit qui n’est celui d’aucun des textes inspirés 3), mais les rappelle tous, et qui s'accompagne, autant que faire se peut, des gestes attribués au Christ 54).

Préparée comme elle l’est par tout ce qui précède et étant éonné le silence profond qui doit alors s'établir dans l’église **), on peut dire que les paroles effectuent réellement ce qu’elles disent, au moins en ce sens qu’elles produisent dans l’âme du fidèle exactement la même impression que s’il assistait vraiment à la Cène. Sans doute l'émotion dépend et de la sensibilité de chacun et de son degré d'attention; mais en tout cas, elle prend une forme plus précise et plus déterminée, point sur lequel nous aurons à revenir.

{ce La consécration est suivie d’abord de l'élévation 56), laquelle est d’origine relativement récente, mais contribue beaucoup à augmenter la solennité de la consécration et par les génuflexions multipliées et par le geste lui-même de l'élévation et, s’il s’agit de la Grand’Messe, par les sonneries de cloches destinées à associer les absents au rite de la Messe 57).

(4 Nous avons enfin une série de prières qui rappellent l’enseignement dogmatique: les événements de la vie du Christ 58), la sainteté de Phostie que l’on offre59), la comparaison avec les sacrifices

du reste dans les autres mystères. Seulement on y ajoutait une supplication pour que le Christ vienne: le Maranatha, et l’épiclèse (HEILER, Kath., p. 401).

53) Remarquer l’expression très significative: mysterium fider.

54) Les paroles de la consécration sont dites à voix basse, distincte, attente, ce qui rappelle et les rites initiatiques des mystères et la nécessité de bien prononcer les formules magiques pour qu’elles aient toute leur efficacité (HEILER, Gebet, p. 225).

55) Ce silence est Jui aussi un souvenir des mystères. On sait que les liturgistes modernes protestent énergiquement contre toute exécution de chants où de musique en ce moment (BATIFFOL, Messe, p. 318). Ils sont tout à fait dans l'inspiration primitive de la Messe.

56) Introduite par Eudes de Sully au début du treizième siècle, après que le pouvoir consécrateur eut été attribué aux paroles de l'institution et non aux signes de croix qui précèdent. Cf. COULANGE, Messe, p. 360.

57) Cf. MOLIEN, I, p. 362.

58) C’est l'anamnèse: Unde el memores... ejusdem Christi… beatae passionis, necnon et ab inferis resurrectionis et in coelos gloriosae ascensionis.

59) … Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam.

anciens 69), l'accueil que Dieu lui réserve dans le ciel 61), le tout terminé par une prière pour les fidèles défunts 62), et par une invocation aux saints martyrs, parmi lesquels on demande à être admis, (C’est en. somme toute l’économie du salut qui est exposée, précisément après qu’on en a fait sentir la valeur.

c) Enfin, avant de passer à une autre partie de la Messe, après de multiples signes de croix sur l’hostie, signes qui sont la survivance d'anciennes pratiques, ainsi du reste que les paroles qui les accompagnent: «que ces offrandes soient sanctifiées, vivifiées et bénites» 63), l’assistance est invitée à ratifier le tout par le chant très solennel de l’'Amen.

5. À partir de ce moment, l’attention se détourne de ce qui se fait: il y a moins d’adoration que de prière proprement dite.

a) D’abord la prière chrétienne par excellence, le Pater 64), complété et expliqué par une autre prière réservée au prêtre 65).

b) Puis vient l’un des plus anciens rites de la Messe, la fraction du pain, dont on laisse tomber un fragment dans le calice. Le rite vient de l’ancienne habitude d’employer à chaque messe du pain consacré à une messe précédente 66). Aujourd’hui il présente un

SHARE HER UUE à LV LE UT 60) sicuti accepta habea dignatus es et munera pueri tui justi Abel

et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae et quod obtulit summus sacerdos tuus Melchisedech.

61) C’est la prière qui remplace l’épiclèse: jube haec perferri per manus Angeli tui in sublime altare tuum. Ce remplacement est significatif de la mentalité plus magique que mystique du milieu où il s'est fait (Wizz, Culte, I, 175; II. 176; HEILER, Kath., p. 401-405).

62) Là encore on donnait jadis lecture d’une liste de défunts,

usage qui s’est transformé dans la coutume actuelle de la « recommiandation aux prières ».

6%) Les signes de croix, qui sont alors faits sur l’hostie et le calice, avaient jadis un pouvoir de bénédiction; cest pourquoi ils sont suivis d’une « petite élévation ». Les théologiens sont très embarrassés pour expliquer et ces signes de croix sur le corps et le sang du Christ et la signification des paroles demandant que « ces choses » soient « sanctifiées, vivifiées et bénites >. Ils supposent que haec désigne les biens de la terre; mais absolument, rien ne lindique (MoLIEN, I, p. 36; BATIFFOL, Messe, p. 273; CABROL, Prière, p. 518). En réalité il s’agit des offrandes apportées en plus du pain et du vin et bénies séparément (COULANGE, Messe, p. 185: DUCHESNE, Origines, p. 183).

64) Introduit dans la liturgie romaine par Grégoire le Grand. Mais il se disait déjà en Afrique et à Jérusalem (MoLten, I, Pp. 383-384). 65) Libera nos. ab omnibus malis… da pacem in diebus nostris,

ol. à peccato simus semper liberi et ab omni perturbatione securi. On y ajoute l’intercession de la Vierge et des saints.

66) Ou d’envoyer une portion de lhostie consacrée par le Pape

symbolisme particulier: le souvenir de la fraction du pain à la dernière Cène: et aussi l’immolation du Christ 67),

c) C’est pourquoi il est suivi de la récitation ou du chant des trois Agnus Dei, expression d’origine johannique, exprimant la portée sacrificielle de la Messe. :

d) Avant la communion la prière se fait plus intense et plus personnelle 68), Le prêtre et le fidèle se redisent l'importance de ce qu’ils vont faire et les conséquences bonnes ou mauvaises qui peuvent en résulter pour eux 6%).

e) Vient enfin la communion, à propos de laquelle on multiplie les allusions à l'Ancien et au Nouveau Testament 70). Il est à remarquer que la formule dont on se sert pour distribuer la communion est une prière pour l’immortalité 71) et comme telle une survivance des mystères anciens 72),

6. Le reste de la Messe a moins d'importance. Ce n’est que la conclusion; et le fidèle, surtout s’il communie, en détourne facilement son attention:

a) L’antienne « Communion »: autrefois psaume chanté pendant ia distribution du sacrement;

b) les oraisons dites « Postcommunion » ordinairement assez brèves, contenant un remerciement et la demande de profiter de

aux prêtres qui disaient la Messe dans d’autres églises (BATIFFOL - Messe, p. 34-35; DUCHESNE, Origines, p. 163).

67) La formule Pax Domini vient de la coutume du baiser de paix qui se donnait à ce moment (BaATIFFOL, Messe, p. 91).

68) I1 y a d’abord une prière pour la paix au nom de la foi de l'Eglise, prière qui s'explique, elle aussi, par l’ancienne coutume du baiser de paix actuellement réservée aux membres du clergé aux messes solennelles (MoLtEN, I, p. 401-105).

69) Libera me. ab omnibus iniquitatibus meis et universis malis et fac me tuis semper inhaerere mandatis… Perceptio corporis tut.… non mihi proveniat in judicium... prosit mihi ad tutamentum mentis et corporis et ad medelam percipiendam.

70) Panem coelestem accipiam et romen Domini invocabo…. Domine non sum dignus… Quid retribuani Domino. Calicem salutaris acctpiam.…. : L

71) Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam tuam in vitam aeternum. De même Quod ore sumpstimus.…. fiat nobis remedium sempiternum. j |

-72) Notons ici que la distribution de la communion avant la Messe est non seulement un contresens liturgique —- comme en conviennent au reste les liturgistes modernes — mais ençore un contresens historique: aurait-on pu imaginer dans les premiers siècles de recevoir le corps du Seigneur avant le début du repas commun ? Ici encore I instinct réaliste et magique l’a emporté sur la théologie et sur la piété mystique.

l’'Eucharistie 73). Elles étaient autrefois suivies d’une « Bénédiction sur le peuple », qui n’est plus dite qu'aux messes de semaine du . Carême 74). f

c) l’Ite, Missa est, pour congédier l’assistance;

d) la Bénédiction, reste d’une procession solennelle de sortie au cours de laquelle le pontife bénissait les fidèles présents 75);

e) le dernier Evangile, introduit assez récemment 76);

f) certaines prières dites aux seules Messes basses depuis peu de temps et d’inspiration toute moderne,

ET

Après cette analyse, 1l est facile de nous rendre compte de l'effet produit par le fidèle qui assiste à la Messe avec foi et piété.

Il y a d’abord ce que nous pouvons appeler l'impression liturgique, qui vient de l’accomplissement des rites et de l’attention qu’on leur porte: le fidèle se sent incorporé, au moins pendant cette Messe, à l'Eglise. Il laisse momentanément de côté les manières de faire, les pensées et sentiments qui lui sont personnels, pour adopter une activité intérieure et extérieure dictée par la société dont il fait partie. Il y a donc soumission, mais une soumission voulue, un acte de confiance, ana-

logue à celui du malade qui se remet entre les mains d’un méde-

cin. Il y a plus: l’assistance à la Messe en effet ne donne les impressions décrites que si l’on est déjà disposé à les comprendre, s’il y a déjà une certaine piété: le fidèle se dispose à goûter ce qu'on lui présente comme bien, à aimer ce qu’on lui prescrit d'aimer, à vouloir ce qu’on lui demande de vouloir, parce qu’il a déjà trouvé dans son milieu un sentiment de respect et d'amour et l’a adopté pour lui. Les émotions venant de l’extérieur pénètrent en lui, parce qu’elles correspondent à des sentiments déjà organisés à l’intérieur, grâce au prestige et à l’autorité morale de l'Eglise et de ses cérémonies. Bref, il y a là un

73) Beaucoup contiennent des allusions aux offrand qui Me .C s es victimes du sacrifice (COULANGE, Messe, P. 171-173), ou neue Fe repas proprement dit (/d., p. 178).

74) MOLIEN, I, p. 430.

75) Ibid., p. 440-442.

76) Ibid., p. 445,

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