‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 42 sur 165 · LA CONSCIENCE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE RELIGIEUSE

s’est précisée et renforcée par la distinction de ses deux pôles, sujet et objet, écartés l’un de l’autre à mesure qu’ils devenaient davantage l’un sujet et l’autre objet. Car plus il y a d’objectivité, plus il y a de subjectivité et inversement, précisément parce que la conscience s’anime à mesure qu'elle s'ouvre et s'ouvre à mesure que des perspectives nouvelles se présentent devant elle. Nous pourrions parler, si l'on nous permettait cette allusion platonicienne, de deux moitiés d’être séparées violemment et qui se cherchent partout. En tous cas, il s’est constitué ainsi un autre mode d'être: au lieu de ces systèmes clos que sont les êtres individuels et sociaux, il y a désormais, dans l'Eglise en tant que principe de piété, dans l'individu en tant que se formant à cette piété et surtout dans le courant qui va de l’une à l’autre, un appel immanent de ce qui agit vers ce qui est agi Ce mode d'être, c'est ce que nous appelons la conscience, vie essentiellement ouverte, parce qu'elle est moins un être qui agit que l’action elle-même. Comme telle, elle constitue un objet et un sujet, qui n'existent l’un et l’autre que l’un par rapport à l’autre. Voilà pourquoi nous ne pouvons plus parler de causalité. Il nous faut par contre chercher à définir ce nouveau mode d'être, principe et de la subjectivité et de l’objectivité. Nous allons du reste le voir s'affirmer de plus en plus à mesure des développements ultérieurs de la piété que nous devons examiner maintenant.

La DÉCENTRALISATION DU SUJET par la VIE LITURGIQUE.

Un point particulier demande à être ici éclairci. La piété se forme, avons-nous remarqué, par la présentation d’un certain nombre d'idées. Mais celles-ci ne peuvent rester en l'air ni dans le vide, si l’on peut dire: il faut, pour qu'elles deviennent vraiment objet, qu’elles se rattachent aux autres objets, qu’elles fassent partie intégrante du kosmos, qu’elles prennent leur place, non seulement devant la conscience religieuse, mais devant la conscience en général.

Or, c’est précisément ce qui se produit grâce à un cléacnt non négligeable de la vie de piété: la vie liturgique, avec son calendrier, c’est-à-dire avec ses retours périodiques des différentés fêtes. Nous pouvons y étudier précisément de quelle manière l’objet de piété y devient une partie importante, et même la partie principale de l’objet psychologique en général.

Les fêtes liturgiques célébrées au cours de l'année par l'Eglise catholique appartiennent sans doute par elles-mêmes plus à l'extérieur de la religion qu’au développement intérieur de la piété. Si cependant nous les étudions après les prières quotidiennes et après l'assistance pieuse à la Messe, c’est parce qu'elles ne nous intéressent ici qu'au point de vue spécial de Heu qu'elles peuvent avoir sur des fidèles déjà très attachés et à l'Eglise et:à leur piété. Pour les autres, elles ne sont guère que des occasions de réunions de famille ou de congé. sans signification religieuse proprement dite: il n’y a alors en clles pas plus de piété que dans l’assistance dominicale à la Messe. Ceux au contraire qui les suivent avec foi et s'efforcent d'en comprendre la signification, font de leur célébration un acté de piété véritable. C'est à ce point de vue que nous avons à les étudier, pour préciser l'influence qu'eiles peuvent avoir. Leur origine historique, dont nous ne dirons qu’un mot à l'occasion, nous intéresse évidemment beaucoup moins.

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