LA SEMAINE SAINTE
qui Va arriver, de joie pour le triomphe final, est plus fortement accentué: l'entrée à Jérusalem présente nettement les deux caractères. Noter en particulier la cérémonie très spéciale du retour de la procession, inspirée des anciennes intronisations juives 105), La bénédiction des rameaux, au contraire, ainsi que la procession au cimetière viennent d'usages antérieurs au christianisme. L’on prend ici sur le vif la façon dont les vieilles coutumes se sont rattachées à une nouvelle religion: la bénédiction des Rameaux qui se faisait au printemps, s'est placée le Dimanche d'avant Pâques, parce que dans l'Evangile de ce jour, et dans l'événement commémoré, il était question de rameaux. |
Nous arrivons enfin à la Semaine sainte, pendant laquelle l'Eglise multiplie les moyens d’impressionner les fidèles dans le sens de la Rédemption: lecture des quatre Evangiles de la Passion, prières pour obtenir de comprendre et de préparer le renouvellement de Pâques. Le Mercredi soir se fait, au moins dans les communautés religieuses, l'office des « Ténèbres »., autrefois chanté dans l’obscurité 106) en souvenir des ténèbres dans lesquelles la mort du Christ plongea le monde: les doxologies sont supprimées, le psaume Miserere est répété à satiété; et chaque office se termine par le chant si impressionnant, dans sa tristesse sévère et grave, du Christus factus est. D'autre part, on y lit Sur un ton spécial les Lamentations de Jérémie, se rapportant dans lintention liturgique plutôt à la destruction de Jérusalem consécutive à la mort du Christ qu’à la captivité de Baby lone, et cette destruction devient le symbole de l’âme avant la rédemption, pour que le fidèle ait pour celle-ci les mêmes sentiments que pour celle-là.
Au Jeudi saint, à Ja tristesse de la passion se mêle la joie de l'Eucharistie: on chante done le Gloria, chant qui sera suivi du silence des cloches; on emploie des ornements blancs pour la Messe, laquelle se termine par le dépouillement des autels; les fleurs sont désormais réservées pour le seul reposoir où l'on met le Saint-Sacrement, reposoir qui est à la fois un tombeau et un trône. Comme Evangile, on a choisi l’In finem dilexit eos, qui résume aux yeux du chrétien et institution de l’'Eucharistie et le fait de la Passion. La soirée du même jour est particulièrement impressionnante. Même dans les paroisses où on ne chante pas les Ténèbres, il y a prédication de la Passion, le chant particulièrement austère du Stabat, et les fidèles passent de longs moments, parfois la nuit entière, près du reposoir 107), comme pour se pénétrer du précepte évangélique: « Veillez et priez ».
105) MoLIEN, IL, 344.
106) IL en est resté la prescription rituelle d’éteindre un clerge après chaque psaume.
Le lendemain, c’est la nudité complète des autels, des cérémonies inusitées avec agenouillements répétés 108), adoration solennelle de. Ja Croix, le chant des « Impropères », dans lesquels le Christ se plaint du traitement qu’on lui fait subir, puis la Messe extraordinaire des « présanctifiés », messe plus primitive que les messes habituelles, mais faisant ressortir surtout le caractère du jour. Après quoi il n’y a même plus l’Eucharistie dans l’église, où seule reste la Croix, au milieu du dépouillement général. É
Le Samedi est un jour d'initiation. Les cérémonies rappellent le baptème solennel, donné autrefois en ce jour et, par suite, la nécessité d’une nouvelle naissance. D’autres cérémonies s’y ajoutent, il est vrai, inspirées des anciens rites agraires du printemps: bénédiction du feu nouveau que l’on est censé emporter dans les maisons 110), interprété comme la lumière de la résurrection qui va venir : chant de lExultet 110) manifestant la joie du prochain triomphe, mais dans lequel se retrouve l’éloge de Lucifér, étoile du matin, reste de rites astrologiques. Viennent ensuite de longues lectures de l'Ancien Testament, dernière instruction donnée aux catéchumènes avant le baptème, la bénédiction de l’eau 111) qui doit servir à l'initiation, et la Messe, Messe de joie 112), car la fête de Pâques est déjà commencée, précisément par cette initiation. Le tout se termine par l’annonce de la résurrection.
107) Cette pratique du reposoir ou « tombeau » du Jeudi Saint n’est pas sans rapport avec des pratiques analogues qui se retrouvent dans les rites agraires pour figurer la mort et la résurrection du dieu de la végétation, Cf. FRAZER, Adonis, p. 174-183; Atys, p. 6-7.
108) IH est à remarquer, en ce qui concerne l’oraison chantée pour les Juifs, que la liturgie a dû céder à l’animosité du peuple et supprimer l’agenouillement. Cf. MOLIEN, Il, p. 301.
109) MOLIEN, Il, p. 411.
110) D'origine gallicane, /bid., II, p. 417.
111) Est-il très téméraire de voir le reste d’un rite phallique dans la coutume de plonger trois fois le cierge pascal dans l’eau pour la féconder (HEILER, Kath., p. 229-230)? Le rapprochement est d’autant plus plausible que la prière qui accompagne le rite chrétien le suggère: « (Spiritus sanclus) hanc aquam regenerandis hominibus praeparatam; arcana sui hominis admixtione foecundet; ut sanctificatione concepta ab immaculato divini fontis utero, in novam renata creaturam pragenies coelestis emergat, Et quos aut sexus in corpore aut aetas discernit in tempore omnes in unum pariat gratia mater infantiam >
. 112) L'Alleluia « débute timidement par une petite tierce; deux fois la mélodie retombe comme pour recueillir des forces nouvelles
et enfin s’élance e ) C Culte, tr de en des quartes audacieuses et triomphantes. » :WILr,