‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 46 sur 165 · PAQUES · texte numérisé non relu

PAQUES

Enfin le dimanche est la fête de Pâques 113), celle de toute l’année qu'on célèbre avec le plus de splendeur. Elle est essentiellement la fête de la foi et affirme ce qui fut en effet le point de départ du christianisme: la certitude de la résurrection. Il n’est pas jusqu'aux traditions de ce jour: oeufs ou pâtés de Pâques, qui ne transportent cette réjouissance dans les familles et y prolongent l’action de la liturgie.

Tout est fait pour qué la fête soit sentie comme « le jour que le Seigneur a fait », jour qui doit être le début d’une nouvelle vie, initiation qui sauve et consécration qui oblige.

La semaine qui suit ne fait que répéter et confirmer les mêmes impressions :

« La liturgie de ces jours était pour les néophytes comme un catéchisme de persévérance; à nous elle prêche un mystère de Vie, de résurrection dans le Christ, le triomphe sur la mort; tout doit revivre, et les corps et les âmes, et les hommes et les choses, pour le temps et l’éternité » 113),

C’est pourquoi on y multiplie les Aleluia, sans oublier d’y ajouter des fêtes en l’honneur de la Croix, pour rappeler que c’est à elle que l’on doit le triomphe pascal 114).

Notons en passant l’Ascension 115), fête d’origine hierosolymitaine, où se retrouvent surtout les sentiments d’attente, confiante et anxieuse à la fois, du retour du Sauveur.

V. Après les fêtes de la Rédemption, nous avons celles de l'Eglise.

113) Cette fête semble avoir son origine dans une ancienne fête de la végétation du passage de l'hiver à lété. On peut la rapprocher par exemple de la fête célébrée en l’honneur d’Attis, fête de la mort et de la résurrection de la végétation, qui avait lieu le 25 mars et consistait en un repas sacré où l’on mangeait le pain et le vin dont on s'était abstenu les jours précédents. (FRAZER, Alys, p. 7). Du reste la tradition chrétienne avait d’abord fixé cette fête au 25 mars. Cf. encore FRAZER, Atys, p. 32-33; Adonis, p. 202. —— Il est probable que la tradition des oeufs de Pâques se rattache à des rites agraires de ce genre. Notons encore que le 26 mars était un jour de repos, tout comme notre Lundi de Pâques. Voir DUCHESXE, Origines, p. 339-340.

114) L’Invention de la Sainte-Croix, le 3 mai.

115) Notons en passant la fête de Saint-Georges, remplaçant celle des Parilia. Cf. FRAZER, Atys, p. 32. À

115) Elle est précédée par les trois jours des Rogations pendant lesquels se font des processions et prières à travers champs. La même cérémonie se fait le 25 avrii, dédiée à saint Marc. Les unes et les autres dérivent des Robigalia et des Ambarvalia romaines. Cf. MOLIEN, Il;°p> 496:

C’est d’abord la Pentecôte 116), ancienne fête des prémices devenue fête de la Loi et ensuite du Saint-Esprit, fondateur et organisateur de l'Eglise. On peut remarquer que le texte chanté dès le début de la Messe de ce jour : Replevit orbem terrarum, s'applique aussi bien à l'Eglise qu’au Saint - Esprit. La prose Veni sancte. Spiritus « raconte jes merveilleux effets de l'Esprit Saint dans l’âme qui les a déjà connus et désire les connaître davantage » 117).

C’est ensuite la fête consacrée au dogme ecclésiastique de la Trinité, fête assez récente, introduite un peu malgré l'autorité ecclésiastique 118): par l'usage d’une messe votive se rapportant à ce dogme.

Puis la Fête-Dieu ou du Très Saint-Sacrement, d’origine théologique 119), Les controverses du neuvième au onzième siècle: avaient mis l'Eucharistie au premier plan des préoccupations dogmatiques. D'autre part l'usage s'était établi d’honorer de plus en plus la «réserve», dont on s'était autrefois peu occupé. La fête fut enfin instituée à Liège au treizième siècle et s'est répandue de là dans toute l'Eglise avec un office composé plus tard par Saint Thomas 120). On y trouve mélangés avec beaucoup d’art, et les dogmes théologiques et les allusions à l'Evangile. Elle est un « exposé fidèle, précis d’un dogme aussi abstrait pour le théologien que doux et nourrissant au coeur du fidèle ». Il y a surtout la procession, cellé des cérémonies de l'Eglise qui a le plus d'éclat et de splendeur, s'inspirant directement des fêtes juives d’intronisations royales. Elle est du reste devenue la fête du Christ-Roi, ce qui ne manque pas de donner un caractère assez particulier à l’idée du Christ, dont on rehausse la majesté plus qu'on en marque le rôle dans la vie chrétienne. De cette fête sont sorties les Bénédictions du Saint-Sacrement, les Adorations perpétuelles et, de nos jours, les Congrès eucharistiques, autant de fêtes dans lesquelles le culte extérieur, avec ce qu’il a de splendide, de prestigieux et d'éclatant, l'emporte sur la piété intérieure.

Cette fête est elle-même complétée, huit jours après, par une autre encore plus moderne, celle du Sacré-Coeur 121), fête de la piété mystique venant après la fête de la foi et de la religion extérieure, célébrant l'amour du Christ pour les hommes, reprenant l’idée de sa majesté pour l’appliquer aux réparations qui lui sont dues, si bien que ce culte est à la fois de gloire et de pénitence.

116) MoLIEN, Il, p. 151. — À l’origine la Pentecôte était l’achèvement de la délivrance (C. H. C., I, p. 214).

117) MoLIEN, IL, p. 529.

118) Jbid., Il, p. 541-544.

119) JZbid. IX, p. 547-553.

1206) {bid., 560.

121) MOLIEN, II, p. 569-573.

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