‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 47 sur 165 · L'ANNÉE LITURGIQUE · texte numérisé non relu

L'ANNÉE LITURGIQUE

L'on entre ensuite dans une longue période remplie par une liturgie assez monotone, où l’âme pieuse peut cependant trouver de nombreux enseignements. Cette période représente la vie quotidienne ordinaire, les efforts qui doivent la remplir, les luttes à soutenir, le besoin du secours de Dieu, la confiance en la Providence, jusqu'aux derniers Dimanches qui font entrevoir le jugement dernier et la nécessité de rendre compte un jour de tous ses actes.

Notons en passant la fête de l’Assomption, qui a pu remplacer une ancienne fête de Diane pour les bénédictions des récoltes 122). Elle aussi se rapporte à une dévotion particulière et est devenue le principe de toute une nouvelle théologie.

La fête de la Toussaint, qui termine le cycle, est très probablement la christianisation d'anciennes fêtes des morts12%3), qui avaient lieu précisément en automne 124),

En conclusion, le cycle liturgique est un exposé pratique et concret de la doctrine chrétienne et de la piété 135), exposé ainsi présenté que le fidèle tout naturellement se sent vivre en lui. À mesure que le temps passe, sa destinée idéale lui est rappelée et lui apparaît comme réalisée dans cette fuite du temps, qui, pour lui comme pour tous les hommes, lui fait sentir la fugacité de son existence. Seulement le chrétien, en même temps qu'il se sent vieillir, est en présence de réalités qui luï rappellent une explication de sa vie. De plus ce rappel est périodique: si jamais il s’est écarté de cette voie, elle n’en reste pas moins toujours ouverte devant lui. Pendant que sa vie passe, le christianisme reste, sans cesser de vivre. Le drame de l'existence est donc toujours étroitement rattaché à la Rédemption, si bien que le chrétien ne peut les voir que l’un à travers l’autre. Ainsi la liturgie est la réalisation la plus vivante qui soit de l’objet de la piété.

122} Cf. FRAZER, Les origines mogiques de la royauté, p. 18.

123) FRAZER, Atys, p. 106.

124) Nous. aurions pu mentionner aussi la fête de saint Jean-Baptiste au solstice d’été, comportant des usages populaires extrêmement anciens. Cf. FRAZER, Adonis, p. 192.

125) Cf. TANQUEREY, p. 988.

Il nest pas inutile, après avoir examiné la liturgie telle qu’elle s'offre au commun des fidèles, de nous attacher à une forme de prière plus officielle encore, réservée aux prêtres, le Bréviaire, pour en chercher l'influence sur la formation et le développement de la piété.

Nous en avons déjà vu l’histoire dans ses grandes lignes. Mais ce n’est pas seulement par elle que nous pouvons nous rendre un compte exact de cette influence : beaucoup de prêtres l'ignorent; et même ceux qui la connaissent, n’y voient qu'un élément accessoire de leur piété. Elle augmente sans doute leur respect et leur vénération pour le « saint office », elle les: aide à le mieux comprendre. Mais le principe de ce respect comme de cette intelligence est ailleurs.

D'abord, alors que la célébration de la Messe n'est obligatoire que pour les prêtres qui ont «charge d’âmes », et encore pas tous les jours, la récitation quotidienne du Bréviaire est au contraire de précepte absolu 126). Aucun autre ne dépasse celuici en gravité, pas même celui du célibat. Plus exactement, quoi qu’il en soit de l’obligation de droit, en fait, même les prêtres irréguliers, tant au point de vue moral qu’au point de vue de la piété, tiennent à cette pratique, tellement que c'est ordinairement la dernière qu’ils abandonnent. Il y a dans cet attachement surtout un acte de foi: on dit son bréviaire non pas tant parce que cela est commandé — il est bien évident du reste que cette obligation ne comporte nulle autre sanction que celles de la conscience — que parce qu’on croit fortement à cette obligation. C’est même une des marques de la foi du prêtre plus que de sa piété, puisque précisément celui qui cesse de croire abandonne son Bréviaire en premier lieu, alors que celui qui se soustrait à ses obligations pour des raisons morales ou sentimentales, ne l’abandonne qu’en dernier lieu et quelquefois même le garde toute sa vie.

Ceci peut du reste se constater d’une autre façon. N'importe quel laïque, chrétien ou non, a pu remarquer que cette

126) Cf. MAGNIEN, L'Eglise enseignée, p. 108-109.

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