LE BRÉVIAIRE
Prime, qui était dans les monastères et qui doit être Pit le prêtre la prière du matin.
Tierce, Sexte et None, heures assez brèves, qu’il faut réciter dans le courant de la journée, de préférence dans la matinée,
Vêpres, ancien office du soir, légèrement détourné de sa destination primitive, puisqu'on doit autant que possible les réciter au début de l’après-midi.
Complies enfin, qui est la prière du soir,
D'autre part on trouve dans le Bréviaire la même inspiration liturgique que dans le cycle des fêtes que nous avons étudié à propos de la Messe. Il est donc non seulement un horaire quotidien, mais une prière annuelle et par là encore le prêtre se sent davantage le représentant officiel de la vie spirituelle que l'Eglise veut faire pénétrer chez les fidèles par sa liturgie. Comme cette liturgie, il l’exécute lui-même, il est à la fois enseignant et enseigné, intermédiaire entre l’Ecclesia docens et l’Ecclesia discens, et il se sent tel, ce qui accentue l'effet de la piété ecclésiastique sur lui. Enfin par le fait qu’il accepte et veut cette emprise, il la réalise pour son propre compte, moins comme sentiment que comme volonté. De là une tendance générale, d’autant plus forte qu’elle s’est formée petit à petit par une longue habitude, à suivre dans la vie personnelle toutes les indications de l'Eglise.
Dernière remarque qui vaut un peu pour toute la vie de piété: étant donné qu’elle consiste ici comme pour la plupart des pratiques de la piété catholique, à agir conformément à des prescriptions, il en résulte que pour se juger elle-même, elle s’examinera plus au point de vue de cette conformité qu’à celui de la valeur de ses propres sentiments. Ainsi non seulement les actes, mais la mesure de leur valeur vient du dehors. De là une piété par conformité de plus en plus absolue à la règle, piété qui favorisera considérablement toutes les influences de l'Eglise pour la formation spirituelle. Par là encore s'affirme la désappropriation de l'individu en faveur d’une vie qui lui est extérieure, désappropriation qui est l'essentiel de la piété catholique.
130) Voir quelques-unes des interprétations symboliques dans BauDorT, Bréviaire, p. 114.
Le calendrier liturgique, tout comme la Messe, est donc une oeuvre composite, constituée petit à petit au cours des siècles, non pas suivant un plan établi à l’avance, mais en grande partie suivant les circonstances. On y trouve même bien des éléments qui ne sont pas d’origine chrétienne, au moins à ne les prendre que dans leur matérialité: les fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, succèdent à des fêtes païennes ou juives, en ce sens que le christianisme ne les a pas créées, mais simplement adaptées à lui-même. Seulement il n’en reste pas moins que l'inspiration en est devenue tout autre et c’est justement cette inspiration qui en fait l’unité.
Il en est de même pour les détails qui constituent la liturgie spéciale à chaque fête. A lire le texte des chants et des prières, on a l'impression d’une mosaïque assez disparate. Il n’y en a pas moins un ton particulier à chaque fête, donnant à tous ces textes une signification commune. Seulement il faut remarquer que ce ne sont pas précisément les textes liturgiques qui sont principe de cette signification: c’est au contraire l’ensemble de la liturgie qui donne aux textes leur signification, si bien que pour les comprendre pieusement, il est inutile de les étudier dans leur sens historique ou originel: il faut les méditer dans le sens de la liturgie. Ce que le fidèle reçoit de celle-ci, c'est donc, non pas des idées ou images, mais une tonalité affective générale dans laquelle les idées et images prennent une valeur spéciale.
Nous nous apercevons ainsi que ce qui à première vue semble n'avoir aucun sens et n'être qu’une forme assez stéréotypée, est en réalité, pour peu que le fidèle s’y prête, un moyen très efficace pour diriger ses sentiments de piété. L'âme est élevée au-dessus de ses préoccupations habituelles et transportée dans une atmosphère toute différente, dans laquelle elle rencontre les valeurs spirituelles auxquelles elle est disposée à donner son adhésion.
Sans doute la piété, pour saisir la signification de la liturgie, doit être déjà assez développée. Un chrétien ordinaire, même docile, la plupart du temps n’y comprend rien. Tout au