‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 56 sur 165 · LA DEVOTION A LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA DEVOTION A LA VIERGE

qu'on trouve des dévots à la Vierge qui l’invoquent pour tout et à cause de leur dévotion sont beaucoup plus passionnés pour ce qu’ils désirent, de même lorsqu'il s’agit d’âmes véritablement pieuses, c’est à leur dévotion envers la Vierge qu’elles doivent la qualité de leur piété, parce que cette dévotion devient le centre de leurs affections religieuses 2), et si la nature de leurs sentiments ne vient pas de leur dévotion, celle-ci leur donne une force et une vivacité beaucoup plus grandes.

Du reste, l’on peut constater facilement qu’elle est très simplifiante, en ce sens qu’elle arrive très vite à supprimer les autres sentiments, tout au moins à les imprégner de piété. Par exemple, parmi les auteurs ecclésiastiques, les plus dévots à la Vierge ont été ceux qui ont eu le moins de pensée spéculative 27), de même que ce sont les âmes les plus naïves qui s’adonnent le plus volontiers à ce genre de piété. Cette simplicité, naturelle ou acquise, vient précisément de ce que la religion est alors très sensible, pour ne pas dire sentimentale, et s'établit par suite comme centre de toute la vie 28).

En conclusion, la dévotion à la Vierge, dont l’origine dans la vie de piété est sans doute une influence par éducation reçue de l'extérieur, n’agit ni sur les idées ni non plus, il faut le dire,

une certaine forme de mécanisme ne peut manquer de réagir sur ce qui lui correspond dans lesprit… On s'oriente et l’on s’achemine vers ce qui met en mains l'instrument de la prière. » SERTILLANGES, Prière, p. 205. — Cf. MARECHAL, p. 195.

26) Et même de leurs idées religieuses. Cf. par exemple la spiritualité de M. Olier qui explique la Providence par cette dévotion: « C’est en prévision des désirs de Marie que Dieu dispose l’économie de sa Providence » (cf. FLACHAIRE, p. 107) et « Dieu est lié par son amour pour elle. Elle est l'expression de l'Eglise, la médiatrice des grâces », etc. (1bid., 116).

27) M. Olier, malgré sa théologie mariale, ne fait pas exception, car cette théologie est bien plus l’expression de sa dévotion que son principe et il y a dans sa pensée des effusions, qui ne manquent pas de subtilité, plutôt que de la théologie proprement dite. Bossuet, au contraire, tout en ayant une dévotion réelle, est arrêté par son souci théologique et n’ose affirmer lImmaculée-Conception (FLACHAIRE, p. 150).

28) C’est ce qui fait que des prières comme le chapelet sont si fortement recommandées pour la formation de l’esprit de piété et de foi: elles simplifient l’activité spirituelle en la réduisant à un seul sentiment, ‘lequel par suite prend beaucoup plus de force en tant que sentiment.

sur la volonté, mais sur la sensibilité émotive de chacun. Elle fait pénétrer la piété dans la vie intime, surtout dans la vie affective. Si elle peut de là rayonner au point de tout ramener à elle, elle ne modifie pas la structure de cette âme en ce qu'elle 2 d’essentiel: elle n’en modifie que la forme de sensibilité. Seulement cette modification peut servir aussi bien à une nature vulgaire qu’à une nature très élevée: dans un cas comme dans l'autre elle fortifie chacun en ce qu’il est. en transformant la piété reçue en piété aimée. Elle peut donc être et elle est en réalité très souvent la condition première et le commencement d'une piété aimante ou voulante, en un mot de la piété intérieure. C'est par elle que l’on passe de la piété ecclésiastique à une piété plus personnelle.

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Une autre dévotion s’est ajoutée assez récemment à la dévotion envers la Vierge: celle du Sacré-Coeur. On sait qu'elle date du dix-septième siècle et est d'inspiration plutôt mystique qu’ascétique 2), Elle fut même une réaction contre l’ascétisme à tendances jansénistes 31), fait surtout de sévérité morale et religieuse, et elle eut pour rôle et pour effet de mettre en relief une piété à la fois sentimentale, la piété de l'amour, et dogmatique, celle de la Rédemption #1). On ne cessait de souligner la faiblesse humaine ; mais au lieu de la condamner comme

29) Propagée par le P. Eudes et le P. de la Colombière et favorisée par les visions de Marguerite-Marie Alacoque. 30) Elle fut aussi, sinon dans son origine, au moins dans son

développement, uñe réaction sentimentale contre Pincrédulité raisonneuse.

31) Notons ici pour mémoire la dévotion au « Chemin de la

Croix » qui dérive directement des anciennes coutumes dé pèlerinage et qui fut le principe plutôt que l’effet des traditions relatives à la Passion. <«< On n’a aucune garantie suffisante de l’épisode de Véronique, aucune de la rencontre avec la sainte Vierge, aucune de l’existence des trois chutes; de plus l’ordre dans lequel on range ces divers incidents ne se rattache même pas aux traditions médiévales admises à Jérusalem, mais bien à une oeuvre de pure imagination, de date relativement récente et qui vit d’abord le jour en Flandre >» (THURSTON, Etude historique sur le chemin de la Croix, p. 208), ce qui prouve RARE les dévotions ont créé leur objet plus qu’elles n’ont été créées par lui.

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