L'EXPÉRIENCE RELIGIEUSE
a que l’on juge des expériences que l’on fait — le résultat d’après lequel on juge est lui-même d'ordre religieux, parce que c’est la valeur religieuse des croyances que l’on examine. En d’autres termes, on ne cherche pas à voir si elles sont vraies ou fausses en elles-mêmes, mais si elles le sont par rapport au besoin religieux, si elles lui donnent ou non satisfaction. On s’est d’avance placé sur ce terrain et la question a été posée en termes de sentiments religieux. Sa réussite ne prouve pas la vérité d’une idée, mais sa religiosité. Or il ne s’agit pas de cela
Il s’agit au contraire de prendre cette expérience en tant que phénomène, non pour y découvrir la valeur des idées mises à l'essai, mais pour examiner la nature de l’essai lui-même et voir ce par quoi les idées ont assez de consistance pour réussir; il s’agit encore de faire la critique, non pas des idées pensées, mais de la pensée de ces idées, pour juger s’il y a dans cette pensée telles ou telles conditions qui lui assurent une valeur de réalité. On pourra ensuite conclure sur la nature des idées et la place à leur donner dans la pensée proprement philosophique. Au lieu de transposer purement et simplement les croyances ainsi expérimentées du domaine de la religion dans celui de la philosophie, comme l'on ferait de récits anciens que l’on transplanterait sans la moindre critique dans des travaux modernes d'histoire, il faut voir si ces idées ont quelque droit à figurer parmi l’ensemble des idées humaines, à quelle place il convient de les ranger et quel rôle il faut leur assigner.
Bref, il ne s’agit pas d'étudier les idées, croyances ou représentations de l’âme pieuse par rapport à ce qu’elles signifient, mais en tant que faits ou réalités spirituelles, capables d’avoir une signification.