L'ESSENTIEL DE CETTE INFORMATION
objet de telle sorte que la forme synthétique de l’activité pieuse devient en corrélation directe avec lui.
Si donc nous ne devons nous attacher ni aux représentations théoriques ni aux conceptions intellectuelles que les âmes pieuses nous présentent de ce qu’elles aiment, si nous devons d'autre part ne pas nous contenter de l’expression de leurs sentiments, nous devons par contre chercher dans ces représentations ce par quoi elles sont objet de sentiment et contribuent à la nature originale et formelle de ce sentiment.
De cette manière, mais de cette manière seulement, nous nous tiendrons à égale distance et du psychologisme, qui ne voit dans l’activité pieuse qu’un jeu plus ou moins vide de l’affectivité, et du théologisme, qui passe directement de la représentation à la chose représentée et confond ainsi la valeur ontologique de ces représentations avec leur valeur phénoménologique, non sans s’exposer à cette pétition de principe par laquelle on prend le surnaturel pour une donnée de fait, sous prétexte qu’il est affirmé par le témoignage des âmes pieuses, alors que les autres n’y voient qu’un épiphénomène totalement illusoire. C’est d’une part le Charybde d’une métaphysique que l’on prend pour une définition du réel et d’autre part le Scylla d’une psychologie, dont on ne voit pas qu’elle est en réalité une métaphysique qui s’ignore, la plus dangereuse de toutes.
Mais il nous faut serrer la question encore de plus près. Comment s’y prendre pour saisir cet objet de la piété en ce qu’il a d’essentiellement pieux?
Tout fait de conscience est une construction déterminée, constituée par l’agencement ou la traduction en termes de conscience de ce avec quoi elle a été mise en rapport. De même que si l’on verse de l’eau dans un vase, celle-ci prend la forme de celui-là, de même tout ce qui remplit la conscience prend un aspect particulier qui lui est donné par elle. Ou, si l’on préfère une comparaison qui cloche un peu moins, de même qu’en faisant passer une pensée d’une langue dans une autre, il faut d’adapter à de nouvelies manières de s'exprimer, de
il s'établit une relation sui generis d'un objet à un sujet et réciproquement: il faut donc, puisqu'il s’agit d’un rapport, porter toute l'attention sur la forme spéciale de cette relation entre les deux termes plutôt que sur les termes eux-mêmes.
Mais comment définir cette forme?
On sait comment s'est posé le problème de la logique du sentiment. Depuis Pascal qui nous a vanté les raisons du coeur, en passant par le romantisme, qui 4 basé sur la passion une véritable mystique, jusqu’au pragmatisme qui subordonne la vérité à l'utilité ou à l’action, on s’est demandé si le sentiment ne pourrait pas être, pour la conquête de la vérité, un instrument meilleur que la froide intelligence. Les réactions du reste n'ont pas manqué, puisque l’on a parlé d’impérialisme mystique, de « bovarysme intellectuel » ou même de « trahison des clercs » à propos de ce primat du sentiment.
Mais la question ne se pose pas en termes si simplistes. Il ne s’agit pas du primat du sentiment ou de l'intelligence pris comme moyens de connaître et jugés au point de vue de la vérité des résultats obtenus: il s’agit pour nous de l’affectivité en tant qu’action et étudiée en elle-même, pour voir si, sur un terrain qui lui serait réservé, elle ne pourrait pas accomplir une oeuvre spirituelle particulière. Et alors par quelle méthode peut-on et doit-on essayer de la comprendre?
Nous venons de dire que l’affectivité religieuse consistait surtout en une relation sui generis de l’activité du sujet à l'égard de son objet et que cette relation était d’une tout autre nature
qu’un simple rapport de cause à effet.
nent l’objet en tant que vu par la religion pour un objet de science ; les autres, parce qu’il est objet de religion, le donnent comme inexistant, Mais ni les uns ni les autres n’ont une attitude scientifique, puisque tantôt ils prennent pour de la science ce qui n’en est pas. tantôt ils mettent hors de Ja science ce qui pourrait en être. Il suffit de voir dans le fait religieux une relation. entre deux termes pour y trouver cela justement qui peut et doit être étudié scientifiquement: la qualité ou la forme de cette relation.