‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 81 sur 165 · LES REMÉDES · texte numérisé non relu

LES REMÉDES

de quelque chose qui manque, et par la maîtrise qu’il s’assure sur les autres désirs, pour devenir réellement efficace.

L'autre moyen, c’est l'effort ou la mortification: il faut détruire petit à petit l'attachement aux satisfactions personnelles et fortifier les tendances vers les valeurs de la piété. Remarquons qu’il ne s’agit pas seulement de l'effort contre telle tendance mauvaise ou contraire à la piété1?). Evidemment il est de toute nécessité ; mais il ne suffit pas. Pour qu’une âme tiède devienne vraiment pieuse et le devienne vite, il lui faut l'effort pour l'effort, la mortification pour la mortification, peiner pour peiner ). Bien entendu, elle doit le faire avec une certaine discrétion et il est tout à fait contre-indiqué de faire des efforts qui pourraient nuire à la vie morale. Mais cette restriction posée, plus une âme s’impose de « sacrifices », plus vite et mieux elle restaure en elle l’amour nécessaire à la piété!)

La raison en est du reste facile à comprendre: cet effort pour l'effort a pour objet et pour résultat le détachement à l'égard du plaisir en tant que plaisir. Ce n’est pas seulement d’une chose que l’on se prive, c’est de la jouissance dont elle est l’occasion ; et ce qui est mortifié, ce n’est pas le désir de cette chose, mais le désir d’en jouir. On détruit ainsi la base affective vers le plaisir et on la remplace par une affection contraire, émotive ou non. L'unité se rétablit, non seulement entre les jugements personnels, mais entre ces jugements et les tendances.

D'ailleurs les signes qui manifestent le progrès de la piété sont tous des indices de cette plus grande unité:

19) On recommande, il est vrai, de spécialiser l'effort (Pr. pr. I, p..125), mais c’est bien plus pour le rendre efficace en tant qu’effort que pour détruire telle tendance particulière, Ce résultat est du reste obtenu par le fait même.

20) Evidemment les efforts les plus recommandés consistent dans l’accomplissement des divers exercices de piété que nous aurons à examiner. Nous n’y insistons donc pas pour le moment,

21) C’est pourquoi la générosité avec laquelle on fait de petits efforts est beaucoup plus efficace que le fait d'accomplir des efforts même très pénibles. De même il est excellent d’ « offrir » tout ce que l’on fait, même ce qu’il y a de plus insignifiant, parce qu’ainsi, on forme et dirige les tendances qui en résultent dams le sens de la piété.

22) Cf. Pr. pr. I, p. 182, 256.

1) la plus grande rareté des fautes, c’est-à-dire des actes contraires aux tendances pieuses, celles-ci étant plus fortes et réussissant plus facilement à réduire les tendances contraires.

b) un plus vif regret de ces fautes, par suite de la contrariété davantage sentie des tendances renaissantes.

c) un désir plus senti d’être meilleur, à mesure que les tendances vers la piété deviennent plus exclusives et par suite plus facilement conscientes de leur réalisation incomplète.

d) une plus grande facilité de l'effort par suite de la diminution des tendances contraires.

e) enfin — et ceci n’est pas le moins intéressant pour nous — des pensées pieuses plus fréquentes, parce que la pensée dépendant de l’état affectif suit l'impulsion qui lui est donnée et ramène dans l’esprit, suivant la loi de l'intérêt, les images et souvenirs relatifs à cette impulsion et capables de la favoriser.

Il résulte de ces analyses que la tiédeur est en somme constituée par la divergence entre l’objet de la piété, tel qu’il est présenté par le milieu social au croyant, et l’état subjectif réel de ce croyant. Nous avons dit dans l’autre partie que les croyances ou idées présentées à l’occasion des pratiques pieuses servaient de thèmes de cristallisation. Dans la tièdeur, ces thèmes restent inertes et la vie morale et intérieure se constitue en dehors d’eux et sans eux. Mais s’ils n’agissent pas sur l’activité, ils agissent cependant sur la conscience, puisqu'elle est orientée vers eux. La tiédeur est essentiellement une illusion que l’on se fait dans la conscience sur ce que l’on est en réalité. Le problème est précisément posé par cette divergence entre les idées de piété et les sentiments réels. Comment cela peut-il se faire?

Quelque chose d’'analogue se produit dans la vie intellectuelle. Il arrive que des élèves réussissent assez bien à apprendre des phrases ou des idées toutes faites, à redire plus ou moins correctement ce que leurs professeurs ou leurs livres leur ont enseigné, mais sans qu’il y ait chez eux pensée proprement dite; et il est facile de se rendre compte, pour qui les examine, que |

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