Nulle part le recueillement ne peut mieux être étudié que
là où il est pratiqué avec le plus d'intensité, à savoir dans les retraites 2). Le rôle en est d’ailleurs considérable dans la vie
1) Cf. SEGOND, p. 69-85. Na
2). Cette pratique, comme la plupart des exercices de piété, est de date récente et ne remonte pas plus haut que Saint-Ignace et ses Exercices spirituels. Mais elle a été mise en honneur surtout par François de Sales et Vincent de Paul. Cf. SAUDREAU, Manuel, p. 285; GUIBERT, Piété, p. 366-367.
de piété et c’est pourquoi on les multiplie le plus possible, d’abord et surtout pour ceux qui font profession de vie pieuse, aussi pour ceux qui veulent ou à qui l’on veut donner des sentiments plus forts et plus efficaces.
Il y en a de deux sortes, celles qui se font à l’occasion d’une circonstance spéciale et importante de la vie chrétienne, première communion, entrée en religion, ordination, etc., et celles qui sont un simple moyen de se retremper. Mais le recueillement y est pareillement nécessaire et réalisé de la même façon. On peut distinguer encore les retraites collectives3) et les retraites privées; mais la différence n’en est guère que dans le fait des exercices pratiqués d’une part en commun et de l’autre en particulier: de toutes façons il y a réglementation des journées et installation dans un milieu favorable. |
Ainsi la retraite a pour première condition un changement de milieu. Cela est vrai même pour le religieux, puisque, si pour ses retraites il ne change pas de domicile, il interrompt cependant sa vie ordinaire‘), se sépare de ceux qui ne suivent pas la retraite et s’unit plus étroitement à ceux qui la font: il se met donc dans une autre atmosphère. A plus forte raison le prêtre séculier qui quitte sa paroisse pour passer les jours de retraite au séminaire, le laïque qui va dans quelque couvent. Il est évident que l’état affectif ne peut pas ne pas en être plus ou moins modifié. ;
En quoi consiste plus précisément le changement? Si jamais l’on a assisté à une de ces retraites, même à titre de simple témoin, on aura eu limpression d’être dans un monde tout nouveau, comme si l’on passait brusquement de l’agitation d’une rue de ville dans le calme de la campagne, ou de la suractivité fiévreuse d’une usine ou d’une maison de commerce dans la salle de quelque bibliothèque. Encore celle-ci ne donne que très
3) Huysmaxs dans En route, p. 234 et sqq., raconte très exactement comment se font les retraites chez les Trappistes: un règlement est proposé, assez minutieux, bien qu’on laisse quelque initiative au retraitant (cf. p. 237). Toutefois on le surveïlle très discrètement (Cf: P. 275). Il est du reste toujours fortement recommandé de se faire
un règlement, quelle que soit la façon dont on fait sa retraite, Cf. GRou, Maximes, p. 205
4) Un religieux en retraite ne reçoit ni correspondances, ni visites. Cf. GUIBERT, Piété, p. 376.