‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 87 sur 165 · DIRECTION DES INTENTIONS · texte numérisé non relu

DIRECTION DES INTENTIONS

4. Au point de vue proprement psychologique, nous devons remarquer en lui divers aspects.

À. D'abord tout ce qui est étranger à l’objet de l'attention à laquelle on se livre doit être écarté. C’est même en cela seulement que consiste l'effort demandé, plus ou moins difficile suivant l'habitude plus ou moins grande de chacun.

Par là le recueillement ne diffère pas, au premier abord, de l'attention ordinaire. Seulement il faut remarquer qu'il s’agit . Surtout d’écarter des sentiments, ce qui est facilité par le silence extérieur et le retranchement de la vie courante, comme nous l'avons vu, et ce qui serait pour ainsi dire impossible si l’on était en proie à quelque violente passion. On dit alors que l'âme est aveuglée, que le coeur est sourd à la voix de la grâce, toutes choses qui correspondent à une réalité psychologique. Par suite l’inhibition du recueillement présente ce caractère très spécial qu’elle ne refoule pas, mais qu’elle laisse s’assoupir les tendances et les sentiments, ne refoulant que les idées qui leur sont relatives. Cette inhibition est moins le fait du retraitant 2?) que celui du milieu extérieur dans lequel il s’est mis. Il y a en lui plus de calme que d’effort proprement dit.

B. Seulement à ce côté négatif s'ajoute un exercice positif, la direction des intentions.

‘ Il est très recommandé d'offrir à Dieu toutes ses actions, même les plus ordinaires, et cela d’abord par une pensée générale au début de la journée, pensée qui reste implicitement attachée à ce que l’on fait et lui donne une valeur « surnaturelle » #), tant qu’elle n’a pas été formellement ou implicitement révoquée 2) par une pensée ou un acte contraire. Mais, ajoute-

22) Bien plus, il faut que le retraitant, dans les efforts qu’il fait, ait le moins possible conscience de faire des efforts: l’activité vise uniquement à se rendre passif. Nous en verrons de mieux en mieux la raison et le résultat à mesure que nous avancerons. |

23) « Chacune de nos actions est une hostie, un encens, un cantique, un sacrifice, pourvu que nous voulions qu’il en soit ainsi. » FaBer. Lire en particulier dans son Tout pour Jésus, le chapitre intitulé Richesses de notre pauvreté.

24) Il est vrai qu’on recommande fréquemment de renouveler cette intention par la pratique des « oraisons jaculatoires », qui consiste à prononcer le plus souvent possible au cours de la journée de très

t-on, cette condition, suffisante pour « surnaturaliser » les journées, est absolument nécessaire: sans elle, les efforts, même les plus pénibles, même les plus méritoires, ne compteraient pour rien.

Ainsi l'attention n’est pas seulement limitée: elle est dirigée, non pas tant sur ce que l’on fait que sur l'intention avec laquelle on le fait. Or, il est important de remarquer que cet exercice est une offrande, non un motif. Il crée donc dans l'âme une certaine disposition générale à éliminer les pensées étrangères, plus encore à préparer des désirs et aspirations, surtout à faire transformer les intentions voulues, telles qu’elles sont indiquées du dehors par les directeurs de la retraite, en des intentions proprement voulantes.

En effet, par cette pratique:

a) Tout se trouve orienté vers la piété et par conséquent vers l’idée de Dieu. Il y a désir adopté et renouvelé qui forme une volonté de plus en plus consciente de son objet. Même l'affirmation, assez choquante au premier abord, que, faute de cette direction de l'intention, les actes même les plus difficiles sont sans valeur, correspond à une réalité psychologique : comme ce sont des actes sans intention pieuse, il leur manque cette destination fondamentale par laquelle l’activité générale est utilisée pour le développement de la piété.

b) cette orientation peut d’abord être purement artificielle. 11 semble tout à fait illusoire de décider une fois pour toutes que les actes seront dirigés dans un sens et de n’y plus penser. Ï1 arrive du reste qu’une telle pratique s’accompagne d'illusions, que les auteurs spirituels ne cessent de dénoncer; et c’est pourquoi ils recommandent de la renouveler le plus souvent possible. Mais il faut surtout remarquer qu’il s’agit d’une intention affective: il suffit donc qu’elle soit virtuelle pour qu’il y ait réellement tendance.

c) remarquons enfin que cette virtualité est psychologiquement une réalité : elle est une disposition qui se juxtapose d’abord aux dispositions affectives antérieurement établies, et

courtes formules de prières. « Aspirès donq bien souvent en Dieu, Philothée, par des courts, mais ardens eslancements de vostre coeur ». François de Saies, Introd., II, ch. 13,

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