‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 96 sur 165 · LES CONFESSIONS DE PIÉTÉ · texte numérisé non relu

LES CONFESSIONS DE PIÉTÉ

émotion sensible ou sans que la pensée d’un péché provoque une répulsion fortement sentie. Il suffit qu’il y ait réellement tendance, assez pour que, devant l'occasion, la réaction soit plus effective qu’affective. Qui plus est: il n’est pas sans danger de vouloir exercer cette horreur du péché 9) : l’imagination alors entrerait en jeu et pourrait, par ses propres virtualités, aboutir au résultat contraire.

La base affective de cette contre-valeur qu'est le péché est donc une détestation de la volonté, détestation qui, par le fait qu'elle est une virtualité et non une émotion sentie, doit se définir comme une contre-tendance plutôt que comme une tendance. Seulement cette contre-tendance doit être combattue, non directement, mais plutôt par remplacement: on ne déteste le péché que si l’on aime le contraire.

De là l'opposition constante mise par les auteurs spirituels entre la chair et l’esprit, la nature et la grâce, opposition sur laquelle nous aurons à revenir.

Par quels moyens arrive-t-on à ce détachement?

I. — Nous avons parlé plus haut de la confession telle que la pratiquaient les croyants ordinaires. Les âmes pieuses la comprennent autrement 10). I] s’agit sans doute pour elles de voir les fautes et les imperfections qu’elles ont pu commettre, mais il s’agit surtout de se rendre compte de leurs dispositions 11):

3) Le P. de LoMBEz, dans son Traité de la paix intérieure recommande de ne pas multiplier les réflexions pour s’exciter à la contrition, laquelle consiste simplement dans une disposition soutenue de préférence pour Dieu. Cf. IV, ch. 2, 1.

10) Notons en passant que la coutume de la confession fréquente a été établie dans l'Eglise surtout par l’action des Jésuites: elle est en quelque sorte la transposition dans la vie laïque de la pratique monastique de la coulpe. Cf. VINCENT, Fr. de S., p. 375.

11) Théologiquement il n’est pas nécessaire qu’une confession soit complète en ce qui concerne les péchés véniels: même si on ne les accuse pas tous, ils n’en sont pas moins absous. C’est donc moins les fautes qu’il s’agit d’accuser que la plus ou moins grande tendance à en commettre et surtout le plus où moins de malice des fautes accusées. Aussi doit-on porter son attention sur celles auxquelles on est particulièrement enclin et faire à leur sujet un examen aussi précis que possible, pour que le sentiment de contrition soit accroché à une image concrète et ne reste pas une vague impression générale. Cf. TANQUEREY, p. 180-181.

leur examen de conscience est moins un examen de moralité qu’un examen de piété 12).

Cet examen doit surtout être humiliant ©); on ne cesse d’insister sur cette recommandation: il faut rechercher ce qui coûte le plus à avouer pour l'avouer 14).

Ainsi l’âme constate son peu de valeur et apprend : à se mésestimer réellement, sans détour subtil d’orgueil. Elle se rend compte de la contre-valeur qu’est le péché par la honte qu'il provoque en elle, par la souffrance dont il est la cause. Son jugement de valeur devient plus affectif, portant non sur le péché en général, mais sur son péché à elle. On peut même dire qu’elle se fait péché, pour que s'ajoute à la base affective de cette contre-valeur une autre contre-affectivité qui s'attache à elle-même 1).

De plus, par suite de l’effort pénible qu’on s'impose ainsi, on augmente le désir de ce dont on constate douloureusement l’absence 16) : on compare ce que l’on est avec ce que l’on vou-

12) « Commencez par vous rappeler le genre de péché que. vous vous êtes spécialement proposé d’éviter. Ce conseil est d’une importance capitale... Voyez ensuite, mais d’un coup d’oeil assez rapide, si vous avez commis quelques fautes volontaires plus sérieuses. Deux ou trois fautes bien vues, dans leurs motifs et dans leurs causes assurent à la confession ses meilleurs résultats » (Pr. pr., II, 18-19). « Le résultat de cette recherche doit être, non pas l'impression : générale, vague d’un état défectueux, mais la vue précise de sa cause. On reconnaît à un certain tressaillement intérieur qu’on a mis le doigt sur la plaie » (Zbid., 24).

13) « Allez au vif; cherchez le trait pervers qui se dissimule; soulignez telle petite circonstance misérable, telle intention qui fait rougir… Gardez-vous bien de noyer l'accusation humiliante sous une foule d’accusations anodines, de l’agrémenter d’expressions habiles, de la faire oublier dans l’expression vive d’un humble regret qui vous relève. » D’autre part « évitez de vous dire coupable quand vous ne l’êtes pas et de vous donner pire que vous n’êtes » (Pr., pr., I, p. 93, 118. Cf. t. IL, p. 56). La dernière recommandation s'explique par ceci qu alors il y aurait humiliation feinte plutôt qu'humiliation réelle et qu’on aurait au fond de soi la fierté de s'être ainsi rabaissé injustement.

14) C’est du reste, pour le noter en passant, ce qui met une ‘différence capitale entre « parler de ses fredaines, voire même... à un prêtre » et « raconter la même chose, à genoux, en s’accusant ». HuysMans, En route, p. 179.

15) C’est ainsi que « même les péchés... sont réduits par la divine Providence au bien de ceux qui sont à lui (Dieu) ». Fr. S. Lettres, page 272. Cf. VINCENT, Fr. S., p. 127.

16) « Mon idéal, c’était mon histoire possible, écrite par la bonté de Dieu. C'était ma personnalité prenant de perpétuels accroisse-

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