‹ Pensée constructive et réalités spirituelles: Essai de psychologie formelle à propos de l'ascétisme religieuxChapitre 97 sur 165 · LA CONTRITION · texte numérisé non relu

LA CONTRITION

drait être et l'on en aime davantage l'idéal auquel on est attaché 7). Les règles d’après lesquelles on se juge deviennent des tendances irréalisées, qui augmentent leur besoin de se réaliser. L'examen de conscience est déjà une contrition: on voit ce que l'on n’est pas surtout en regrettant de ne pas l'être.

II. — Le rôle de la contrition après cela est facile à comprendre, de même que la contrition est facile à réaliser, lorsque l'examen a été bien fait. Le péché étant une contre-valeur dont on a constaté la présence en soi, il ne reste plus qu’à affermir la contre-tendance. Seulement, alors qu’il n’est pas nécessaire que l'examen soit complet, il faut que la contrition soit, sinon parfaite dans ses motifs, au moins totale dans son extension et complètement réalisée. En effet, l'important dans nos jugements de valeur relatifs à la piété est la base affective, non ce qui en fait l’objet; par suite, s’il n’est pas nécessaire de connaître tous nos péchés, il l’est absolument de les détester vraiment et de les détester tous.

Il est vrai, nous l’avons déjà vu, que cette contrition n’est pas nécessairement émotionnelle. Au contraire, on conseille vivement de ne pas comparer le regret des fautes avec l'émotion que provoquerait un malheur quelconque: la contrition est uniquement d'ordre inclinatif. De même le ferme-propos: un désir ému ne suffirait pas. Il faut une volonté qui se constate par le fait de prendre les moyens nécessaires, mais qui peut être réelle, même si l’on prévoit des rechutes.et si elles se produisent réellement: du moment qu’il y a eu commencement d’action, les tendances de l’âme ont pris une direction contraire au désir du péché et c’est l’essentiel.

Seulement, pour préciser cé commencement de volonté, on

ments et ma destinée s’embellissant de jour en jour. Je vois Dieu travaillant sans cesse à le (cet idéal) refaire, et je me vois travaillant, hélas! avec non moins de persévérance à le défaire >» Formation, page 121. Remarquer comment ici on met tout le mal du côté de soi, tout le bien du côté de Dieu et comment on oppose au moi réel dont on est l’auteur, un moi idéal dont c’est Dieu qui est le principe.

17) Saint François de Sales recommande la confession fréquente, non seulement « pour qu’on se connaisse, mais surtout pour rafraîchir ses bons propos » VINCENT, Fr. S., p. 395.

se sert des motifs les plus précis possible 18), précision du reste plus affective 1%) qu’intellectuelle: à chacun de choisir les pensées capables de faire sur lui la plus grande impression pour soutenir la résolution en même temps que celle-ci se précise: ainsi l’on veut davantage et l’on sait mieux ce que l’on veut. Enfin il y a deux sortes de contritions: parfaite ou imparfaite, suivant que c’est l’amour de Dieu ou l’horreur du péché et la crainte de ses conséquences qui l’inspirent. Si dans ce dernier cas il y a imperfection de la contrition, c’est que les tendances restent tournées vers un but personnel: on veut simplement éviter le mal le plus grand. Dans la contrition parfaite au contraire, l’amour de soi est remplacé par l’amour de Dieu pour lui-même. Il y a donc une désorientation des tendances, par laquelle, non seulement leur objet, mais leur direction est modifiée: de centripètes, elles deviennent centrifuges.

III. — Ici intervient l’acte sacramentel de la pénitence, dont il nous faut analyser les répercussions psychologiques.

L’aveu contribue d’abord puissamment à fortifier le transfert dont nous parlons ci-dessus en le socialisant, si l’on peut dire. D'où vient en effet que, s’il s’agit d’une faute grave dont on porte en soi un remords douloureux, l’aveu sacramentel “procure toujours un soulagement, comme s’il était à lui seul “un commencement de réparation ou une destruction de la faute commise? Par le fait d’avoir violé un précepte quelconque, surtout un précepte grave, on s’est mis en opposition avec sa ‘conscience morale, donc avec le milieu social dans lequel on vit et cette opposition est d’autant plus pénible que l’on est davantage attaché à ce milieu: c’est l'élément fondamental de la honte. Or, par l’aveu fait à quelqu’un qui représente ce milieu et l’autorité qu’il a sur nous, on se remet d’accord avec lui. Toutes

18) Pr, pr., p. 25-36. Voici quelques-uns de ces motifs: l’état mauvais et dangereux dans lequel on se trouve, l’inconscience du danger qui le rend plus redoutable, l’oubli de Dieu, le malaise moral qui en résulte (et que la méditation a pour but d’augmenter), la miséricorde de Dieu méprisée, les responsabilités encourues, l’espoir et la beauté du relèvement, etc., etc.

19) Il est très recommandé en particulier de se rappeler les fautes graves du passé pour soutenir, par un souvenir émotionnel, les tendances de la contrition, (TANQUEREY, p. 183).

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