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DE LA BEAUTE EN AMOUR

Raser l'eau est bien l'expression qui s'applique à la manière dont vole un martinpêcheur. Il pousse un cri plaintif, file, étincelle à tel point que l'on ne voit que lui sur la large rivière où il laisse un reflet de n^cre verte et fluide semblable à du bonheur enfui.

A la nidification, il se pare de ses lueurs les plus précieuses. Il semble accomplir un devoir en étant beau. Et c'est la beauté selon Dieu, humble et naïve, qui le fait alors se vêtir comme une plante de sa fleur. C'est

ainsi que la petite paysanne met ses sabots les plus vernis, son mouchoir de tête le plus violemment colorié, à l'époque où elle se sent envahie confusément par l'amour. Elle achète un peu d'odeur. Elle oint ses cheveux de pommade à la rose. Et, comme le martin-pêcheur ressemble au g"ave qu'il hante, la fiancée villageoise ressemble au jardin de sa métairie. Tout me touche qui a trait au sincère amour qui n'aspire qu'à faire valoir le milieu où il vit. J'ai rencontré des couples dont la beauté eût échappé à beaucoup : ces nouveaux mariés qui ne passent guère qu'une fois devant l'océan ou la montagne, parce que le dur labeur du bureau doit reprendre demain.

Ils ne posent pas. Ils sont dans la grave et naïve attente de l'avenir. Ils ont la touchante inquiétude de ce martin-pêcheur qui, au-dessus du torrent, emportait dans son

bec je ne sais quel débris. Ils ont le charme de l'arbre qui va peindre ses fruits. Ceuxlà, je les avais rencontrés dans le tramway qui va de Pierrefitte à Cauterets. Il avaient l'air endimanchés, mais seulement par respect pour la vie, pour se faire honneur à eux-mêmes, proprement, comme doit luire leur lampe parcimonieuse.

Mais si, d'autre part, l'amour raffiné me touche profondément, si je ne peux song'er sans émotion à ceux dont Torg'ueil natif ne cède qu'aux caresses précieusement voilées, mais y cède sincèrement, je ne saurais pardonner à l'amour des médiocres.

Pour le philosophe, il m'amuse de Têtre en cet instant, pour celui qui contemple les créatures avec une âme égale, cet oiseau de braise verte, cette petite fermière vêtue avec un délicieux mauvais goût, cette petite femme d'employé dont la chemise un peu

rude — mais si honnête, — ne veut pas être déchirée, cette jeune fille dont le corps semble tissé de la soie où elle succombe, sont d'une beauté équivalente. Ces créatures n'ont point méprisé le nid natal et, d'un fétu de roseau pris à la berg-e, d'une laine arrachée à l'agneau de l'ctable, d'un fil de lin coupé au fuseau de l'aïeule, d'une soie arrachée au métier délicat, chacune a fait valoir Famour de son milieu.

J'appelle médiocres : ceux qui se masquent hors le carnaval et qui ne se déplacent pas sincèrement. Et je définis se masquer : vêtir une chose qui ne vous aille point : et j'appelle se déplacer sans sincérité : se contraindre.

On song-e combien l'on s'éloig-ne de la nuit d'amour du martin-pêcheur, de celle de l'humble femme d'employé, de celle de la paysanne et de celle de la raffinée sincère^

lorsque l'on évoque la mascarade et le déplacement de nouveaux époux enrichis. Que penser de cette parvenue qui se fait dépouiller par une chambrière d'un chapeau et d'une robe qui eussent convenu à quelque moderne Castiglione et qui, au souvenir d'un Moscovite qu'elle vit chez des hobereaux, tend sa main errasse et rouge aux baisers de son mari qui n'avait pas idée d'une chose pareille ?

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MATERNITE

Toutes les bêtes pleines, les chiennes, les chattes, les ânesses, etc., ont un air important. On dirait qu'elles se savent dépositaires d'un trésor.

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