SUR DES PLA.NTES ET DES JEUNES FILLES DÉCLASSÉES
Il est des plantes dont la flore annonce qu'elles hantent les Lieux cultivés. C'est-àdire que, sauvag-es, elles n'aiment que les lieux civilisés : jardins, champs ou vig-nes. De ce nombre sont le coquelicot, le bluet, la barbe-de-capucin, la vipérine, Tanémonepulsatille, la bourse-à-pasteur et ce lamierpourpre dont je reparlerai tout à l'heure.
Lorsque lejardinier fait poudroyer la fraîcheur diaprée de l'eau sur les plates-bandes, lorsqu'il arrose les laitues et les roses, il ne prête aucune intention, si ce n'est parfois
pour les arracher, à ces champêtres amies des jardins. Cependant, elles reçoivent quelques g-outtes éparsesdu beau cristal dont on baig'ne leurs sœurs cultivées. Alors, elles profitent doucement de cette aubaine.
Ces modestes fleurs qui recherchent le luxe sont comparables à ces jeunes filles nées pauvres et qui, elles aussi, ne souhaitent pas mieux que de vivre parmi des femmes élégantes, sur le sable joyeux des villas, dans l'épanouissement des azalées, en face de la lig-ne épaisse delà mer. Ce n'est point vanité chez elles, mais délicatesse. Comme à ces fleurs dont je parle, toutes les eaux, toutes les nourritures ne leur conviennent pas. Hélas I toutes les amours non plus. . , Pauvres plantes déclassées . auxquelles on ne prête aucune attention, si ce n'est parfois pour les froisser ou leur arracher le cœur !
Ce sont des institutrices de bonne maison