SUR UN BAPTÊME
masquée, ou non, par les côtes et les feuillages.
Le Feu qui est le phare qui, rouge et blanc, tour à tour, tourne.
Le Feu qui est la braise précieuse qui, à minuit, protège le sommeil du chat, la braise dans le noir du foyer alors que, dans la large cuisine paysanne, l'on entend que le silence dans le parfum du pain et de l'ail et dans le frisson de la pauvreté de Dieu.
Le Feu qui est la veilleuse à l'heure où les enfants écoutent si le malade n'apasfiini de respirer, et la veilleuse qui, à sept heures, dans la cathédrale retentissante, apaise l'angoisse prosternée et fait luire le lutrin.
Le Feu qui est le point rouge de la pipe
lyO PENSEE DES JARDINS
du pilote alors que le bruit creux de la mer s'amincit en lèvre sur la lèvre du sable.
Le Feu qui est la lampe qui éclaire le papier où le négociant constate sa ruine.
L'angle de l'ombre chaniçe de place comme une aile aiguë. Il était sur la chapelle de la Vierge et, maintenant, il est sur la dalle.
La laine brûle encore dans le presbytère.
La Laine que les brebis auront laissée à l'aurore sur les épines roses.
La Laine qui est la neige du Seigneur .
La Laine qui surmonte le sceptre de roseau des fileuses décrépites, lorsque le soir rend plus nettes les cornes des toits touffus de vignes.
SUR UX BAPTEME 17 I
La Laine que le poète place dans le bec des moineaux afin que, dans le nid, leurs petits serrés comme des pépins dans un pomme aient chaud.
La Laine que travaillent sous la lampe les amies des bonnes œuvres.
El le prêtre met le sel sur les lèvres de l'enfaat.
Le Sel, symbole de sag-esse.
Le Sel qui g'ît invisible au milieu de l'Océan.
Le Sel, témoin des eaux universelles, qui a vu Dieu dans la nuée épaisse comme du charbon, séparer le jour de la nuit et la terre de la mer.
17^ PENSliE DKS JARDINS
Le Sel qui a touché des bêtes extraordinaires qui passent comme [des nappes de lueur à la surface des ilôts ou qui, en vibration au milieu d'eux, ont des têtes de chevaux d'échecs et des ventres de Bouddha.
Le Sel qui, lorsque Tarche eut long-temps ruisselé sur le mont Ararat, la vêtit d'une croûte étincelante comme l'armure d'un archang-e.
Le Sel que le missionnaire à la barbe pointue recherche sous terre, comme une rare g-emme, dans les pays brûlants qu'il catéchise .
Le Sel donné au petit agneau que je veux couronner de laurier bénit.
Ainsi, enfant, c'est pour toi qiie^ pareil à
Sun UN BAPTEME
un vieux marin taillant au couteau une boule dans du buis, Dieu a sculpté le monde dans le vide.