‹ Pensée des jardinsChapitre 48 sur 55 · L ANE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

L ANE DES RAMEAUX

Ne crains point, fille de Sion, voici que ton Roi vient, assis sur le poulain d'une ânesse.

(Sai^t Jkan. Zacharik.)

J'étais avec ma mère à paître l'herbe bleue. Jamais il n'avait fait si doux et si amer. On voyait carrément se découper aux cieux le mont des oliviers plus noir qu'il n'était vert. On nous avait menés dans le pré, avant l'aube. Et l'on voyait pâlir de plus en plus le globe de la lune dans la lumière du soleil.

lyS PENSÉE DES JARDINS

Tout était calme. On n'entendait que les abeilles, la chanson des rochers au courant du ruisseau et notre broutement comme un coup de ciseaux. On avait attaché ma mère, j'étais libre. Elle rêvait debout à l'ombre d'un palmier.

Dans l'azur net et dur passèrent deux ramiers. Et je fus si heureux, en les voyant, de vivre, que, les quatre sabots en l'air, je me roulais.

... Ce fut alors que j'entendis pleurer ma mère. Mais cela n'était point son braiment habituel. C'était de la douleur qui déchirait le ciel. Joyeux, subitement alors, je m'attristai. î

Et cependant la vie doucement continuait :

les criquets gris sautaient sur l'odeur des hysopes ;

ua chat, que surveillait un chien dans l'herbe haute,

se tenait immobile et le poil hérissé.

Les disciples bientôt dans le champ arrivèrent

et, silencieusement, détachèrent ma mère.

Elle, docile et humble, à l'instant les suivit,

comme si elle eût su, l'ànesse aux yeux de nuit,

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