‹ Pensée des jardinsChapitre 49 sur 55 · QUELQUES ANES I · texte numérisé non relu

QUELQUES ANES I

que ce devoir battait dans le cœur des étoiles. Quant à moi, innocent, on mit un petit voile sur mon échine maigre encore pleine de terre. Et, étonné, distrait, charmé, je les suivis.

Nous marchâmes ainsi jusques à Bethphagé.

Sur la petite place on était rassemblé.

Un enfant sifflait dans une flûte de buis.

Des hommes discutaient en comptant surleurs doigts.

L'un d'eux dit : « Annoncez au Maître qu'ils sont là. »

Un jeune homme sortit au seuil noir d'un taudis. Je crus en le voyant qu'il était la lumière, et je fermais les yeux tant je fus étourdi.

11 vint en relevant sa robe sur ses pieds .

Il sourit et il dit : « Laissez la pauvre bête

« s'en aller sans la corde. » Il parlait de ma mère

qui avait son licol encore sur la tête.

Un grand souffle courut. Je pleurais et tremblais.

Qu'allait-il m'arriver? Je ne comprenais pas.

Il y eut un silence. Et Dieu monta sur moi.

iSo PENSÉE DES JARDINS

l'ane battu

L'hiver, quand j'ai delà neige^ daas les oreilles,

je pense que, l'été, j'y aurai des abeilles.

... Trottinant, trottinant, trottinant, trottinant...

Voici que tout à coup j'étouffe, eu avalant

la poussière au pétrole de quelque automobile.

Plus loin, c'est un immense et cheval imbécile.

Ah i Ici, on respire, aux portes de la ville.

Quel est donc ce jardin des mille ;^et une nuits

qui sent le baume de Bagdad, et où je vois

un poète aux bons mots couronné de lilas?

Ah ! s'il pouvait m'offrir un peu d'eau de son puits...

Est-ce un rêve ? Il s'approche avec un seau brillant.

QUELQUES ANES l8l

... Trottinant, trottinant, trottinant, trottinant,..

Oh ! la belle eau ! Il y a des fleurs de cerises.

Je vais m'imaginer que je bois delà brise.

Ce sera le mirage absolu du Bon-Dieu.

. , . Mais mon maître, à deux mains, se saisissant d'un pieu ,

frappe d'un long coup sourd mon échine où suppure

une plaie infinie qui rit et qui s'azure.

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