‹ Pensée des jardinsChapitre 50 sur 55 · L ANE DE SANCHO PANÇA · texte numérisé non relu

L ANE DE SANCHO PANÇA

Je suis l'âne bâté du bon Sancho Pança.

Jamais âne ne fut égayé plus que moi

et par mon maître, et par son maître don Quichotte.

On ne peut pas savoir jusqu'où peuvent aller

deux voyageurs différemment écervelés

dont l'un s'en va nu-pieds et l'autre avec des bottes .

Aucun jour de ma vie je ne sus le matin

où je m'endormirais le soir. Tantôt, le thym

d'une sierra rieuse, éclairée de torrents,

parfume mes sabots de petit paysan ;

tantôt, dans l'écurie de quelque épaisse auberge

où ronfle Maritorne auprès du muletier,

désagréablement je me vois réveillé

i! la!

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par de noirs enchanteurs qui ag^itent des cierges...

Bref, j 'ai gTand'peur,maglré mou bon sens de bourrique

de laisser ma raison à ces deux excentriques.

Aussi mon but est-il de les bientôt quitter,

et de mener une existence équilibrée.

Mon intention est, pour cela, de gagner

une île que Merlin aux ânes a livrée.

Cette île existe. Elle est décrite savamment

dans un romancero de Chevaliers-Errants.

Chose étrange ! Jamais mon maître ni le sien

n'ont semblé attacher d'importance à cette île,

alors qu'ils s'élançaient sur des moulins à vent

et d'assaut,les prenaient, les prenant...pour des villes I

J'irai donc là, quittant la douteuse Chimère,

dans ce pays où sont à jamais prisonniers

ces bourreaux que Sancho appelle des meuniers.

Ils font retentir l'air de rumeurs singulières

à l'heure où l'on leur fait porter des sacs de blé :

Et râne, devenu meunier, écoute braire

ces hommes sur le foin qu'il leur fait avaler

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