‹ Pensées (volume 2)Chapitre 10 sur 306 · Byron, dans Childe Harold (V · texte numérisé non relu

Byron, dans Childe Harold (V

en particulier 4, 93), et Gœthe dans Faust {i" scène) ont aussi exprimé l'impossibilité de saisir un point fixe dans l'étemelle mobilité des choses.

Mais ils n'ont, ni par la beauté des images, ni par la rigueur de la pensée, dépassé cette page que l'on peut considérer comme le sonmiet du lyrisme métaphysique : « L'homme, concluait

plus tard l'auteur de Faust, n'est pas né pour résoudre le problème du monde, mais pour chercher à se rendre compte de l'étendue du problème et se tenir ensuite sur la limite de ce qu'il peut concevoir. »

4. On reconnaît l'original du beau mot de Royer-Collqrd : « Notre science n'est que de Tignorance dérivée de sa source la plus haute. »

5. Le même genre de précision produit un semblable effet de pathétique dans la célèbre Méditation de Bossuet sur la Brièveté de la Vie :

« Ma vie est de quatre-vingts ans tout au plus, prenons-en cent; qu'il y a eu de temps où je n'étais pas ! qu'il y en a où je ne serai point 1 et que j'occupe peu de place dans ce grand abîme des ans 1 »

Dans la vue de ces infinis, tous les finis sont égaux; et je ne vois pas pourquoi asseoir* son imagination plutôt sur un que sur l'autre. La seule comparaison ' que nous faisons de nous au fini nous fait peine ^.

Si l'homme s'étudiait le premier, il verrait combien il est incapable de passer outre. Comment se pourrait-il qu'une partie connût le tout? Mais il aspirera peut-être à connaître au moins les parties, avec lesquelles il a de la proportion. Mais les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l'une avec l'autre, que je crois impossible de connaître l'une sans l'autre et sans le tout. i^/ •--/'•■'/■ '"}

L'homme, par exemple, a rapport à tout ce qu'il connaît. Il a besoin de lieu pour le contenir, de temps pour durer, de mouvement pour vivre, d'éléments pour le composer, de chaleur et d'aliments pour le nourrir, d'air pour respirer. Il voit la lumière, il sent les corps; enfin tout tombe sous son alliance* 3,

Il faut donc, pour connaître l'homme, savoir d'où vient qu'il a besoin d'air pour subsister ; et, pour connaître l'air, savoir par où il a ce rapport à la vie de l'homme, etc. ^

La flamme ne subsiste point sans l'air : donc, pour connaître l'un, il faut connaître l'autre.

Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates ■^, et toutes s'entretenant* par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties^ - ■ .- /> ' ^-::>.'.^', / y

Et ce qui achève notre impuissance à connaître les choses est qu'elles sontsimplesenelles-mêmes, et que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres, d'âme et de corps ; car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle ; et quand on prétendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n'y ayant rien

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