‹ Pensées (volume 2)Chapitre 113 sur 306 · Dieu et notre misère · texte numérisé non relu

Dieu et notre misère

7. Comme l'avait entrepris ce R. de Sebond dont Montaigne a écrit la défense quelque peu suspecte.

8. Page capitale pour l'intelligence de la méthode apologétique de Pascal.

Et. Périer la commente avec insistance : « Il voulait plus travailler à toucher et à disposer le cœur qu'à convaincre et à persuader l'esprit;

6. C'est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s'est servi de la nature pour prouver Dieu ^ Tous tendent aie faire croire. David, Salomon, etc., jamais n'ont dit : Il n'y a point de vide, donc il y a un Dieu 2. Il fallait qu'ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s'en 3 sont tous servis. Cela est très considérable.

7. ...Si c'est une marque de faiblesse de prouver Dieu par la nature, n'en méprisez pas l'Écriture 4 : si c'est une m„anque de force d'avoir connu ces contrariétés, estimez-en l'Écriture.

8. ...Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu'esprit ; et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l'esprit. La coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues ; elle incline l'automate, qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense. Qui a démontré qu'il sera demain jour, et que nous mourrons ? Et qu'y a-t-il de plus cru ? C'est donc la coutume qui nous en persuade ; c'est elle qui fait tant de chrétiens, c'est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. Enfin, il faut avoir recours à elle quand une fois l'esprit a vu ou est la vérité, afin de nous abreuver* et nous teindre* de cette créance, qui nous échappe à toute heure ; car d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaire. Il tant acquérir une créance plus facile, qui est celle de l'habitude, qui, sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement >. Quand on ne croit que par la

parce qu'il savait que les passions et les attachements vicieux qui corrompent le cœur sont les plus grands obstacles que nous r.yons à la foi. »

I. Pascal connaissait assurément tant de beaux traits de l'Écriture qu'on lui a opposés, depuis le verset du Psaume : « Les Cieux racontent la gloire de Dieu » (i8, i), jusqu'au mot de saint Paul: « Les perfections invisibles de Dieu se voient comme à l'œil quand on les considère dans ses ouvrages. » {Rom., i, 20.) Ce qu'il se félicitait de n'y pas trouver, c'étaient

des raisonnements abstraits, des syllogismes en forme.

2. Ainsi raisonne en effet Grotius, célèbre apologiste protestant du xvii" siècle. (De Veritate religionis cbristiana, I, 7.)

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