Cf. XI, 12, a» II
ARTICLE Xn 15^
ils trouvé le remède à nos maux ? Est-ce avoir guéri la présomption de l'homme que de l'avoir mis à l'égal de Dieu '? Ceux qui nous ont égalés aux bêtes -"j et les Mahométans, qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour iout bien, même dans l'éternité, ont-ils apporté le remède a nos concupiscences?
Quelle religion nous enseignera donc à guérir l'orgueil et la concupis'cence ? Quelle religion enfin nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, la cause de ces faiblesses, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d'obtenir ces remèdes ? Toutes les autres religions ne l'ont pu. Voyons ce que fera la Sagesse de Dieu?.
« N'attendez pas, dit-elle-t, ni vérité, ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formés, et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes. Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état où je vous ai formés. J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait; je l'ai rempli de lumière et d'intelligence, je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L'œil de l'homme voyait > alors la majesté de Dieu. Il n'était pas alors dans les ténèbres qui l'aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l'affligent*. Mais il n'a pu soutenir tant de gloire* sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-même, et indépendant de mon secours^. Il s'est
1. Ce sont précisément les questions que pose saint Augustin aux philosophes stoïciens dans sa Lettre à Macédonins .
2. Les épicuriens, qui sont assimilés aux Mahométans. On sait que le Coran promet aux justes des fruits savoureux, des vêtements précieux et parfumés. Mais la question est de savoir si c'est au sens littéral, comme l'affirmait Arnauld, ou au sens figure, comme le soutenait l'oratorien R. Simon.
3. Il s'agit de la Sagesse, telle qu'elle est personnifiée et mise si poétiquement en scène dans les Prox'erhes de Salomon. Auxiliaire de Dieu dans la création, elle apparaît aux hommes comme la perfection de la science et leur garantit la perfection de la vie : « L'Éternel m'a produite comme les prémices de son ouvrage. . . » (8, 22, sq).
4. La Sagesse, qui dans l'Écriture, présente aux hommes le tableau de la Création, va leur exposer ici la doctrine de la Chute.
5. L'Adam primitif lojajV, l'homme déchu, juge, raisonne, infère; il ne connaît rien que par voie discursive ou comme dit saint Paul per spéculum, in anigmate. (I Cor., Xlll, 12.)
6. Cette belle peinture de l'Adam primitif et de sa chute rappelle saint Augustin et son interprète, ici du moins exact, l'auteur de V Augustiniis : « Trompé par l'image d'une fausse liberté, Adam se préféra lui-même à Dieu, car que pouvait-il aimer après Dieu, d'où il tombait, lui, si sublime esprit ? que pouvait-il aimer sinon ce qui s'offrait à lui de plus sublime après Dieu, c'est-à-dire son propre esprit même? » (Jansénius, de Gratin primi hominis, VI.)
léo
soustrait de ma domination; et, s'égalant à moi par le désir ■de trouver sa félicité en lui-même; je l'ai abandonné à lui '; •et révoltant les créatures, qui lui étaient soumises, je les lui ai rendues ennemies 2; de sorte qu'aujourd'hui rhom me est devenu semblable aux bêtes, et dans un tel éloignement de moi, qu'à peine lui reste-t-il une lumière confuse de son -auteur : tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées! Les sens, indépendants delà raison, et souvent maîtres de la raison, l'ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou l'affligent* ou le tentent; et dominent sur lui, ou en le soumettant par leur force, ou en le charmant par leur douceur, ce qui est une domination plus terrible et plus impérieuses. Voilà l'état où les hommes sont aujourd'hui. Il leur reste quelque instinct impuissant du bonheur -de leur première nature, et ils sont plongés dans les misères •de leur aveuglement et de leur concupiscence, qui est devenue leur seconde nature.
« De ce principe que je vous ouvre, vous pouvez reconnaître la cause de tant de contrariétés qui ont étonné tous les hommes, et qui les ont partagés en de si divers sentiments. Observez maintenant tous les mouvements de grandeur et de .gloire que l'épreuve de tant de misères ne peut étouffer, et voyez s'il ne faut pas que la cause en soit en une autre nature 4. »
2. A. P. R. pour demniii, Prosopopée 5. « ...C'est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères.