Quand nous voulons penser à Dieu, n'y a-t-il rien
1. A l'Écriture qui représentait les étoiles comme innombrables {Gcn., 15, 5; 22, 17, etc.), on opposait le catalogue de Ptolémée qui n'en compte que 1022. Objection enfantine qu'a résolue sans peine une science mieux informée : ainsi en est-il , entend Pascal, de toutes les difficultés qu'élèvent nos phi^'^wphes contre la vérité religieuse.
2. « Nos jours passent comme l'ombre du nuage, comme la vapeur que dissipent les raj'ons du soleil ; notre vie est le passage d'un songe.
Après la mort, point de retour;
accourez donc et jouissons. » (Sap., 2, I, sq.) Ce discours des impies est suivi dans l'Écriture de l'énumération des maux que Dieu va faire fondre sur leur tête ; Pascal, par une analyse toute psychologique, tire de ce même discours la preuve du mal profond qui vicie notre nature et nous détourne d'aimer Dieu.
3. Du fait de la concupiscence découlent ainsi à la fois une conséquence dogmatique, la vérité du péché originel, et une conséquence morale, la nécessité de se haïr soi-même et de se détacher des créatures. Cf. i.
lyO PENSÉES DE PASCAL
qui nous détourne, nous tente de penser ailleurs ? Tout cela est mauvais, et né avec nous '. (XXIV, 55.)
33. Il est faux que nous soyons dignes que les autres nous aiment : il est injuste que nous le voulions. Si nous naissions raisonnables et indifférents, et connaissant nous et les autres, nous ne donnerions point cette inclination à notre volonté. Nous naissons pourtant avec elle; nous naissons donc injustes. Car tout tend à soi. Cela est contre tout ordre : il faut tendre au général ; et la pente vers soi est le commencement de tout désordre, en guerre, en police*, en économie, dans le corps particulier de l'homme. La volonté est donc dépravée.
Si les membres des communautés naturelles et civiles tendent au bien du corps, les communautés elles-mêmes doivent tendre à un autre corps plus général, dont elles sont membres. L'on doit donc tendre au général. Nous naissons donc injustes et dépravés^. (XXIV, 56.)